La Flandre autorise les Tesla autonomes : vraie avancée ou prise de risque inutile ?

Après une autorisation délivrée par les Pays-Bas, la Flandre autorise à son tour Tesla à déployer sur la voie publique son célèbre – et néanmoins controversé – système « Full Self-Driving (Supervised) ». La marque américaine prend ainsi de vitesse ses concurrents qui atteignent pourtant le même niveau. Cela dit, cette décision pose toutefois des questions de sécurité.

Publié le 14 mai 2026
Temps de lecture : 5 min

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La Flandre autorise les Tesla autonomes : vraie avancée ou prise de risque inutile ?

La ministre flamande de la Mobilité Annick De Ridder (N-VA) et son homologue fédéral Jean-Luc Crucke (Les Engagés) ont ouvert la porte ensemble : Tesla est autorisé à utiliser son Full Self-Driving Supervised (FSD) sur les routes flamandes. Cette décision intervient après celle des Pays-Bas qui ont aussi accordé l’utilisation du FSD.

Le conducteur reste responsable

Le FSD (Supervised) est une aide à la conduite autonome de niveau 2. Cela signifie que le conducteur peut lâcher le volant pendant un long moment et laisser la voiture gérer, mais qu’il doit aussi rester vigilant en permanence pour intervenir en cas de situation critique. C’est une nuance d’importance, car l’entière responsabilité repose toujours sur les épaules du conducteur. Pas question donc que celui-ci rejette la faute sur Tesla en cas d'accident. Lire le journal ou regarder un film sur Netflix sont également des comportements exclus. L'attention du conducteur doit rester fixée sur la route.

Annick De Ridder (NV-A).
Annick De Ridder (NV-A).

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Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il n’est pas non plus question de débloquer cette technologie dans son entièreté sur les Tesla Model 3 et Y belges qui en sont équipés – et pour lesquelles le propriétaire a déboursé 7.500 euros ou s'apprête à payer un abonnement de 99 euros/mois. L'autorisation belge ne constitue encore qu'une phase de test. Le ministre Crucke, grand amateur des progrès en matière de conduite autonome, a personnellement fait émettre une plaque d'immatriculation dédiée, point de départ d'un trajet test de 5.000 km.

Une voie juridique propre

Au final, ce n'est qu'en cas d'évaluation positive que la technologie sera alors accessible aux clients et, point non négligeable, déployée sur l'ensemble du territoire. Il faut rappeler que c’est aussi l’approche qui a été privilégiée aux Pays-Bas, les autorités ayant testé l'efficacité du système sur une période de 18 mois et 1,6 million de kilomètres. La différence est donc importante. Le cabinet De Ridder se montre optimiste quant à l’issue des tests : « nous partons du principe que nous verrons rapidement ces voitures circuler sur nos routes. »

De leur côté, les marques européennes ne sont pas en retard dans les technologies d’aides à la conduite autonome, mais elles privilégient la voie de l’homologation via la règlementation UNECE 79. Celle-ci est particulièrement stricte et elle définit notamment le pouvoir de décision de la voiture, par exemple lorsque le système ne peut pas autoriser la fonction d’autonomie, lorsqu’il peut ou pas autoriser un changement de voie ou le laps de temps pendant lequel le conducteur est autorisé à ne pas poser ses mains sur le volant. Ford propose pourtant déjà une forme de conduite autonome comparable à celle de Tesla. Le constructeur a pu le faire grâce à une dérogation au règlement UNECE, obtenue en raison du champ d'application limité du système (quelques tronçons d'autoroute uniquement) et de la surveillance active du conducteur par caméra. Mais faire évoluer ce cadre officiel vers un niveau supérieur d'autonomie reste un processus long.

Tesla-Model-3-FSD-winter

Tesla veut de son côté aller plus vite que la bureaucratie européenne et le constructeur s'appuie sur une loi qui permet d'étendre une « approbation provisoire » accordée dans un État membre aux autres. Un passage en douce en quelque sorte. La Belgique profite donc du travail effectué par les Pays-Bas et s'épargne ainsi des années de tests. Par ailleurs, le mot « provisoire » a toute son importance : l'approbation ne deviendra définitive que lorsque la Commission européenne donnera son feu vert.

Trop américain ?

Mais ce genre de décision ou d’autorisation laisse aussi avec le sentiment que la voie publique sert désormais de laboratoire et avec le risque que des automobilistes trop confiants se mettent en danger tout comme les autres usagers. C'est précisément ce que les pays scandinaves reprochent à cette procédure. Ces derniers jugent en outre le système trop capricieux dans la lecture des panneaux de limitation de vitesse. Il est aussi non adapté aux conditions hivernales et « trop américain » dans le sens où notre réseau routier est bien plus encombré que celui des États-Unis. Notre réalité n’a donc rien à voir avec celle de l’Amérique du Nord. Et on notera que l'urbanisation de la Flandre diffère également de celle des Pays-Bas. Stockholm refuse d’ailleurs d’autoriser cette phase de test tandis que la Norvège veut tout simplement interdire l’appellation « Full Self-Driving ».

Les pays scandinaves ont-ils raison ? Un peu quand même, car le FSD (Supervised) est loin d'être irréprochable. Les premières semaines d’autorisation aux Pays-Bas en ont déjà apporté la preuve. Certes, aucun accident n'est encore survenu, mais nos collègues d'AutoWeek ont montré dans une vidéo une Tesla FSD qui s’arrête sur une bretelle d’autoroute ou qui ignore un panneau d'interdiction d’accès. Sur les forums, des propriétaires se plaignent de devoir intervenir bien trop souvent. Enfin, Tesla ne déploie le FSD (Supervised) que sur la dernière version logicielle HW4. Sur l'ancienne HW3, qui avait pourtant fait la promesse du FSD (Supervised), il ne fonctionne pas. Un procès est en cours d’instruction à cet égard.

Les résultats de la voiture test flamande sont évidemment à surveiller. Certes, certains propriétaires de Tesla sont probablement très enthousiastes à la veille de ce déploiement. Mais qui va payer les pots cassés ? 

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Par Piet Andries Rédacteur automobile

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