Petit retour en arrière. La Belgique a marqué son accord après que le RDW néerlandais a officiellement donné son feu vert, au terme de deux années de tests. Notre pays, lui, s’est contenté d’une courte phase d’essai de 5.000 kilomètres avec une seule voiture. La ministre de la Mobilité Annick De Ridder (NV-A) a ensuite autorisé l’utilisation sur la voie publique du Full Self-Driving (Supervised) de Tesla, un système d’assistance à la conduite permettant de rouler sans garder les mains sur le volant ! Une première en Europe, mais aussi une sérieuse pique pour les autres constructeurs, soumis à des procédures d’homologation nettement plus strictes !
Cette autorisation reste toutefois provisoire, puisque l’Europe doit encore se prononcer définitivement. Les procédures de test sont donc suivies de très près ! Pourtant, ceux qui espéraient pouvoir consulter un rapport de sécurité détaillé, voire simplement un résumé des essais réalisés, se heurtent aujourd’hui à un véritable mur du silence…
Des chiffres gonflés
Le RDW se montre particulièrement avare en détails. L’organisme affirme simplement que le système est « au moins aussi sûr que les autres systèmes d’aide à la conduite », sans avancer le moindre élément concret pour étayer cette affirmation. Comment les tests ont-ils été menés ? Sur quels types de routes ? Dans quelles conditions ? Et selon quelles méthodes de mesure ? Rien de tout cela n’est rendu public ! Selon le régulateur néerlandais, divulguer ces informations irait à l’encontre de la « protection des informations propres aux constructeurs ». En bref : les secrets commerciaux de Tesla pèsent plus lourd que le droit du public à l'information. Voilà qui est pour le moins étonnant !
Publicité – continuez à lire ci-dessous
D’autant que la crédibilité des déclarations de Tesla en matière de sécurité est aujourd’hui mise à mal, ce qui rend ces tests indépendants d’autant plus importants ! Juste avant l’été, Reuters a en effet publié une enquête montrant que Tesla avait présenté aux autorités européennes, dont le RDW, des statistiques de sécurité gonflées ! Le constructeur affirme à l’échelle internationale que le FSD serait jusqu’à dix fois plus sûr qu’un conducteur humain. Or, selon l’enquête, ces chiffres reposeraient sur une méthodologie qui ne tient pas la route.
Des pressions venues d’Amsterdam… et de Tesla
Le RDW n’est pas un régulateur national comme les autres. Le siège européen de Tesla étant installé à Amsterdam, l’organisme néerlandais fait en quelque sorte office de porte d’entrée vers l’ensemble de l’Union européenne. Depuis fin 2024, Tesla et le RDW ont échangé plusieurs e-mails autour d’une question sensible : jusqu’où le public peut-il avoir accès aux informations relatives aux tests ? En avril de l’année dernière, un employé de Tesla a même demandé explicitement « une garantie écrite » assurant que certains documents ne seraient « jamais » rendus publics, selon une correspondance consultée par Reuters.
Le RDW assure qu’il ne dissimule aucune information à la demande de Tesla et qu’il agit sur la base de sa propre appréciation. Un détail interpelle néanmoins : depuis l’autorisation, le régulateur a revu sa manière de présenter la sécurité du système. En avril, il affirmait encore que le FSD était « plus sûr que les autres systèmes d’aide à la conduite ». En juin, son discours était devenu plus prudent : le système serait désormais « au moins aussi sûr ». Là encore, sans aucun chiffre concret à l’appui.
La méfiance grandit en Europe
Cette opacité commence à agacer de plus en plus d’États membres ! En effet, lorsqu’on a une confiance totale dans la sécurité d’un système de conduite autonome, on ne s’empresse généralement pas de cacher les résultats de ses tests ! La France a d’ailleurs refusé l’autorisation nationale pour des raisons de sécurité. Les Pays-Bas ne sont toutefois pas les seuls à invoquer la confidentialité. L'Allemagne, le Danemark, la Norvège et trois autres pays ont eux aussi déclaré qu'ils ne pouvaient pas divulguer les données de test en raison de secrets commerciaux. Résultat : une véritable chape de plomb s’est installée en Europe autour d’un système qui, à l’heure actuelle, n’est légalement autorisé sur la route que dans cinq petits États membres : les Pays-Bas, la Lituanie, l’Estonie, le Danemark et la Belgique.
Que cherche Tesla à cacher ?
Reste une question centrale : pourquoi Tesla tient-il tant à garder ces informations secrètes ? Oliver Carsten, professeur de sécurité routière à la University of Leeds et impliqué dans l’élaboration de la réglementation européenne sur la conduite autonome, ne voit aucune raison de ne pas publier les méthodes de test et les conclusions en matière de sécurité. «Je ne vois absolument aucune raison pour que cela ne puisse pas être rendu public », a-t-il déclaré à Reuters.
Tesla n'a pas répondu aux demandes de commentaire de différents médias. L’attitude du constructeur n’a toutefois rien de nouveau : aux États-Unis, l’entreprise se bat depuis des années contre des demandes du Freedom of Information Act, afin d’empêcher l’accès à certains rapports d’accidents. Chez Tesla, dresser des barrières autour de l’information semble presque faire partie de la culture d’entreprise.
L’Europe a pourtant une longue tradition de réglementation stricte en matière de sécurité. Mercedes-Benz, l’un des rares constructeurs à disposer en Europe d’un système mains libres de niveau 3 homologué (Tesla restant, de son côté, au niveau 2 avancé) a bien publié des données de test et des analyses de sécurité. Tesla a choisi une autre voie : une homologation plus rapide, moins de transparence ! Les prochains mois diront si c'est la bonne stratégie pour une technologie qui peut coûter des vies.
Des milliers de conducteurs belges suivent déjà Gocar pour rester informés et découvrir les meilleures offres d'occasion et neuves. Vous aussi, restez informé :
- Consulter gocar.be régulièrement
- Suivre Gocar sur Google Actualités
- S'abonner à la newsletter Gocar