Exclusif – Contrôle technique : ces études qui gênent le gouvernement flamand

En Flandre, la réforme du contrôle technique entre en vigueur au 1er septembre. Le gouvernement flamand assure que les assouplissements ne coûteront rien à la sécurité routière. Mais deux études étaient sur la table. Aucune n’est neutre et, pire, elles se contredisent. On a lu les documents. Ce qu'ils révèlent, c'est surtout ce que le gouvernement a choisi de ne pas savoir.

Publié le 30 août 2026
Temps de lecture : 7 min

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Exclusif – Contrôle technique : ces études qui gênent le gouvernement flamand

L'essentiel de l'info :

·      Le gouvernement flamand a adopté sa réforme du contrôle technique en affirmant que la sécurité routière restait garantie pour tous les usagers. Mais l’exécutif n’a jamais commandé d'étude d'impact indépendante.

·      La réflexion s’est appuyée sur deux analyses qui se contredisent : une étude coûts-bénéfices commandée par GOCA qui chiffre à 485 millions d'euros par an le coût pour la collectivité. De son côté, l’Institut VIAS juge ce résultat surestimé et estime toute évaluation fiable impossible en l'état.

·      L'Inspection des Finances a elle aussi rendu un avis défavorable en jugeant le projet « non fondé sur des preuves ». Mais la réforme entre tout de même en vigueur le 1er septembre 2026.

En Flandre, la réforme du contrôle technique est actée, on n’y reviendra donc pas. Elle prévoit de sérieux allègements dans les contrôles. Ainsi, le rythme biennal est généralisé pour les voitures de plus de quatre ans et les délais de réparation allongés de quinze jours à deux mois en cas de défaut majeur. C’est aussi la fin du contrôle avant revente à partir du 1er janvier 2027 tandis qu’il n’est plus nécessaire de présenter sa carte d’assurance. En adoptant ces nouvelles directives, le gouvernement flamand opère un retour aux minima européens et espère surtout réduire la congestion dans les centres.

 

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La ministre de la Mobilité régionale, Annick De Ridder (N-VA), n'a cessé de le répéter : la sécurité routière n'en pâtira pas. Mais est-ce vrai ? Car pour avancer pareil argument, il faut se fonder sur du tangible. Et ce n’est pas vraiment le cas. Pour répondre à cette question, l'exécutif disposait de deux analyses, obtenues via une demande d'accès aux documents administratifs et transmises à notre rédaction. Et le problème, c’est que ces deux études ne disent absolument pas la même chose...

Le prix de rien

La première est une analyse des coûts-bénéfices intitulée « Cost-Benefit Analysis of PTI Reform Options in Flanders ». Elle a été commandée par GOCA Vlaanderen, le groupement des organismes de contrôle technique. Son contenu a été réalisé par un institut de recherche allemand, le S-IERC, en collaboration avec la Zeppelin University de Friedrichshafen. Son verdict est sans équivoque : appliquée sur une seule année, la réforme provoquerait environ 34 morts et 109 blessés graves de plus sur les routes, ce qui équivaut à un coût sociétal d'environ 485 millions d'euros par an. Le coût sociétal ? Ce n'est pas de l'argent que l'État sort de sa poche. C'est la valeur qu'on met sur un dommage que l'automobiliste ne paie pas, mais qui retombe sur la collectivité. Ce sont donc les accidents, les embouteillages provoqués par les accidents ou encore la pollution des voitures mal entretenues. Pour arriver à un montant, les auteurs traduisent chaque victime en euros en fonction des barèmes utilisés en économie des transports.

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© GOCA Vlaanderen

Selon cette étude, l'essentiel de la facture proviendrait d'une seule des mesures prises : l'allongement des intervalles entre les contrôles qui laisse passer plus de temps avant de repérer un défaut (des freins fatigués, des pneus usés, un filtre antipollution défectueux, etc.). Ce sont ces véhicules qui feraient grimper le nombre d'accidents, selon les auteurs. Des auteurs qui, il faut le rappeler, sont mandatés par l'organisation qui va être privée d'une partie de son travail.

