Contrôle technique en Flandre : la sécurité routière sacrifiée sur l'autel des coûts ?

Le gouvernement flamand vient d'entériner sa réforme du contrôle technique avec, entre autres, des intervalles de visites allongés, des délais de réparation plus longs et la fin du contrôle avant la revente. La ministre assure que ces changements n’affecteront pas la sécurité routière. Mais peut-on y croire ?

Publié le 17 juillet 2026
Temps de lecture : 8 min

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Contrôle technique en Flandre : la sécurité routière sacrifiée sur l'autel des coûts ?

Neuf mois : c'est le temps qu'il aura fallu au gouvernement flamand pour transformer une note conceptuelle en texte définitif. Annick De Ridder (N-VA), ministre flamande de la Mobilité, a obtenu l'approbation de sa réforme du contrôle automobile, présentée dès mars comme un simple retour aux prescriptions européennes après des années de règles plus strictes que celles imposées par Bruxelles. Un choix motivé, selon les documents parlementaires, par la réduction des coûts autant que par le désengorgement des centres de contrôle qui croulaient depuis longtemps sous la demande.

Un rythme biennal

À partir du 1er septembre 2026, toutes les voitures particulières de plus de quatre ans passeront au contrôle tous les deux ans, indépendamment de leur âge ou de leur kilométrage. Le seuil des dix ans ou des 160.000 km, qui imposait jusqu'ici un rythme annuel, disparaît purement et simplement. Ce changement ne concerne pas que les particuliers. Les camionnettes et véhicules utilitaires légers sont eux aussi concernés, mais ce sera plus progressif que pour les voitures (entre 2026 et 2028).

Les taxis et les ambulances sont aussi moins contraintes et passent d'un contrôle semestriel à un contrôle annuel. Même logique pour les véhicules agricoles rapides de catégorie Tb et pour les véhicules forains désormais alignés sur un rythme biennal. Les autobus ne seront plus examinés qu'une fois par an au lieu de tous les trois ou six mois selon les cas, ce qui provoque d’ailleurs déjà certaines réactions dans le secteur qui s’inquiète pour la sécurité des passagers.

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Attelages, défauts et délais

L'assouplissement touche aussi des points plus techniques. Ainsi, l'installation d'un crochet d'attelage ne nécessitera plus de contrôle spécifique et les véhicules qui en sont équipés suivront désormais la même périodicité que les autres. Et si cette périodicité ne coïncidait pas avec celle du véhicule, le propriétaire recevra automatiquement un certificat adapté.

En cas de défaut majeur, le délai accordé pour réparer passe de quinze jours à deux mois, un allongement considérable et qui interroge par ailleurs. Le certificat de contrôle provisoire, valable trois mois en cas de défaut mineur ou d'irrégularité administrative, disparaît : le propriétaire recevra directement un certificat à validité normale, sans le délai de représentation rapide qui l’accompagnait jusqu'ici. Autre simplification, l'attestation d'assurance ne devra plus être présentée au guichet du centre de contrôle, cette vérification étant déjà assurée au niveau fédéral et via les caméras ANPR

Des règles de transition

Mais attention. Car ces changements ne s'appliqueront pas à tout le monde le même jour. Et c'est un point que beaucoup d'automobilistes risquent de découvrir trop tard. En clair, la nouvelle règle ne s'applique qu'à partir du prochain contrôle périodique et seulement si le certificat en cours est encore valable à ce moment-là. Un véhicule déjà contrôlé avant le 1er septembre reste donc sous l'ancien régime jusqu'à son prochain rendez-vous. Et si le certificat expire avant cette date sans que le contrôle n'ait eu lieu, la nouvelle périodicité ne s'appliquera pas non plus, faute de certificat valable au moment de l'examen. Les véhicules qui repassent en contre-visite après le 1er septembre conserveront eux aussi, temporairement, l’ancien régime.

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La revente sans filet dès 2027

Mais il y a un second acte à cette réforme. À partir du 1er janvier 2027, le contrôle obligatoire avant la revente disparaîtra pour tout véhicule déjà immatriculé en Belgique, qu'il s'agisse d'une voiture ou d'une moto. Seuls les véhicules importés resteront soumis à cette obligation. Un accident ayant endommagé des éléments essentiels du véhicule continuera en revanche d'imposer un contrôle et les vendeurs les plus prudents pourront toujours demander volontairement un contrôle périodique anticipé avant de mettre leur véhicule en vente. Et il faut noter qu’une phase supplémentaire de la réforme est déjà annoncée avec l’idée d'ouvrir à terme les contrôles techniques aux garages agréés. Mais le calendrier pour cette nouvelle étape reste encore flou.

