Énarque et inspecteur des finances, Louis Schweitzer ne semblait pas destiné à diriger un constructeur automobile. Proche collaborateur de Laurent Fabius, il entre chez Renault en 1986 d’abord comme observateur. Le groupe traverse alors une crise majeure : pertes abyssales et dette colossale. Pourtant, ce technocrate méthodique gravit rapidement les échelons. Il devient directeur du contrôle de gestion puis PDG en 1992.
De la privatisation au redressement
Sous sa direction, Renault change de dimension. Schweitzer conduit la transformation de la Régie nationale en société anonyme, puis sa privatisation effective en 1996. En une décennie, il assainit les comptes et redonne confiance à et dans l’entreprise et en vingt ans, Renault est passé de 12 milliards de francs de pertes à près de 9 milliards de profits.
Son style est tout en retenue et en précision et il séduit autant qu’il impressionne : travailleur acharné, fin stratège, Schweitzer impose une culture de l’exigence. « Je ne goûte guère la médiocrité », disait-il
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L’alliance avec Nissan, un pari gagnant
En 1999, Louis Schweitzer engage Renault dans ce qui restera comme l’un des plus grands coups de poker de l’histoire automobile : le rachat partiel de Nissan qui est alors au bord de la faillite. Contre toute attente, il convainc Tokyo et bâtit une alliance unique fondée sur des participations croisées. Il en confie la mise en œuvre à Carlos Ghosn, transfuge de Michelin. Le plan de redressement du constructeur japonais fera date et installera durablement le tandem Renault-Nissan parmi les géants mondiaux.
Sous l’ère Schweitzer, Renault retrouve son identité de constructeur innovant. Le slogan « Renault, créateur d’automobiles » prend tout son sens : la Mégane Scénic invente le monospace compact, la Twingo devient un symbole de modernité et la Dacia Logan ouvre la voie à une mobilité accessible à tous alors que personne n’aurait misé un kopeck sur le constructeur roumains.
Visionnaire, il fait aussi construire le Technocentre de Guyancourt pour accélérer les cycles de conception et renforcer la créativité interne. En 2005, il passe le relais à Carlos Ghosn, choisissant de rester en retrait tout en gardant un œil attentif sur l’héritage industriel qu’il laisse derrière lui.
Il faut d’ailleurs noter qu’en Belgique, Schweitzer est surtout resté dans les esprits pour avoir fermé l’usine de Vilvoorde. Pas vraiment un bon souvenir, mais pour la marque, une étape nécessaire pour survivre. « Il n’y a qu’une seule manière d’être patron » disait-il...
Louis Schweitzer aura incarné une époque où l’industrie automobile française osait encore les grands paris. De la privatisation à l’internationalisation, il a redonné à Renault un rang mondial. Un patron d’une autre trempe, mais dont la marque porte encore incontestablement l’empreinte.
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