Une association française de consommateurs, la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie), a passé deux ans à éplucher les tarifs de plus de 200.000 points de recharge. Publié en juin, le verdict tient en une image pour les enquêteurs : celle d'une loterie.
Pour une recharge identique et sur la même prise (!), deux conducteurs peuvent payer des montants qui n'ont plus rien à voir l'un avec l'autre. L'écart grimpe jusqu'à 190 % selon qu'on paie en direct à la borne ou via la carte d'un opérateur tiers et elle peut même atteindre 255 % au sein d'un même réseau selon l’endroit où l'on se branche. Traduit en euros, sur une base d’une consommation de 20 kWh/ 100 km, rouler revient à 6 euros pour un tarif à 0,31 euro/kWh, à 13 euros autour de 0,65 euro et jusqu'à 18 euros quand le prix flirte avec 0,90 euro/kWh. Trois factures donc pour un seul et même trajet.
Pour comprendre pourquoi, il faut savoir qui tire profit des bornes de recharge. Et justement, deux intervenants au moins se partagent la facture. Celui qui exploite la borne avec le tarif le plus bas quand on se branche en direct. Puis, très souvent, un intermédiaire : le fournisseur du badge ou de l'application qu'on présente pour démarrer la charge. Ce dernier ne possède aucune borne, mais il revend l'accès aux bornes des exploitants. Forcément, au passage, chacun se sucre.
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Le même électron, trois factures
Dans l'exemple relevé par la CLCV, quand l’automobiliste passe par le mauvais badge, la facture grimpe jusqu'à 1,033 euros/kWh, soit 190 % de plus qu’un autre utilisateur qui aurait le bon et paierait alors seulement 0,36 euro/kWh. Et l'abonnement rebat encore les cartes : moyennant un forfait mensuel, on peut bénéficier d’un tarif préférentiel sur un réseau donné, ce qui creuse encore un peu plus l'écart entre celui qui compte et celui qui recharge à l’aveugle. Et il y a pire encore : les prix changent aussi en fonction de l'adresse de la borne. En effet, chez un seul et même opérateur, le prix peut varier du simple au triple d'une ville à l'autre. Ou quand la loi de l’offre et de la demande s’impose...
Du carburant, mais pas de transparence
Le vrai problème, c'est qu'on ignore le plus souvent ce qu'on va payer avant d'avoir branché. Ce que la CLCV décrit pour la France vaut tout autant pour la Belgique. Car chez nous aussi, au prix du kWh viennent s'ajouter des frais de connexion, parfois une facturation à la minute, un surcoût quand on présente le mauvais badge, voire une pénalité si la voiture reste branchée trop longtemps. L'Europe a pourtant légiféré. Le règlement AFIR impose déjà d'afficher le tarif clairement sur les bornes rapides (50 kW et plus) avant toute recharge et les stations existantes des grands axes ont jusqu'au 1er janvier 2027 pour s'y plier. Mais tout cela prend du temps. Trop en fait...
Car chez nous aussi les exemples ne manquent pas. Selon plugnet.be, un installateur belge de bornes, charger à domicile revient à environ 0,32 euro/kWh, contre 0,46 euro en moyenne sur une borne publique et près de 0,67 euro en charge rapide. Pour une consommation de 17 kWh, parcourir 100 km va de 5,44 euros dans son garage à 11,39 euros sur une borne rapide. L’enjeu de cette transparence est de taille, car le pays compte désormais plus de 126.000 points de recharge publics (EV Belgium) et la voiture électrique y est devenue, en juin, la motorisation la plus vendue (38 %).
La chose se vérifie chez d’autres opérateurs rapides, comme Fastned où le tarif est passé au 1er avril dernier à 0,77 euro/kWh, mais tombe à 0,54 euro pour qui souscrit l'abonnement Gold à 11,99 euros par mois. Même borne, mais 30 % d'écart selon qu'on a signé ou non. Et c’est pareil chez Allego : la grille tarifaire affiche 0,60 euro/kWh en courant alternatif, 0,63 euro en rapide et 0,73 euro en ultrarapide. L'opérateur reconnaît lui-même que le tarif peut encore changer si l'on paie via une carte tierce. Et ce n’est évidemment pas différent chez Ionity ou les superchargeurs Tesla ouverts aux autres marques.
Comment se prémunir ?
Comment faire dès lors pour ne pas se faire braquer ? Un spécialiste conseille de souscrire à deux abonnements ou cartes pour jongler entre les grilles selon la borne utilisée. Et lorsque la carte bancaire est acceptée par la borne, il faut souligner qu’elle est aussi rarement l’option la moins chère. On espérait que l’accroissement de la concurrence améliorerait les choses avec des tarifs plus attractifs. Mais ce n’est pas encore le cas...
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