Un chiffre de 1978

Justement, cette étude n'est pas restée sans examen. VIAS, l'Institut de référence en matière de sécurité routière en Belgique, l'a passée au crible. Et son constat est gênant. Car tout le calcul de l’étude amenée par GOCA repose sur un seul postulat : le contrôle technique réduirait les accidents de 9 %. Or ce pourcentage provient d'une revue scientifique de 2021, signée Martín-delosReyes, et qui compile des travaux étalés de 1978 à 2013 et dont la donnée de départ remonte à une étude américaine de 1978. C’est vieux de près d’un demi-siècle et, qui plus est, ça concerne un tout autre territoire que le nôtre.

En outre, l'Institut rappelle qu'un accident a presque toujours plusieurs causes à la fois, ce qui rend la part du seul défaut technique très difficile à isoler. Et quand on regarde les chiffres belges, l'ordre de grandeur change du tout au tout : en 2024, sur 203 automobilistes tués, deux seulement l'ont été à cause d'un problème technique du véhicule. C’est environ 1 %. VIAS juge donc ce chiffre exagéré. Le constat est là : les deux seules études du dossier se contredisent totalement et le problème, c’est que personne donc ne semble en mesure d’évaluer l'effet de la réforme sur la sécurité routière belge.

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© GOCA Vlaanderen

Mais pourquoi le gouvernement flamand n’a dès lors pas commandé une étude à VIAS pour ce dossier ? La réponse est dans le document de l'institut : mener une telle analyse, en croisant procès-verbaux et expertises d'épaves, demanderait des années. Mais le politique n’avait pas le temps d’attendre et il a donc décidé à partir de chiffres que personne ne peut confirmer.

Ce constat n'est pas isolé. L'Inspection des Finances, l'organe public chargé d'évaluer les réformes, avait elle aussi rendu un avis défavorable. Son reproche était le même : le projet n'est pas fondé sur des preuves, faute de données démontrant que les défauts relevés lors des contrôles annuels étaient sans réel danger pour les usagers.

Un parc qui vieillit

Le gouvernement a défendu un autre argument : le parc aurait tellement évolué que les véhicules modernes, bardés de diagnostics embarqués, seraient techniquement plus fiables avec des défauts graves plus rares. Et fiable ne veut pas dire increvable et surtout pas dans la durée. Les freins, les pneus, la direction ou les amortisseurs s'usent à mesure que les kilomètres s'accumulent, quelle que soit l'année du modèle. Or c'est précisément cette usure-là que traque le contrôle technique.

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© GOCA Vlaanderen

Pendant ce temps, le parc belge vieillit : son âge moyen dépasse aujourd'hui les dix ans, poussé par un marché de l'occasion qui progresse depuis 2021. VIAS reconnaît d'ailleurs que plus une voiture est âgée et a roulé, plus elle est recalée au contrôle technique. La Flandre prend donc une mesure paradoxale : elle allège la surveillance d'un parc qui en aurait de plus en plus besoin.

Décider sans savoir ?

Nous l'avions écrit il y a quelques semaines : cette réforme du contrôle technique manquait d'une étude d'impact. C'était vrai, mais incomplet. Des études existaient bel et bien. Simplement, elles se contredisent et la seule qui aurait pu mettre les pendules à l’heure – une analyse indépendante – n'a jamais été commandée. Le gouvernement flamand pouvait la demander, mais il a préféré s'en passer. Reste une certitude, la seule du dossier : à partir du 1er septembre, des millions de Flamands rouleront sous un régime de contrôle allégé dont personne, pas même ceux qui l'ont adopté, ne peut dire s'il est sans danger. On finira par le savoir. Mais à ce moment-là, il sera trop tard pour l'étude qu'on n'a pas voulu faire...

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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