Une neutralité jamais démontrée

Officiellement, cette réforme ne devait rien coûter à la sécurité routière. La ministre l'a répété à plusieurs reprises, s'appuyant sur l'argument que la directive européenne autorise déjà un rythme biennal. Sauf que l'Inspection des Finances, chargée de rendre un avis consultatif sur toute réforme gouvernementale, s'est elle-même étonnée de l'absence de données chiffrées pour ce dossier, notamment sur le volet sécurité.

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Côté wallon, le constat n'est guère différent. Le ministre François Desquesnes (Les Engagés) a porté le dossier à deux reprises devant la Conférence interministérielle pour obtenir une concertation entre Régions. En mai dernier, il constatait que certaines réponses avaient été apportées, mais que beaucoup restaient en suspens, notamment sur les données de sécurité qu'il réclamait depuis des mois.

Ce 15 juillet, le débat en plénière du Parlement flamand n'a rien apporté de plus. Le député Frédéric Erens (Vlaams Belang) y a réclamé des données publiquement vérifiables et l'effet cumulé de tous les assouplissements et un éventuel mécanisme de réajustement. En réponse, la ministre De Ridder n'a cité aucune étude flamande distincte ni la moindre analyse d'impact cumulée. Elle a assuré que la réforme s’aligne sur les règles européennes et qu’il n’y a besoin de rien de plus. Sur la suppression du contrôle à la revente en particulier, elle a préféré la conviction personnelle à la démonstration chiffrée : elle est raisonnablement sûre, a-t-elle affirmé, sans avancer davantage d’arguments.

Dans le même débat, la députée Els Robeyns (Vooruit) a explicitement qualifié cette suppression de risquée, en particulier pour les véhicules les plus anciens et les plus kilométrés. Elle a aussi fustigé l’absence d’indicateurs chiffrés ou d’évaluation indépendante.

Le dossier a même généré une pétition citoyenne, forte de 15.752 soutiens et jugée recevable par le Parlement flamand. Une audition est d’ailleurs prévue le 1er octobre. Mais la ministre en conteste déjà la méthode de récolte. De toute façon, on se demande ce que cette audition d'octobre pourra encore changer puisque la réforme sera déjà entrée en vigueur.

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Ce que les chiffres suggèrent déjà

En filigrane, les statistiques de contrôle donnent du poids aux réservent exprimées en termes de sécurité. En 2025, près d'une voiture d'occasion sur cinq présentée au contrôle en Flandre affichait un défaut majeur ou dangereux et 9.624 véhicules ont même écopé d'une interdiction de circuler immédiate.

Le lien avec l'âge du parc est évident : à dix ans, une voiture sur cinq est recalée, à vingt ans, c'est une sur deux. Or l'âge moyen du parc belge dépasse aujourd'hui les dix ans, porté par un marché de l'occasion en croissance soutenue depuis 2021. On a donc bien affaire à un paradoxe lorsqu’on assouplit la fréquence des contrôles sur un parc vieillissant sans avoir chiffré les conséquences. 

Ailleurs en Europe, certains ont pris la peine de chiffrer précisément ce lien entre âge du parc et risque technique. En Allemagne, une étude de la Hochschule für Technik und Wirtschaft Dresden commandée en juin par le TÜV Verband (la fédération des organismes de contrôle technique, donc partie prenante) a analysé près de 2.500 expertises d'accidents graves.

Résultat : la part de défauts techniques ayant contribué à l'accident grimpe de 2,9 % à 3 ans à environ 20 % à 24 ans et un contrôle annuel généralisé réduirait selon ses calculs les accidents corporels de 1 à 7 %. Une étude commandée par la partie qui profite des contrôles est certes à lire avec une certaine réserve, mais elle a au moins le mérite d'exister.

Du tourisme mécanique ?

Reste à évoquer une question à la fois pratique et politique : celle du tourisme du contrôle technique. Car rien n'empêche légalement un Wallon ou un Bruxellois de faire contrôler son véhicule dans un centre flamand où les nouvelles règles s'appliqueront à son bénéfice si celui-ci souhaite moins entretenir son véhicule.

Et à cela, il faut encore ajouter un volet social : jusqu'à 500 emplois pourraient disparaître dans les centres de contrôle flamands d'ici 2028. La réforme, elle, entrera bien en vigueur en septembre. Quant à savoir si la sécurité en sortira vraiment indemne, la réponse tient pour l'instant davantage de la promesse que de la preuve. Et c’est peut-être ça le plus inquiétant...

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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