Fin de l’année dernière, le président Trump avait encore tenté, à la surprise générale et par l’intermédiaire d’un proche, de convaincre Mercedes de… transférer son siège de Stuttgart vers les États-Unis ! Une somme conséquente était même prévue pour sceller l’accord ! Mais le grand patron de Mercedes, Ola Källenius, a décliné l’offre. Un refus courtois, certes, mais un refus malgré tout... Il n’était alors pas au bout de ses surprises !
En effet, quelques mois plus tard, les cartes sont redistribuées. Désormais, Mercedes pourrait tout simplement se voir interdire la vente de voitures aux États-Unis. Une conséquence de ce refus ? Une tentative de revanche de l’administration Trump ?
Une loi contre les ennemis étrangers
Non, les choses sont un peu plus complexes ! La Chambre des représentants américaine se penche actuellement sur le Motor Vehicle Modernization Act of 2026, un vaste texte consacré aux infrastructures et au transport, déposé en février. Le 21 mai, ce texte a été modifié par un amendement qui entend « protéger l’industrie automobile contre les ennemis étrangers », à savoir la Chine ! Le texte est désormais prêt à être soumis au vote.
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L’amendement ne laisse guère de place à l’interprétation : un constructeur « contrôlé par un ennemi étranger » ne peut pas produire, vendre, livrer ni importer de véhicules aux États-Unis. Pas même via des concessionnaires, des filiales ou d’autres intermédiaires ! Mais que signifie exactement « contrôlé » ? C’est là que les choses se compliquent, car le texte vise toute entreprise dont des acteurs étrangers jugés « hostiles » détiennent ensemble au moins 15 % des actions.
Or, avec cette définition, Mercedes pourrait bien se retrouver piégé : la marque compte en effet deux grands actionnaires chinois ! D’un côté, il y a BAIC Group, l’entreprise publique de Pékin, qui détient 9,98 % de Mercedes-Benz Group AG depuis 2019. De l’autre, on retrouve aussi le Chinois le plus connu de l’industrie automobile : Li Shufu, fondateur et président de Zhejiang Geely Holding Group, la maison mère de Volvo. Par l’intermédiaire de son véhicule d’investissement (‘Tenaciou3 Prospect Investment Ltd.), il possède 9,69 % du capital depuis huit ans. En additionnant les deux participations, on arrive donc à 19,67 %... La structure actionnariale du constructeur allemand se situe donc largement au-dessus du seuil légal de 15 % que la Chambre s’apprête à voter ! Le fait que BAIC soit une entreprise publique n’arrange évidemment rien…
Un quart du chiffre d’affaires
Les conséquences seraient désastreuses. La nouvelle Mercedes-AMG GT 4 portes, dévoilée la semaine dernière en grande pompe à Los Angeles, avec notamment la présence de Brad Pitt, n’y serait jamais commercialisée ! Mercedes vend chaque année quelque 300.000 voitures aux États-Unis, soit 16%, mais comme les Américains ont un goût prononcé pour les modèles les plus chers, ce marché représente à lui seul un quart du chiffre d’affaires du constructeur ! Autant dire que le coup serait rude ! Mercedes devrait en outre fermer ses usines de Tuscaloosa, dédiées aux SUV, et de South-Carolina, consacrées aux utilitaires, car la nouvelle loi lui interdirait également de produire localement... Les Américains se tireraient donc eux-mêmes une balle dans le pied, puisque la marque compte 10.000 emplois directs dans le pays !
Pour l’instant, Mercedes ne semble pas céder à la panique. Son CEO, Ola Källenius, se veut rassurant : «S’il devait un jour être nécessaire de restructurer pour protéger notre entreprise, je suis absolument convaincu que nous pourrions le faire. » Mercedes se dit donc clairement prêt à ajuster sa structure actionnariale afin de préserver son accès au marché… Les propriétaires chinois ne devraient pas s’y opposer : eux aussi ont tout intérêt à ce que Mercedes reste hors de danger !
Une victime collatérale ?
Volvo a récemment connu une situation comparable. Le constructeur suédois avait introduit une demande auprès du ministère américain du Commerce après l’adoption de certaines règles, initialement établies par l’administration Biden, interdisant les logiciels chinois dans les voitures connectées à partir de l’année-modèle 2027. La semaine dernière, Volvo a annoncé avoir obtenu l’autorisation de continuer à importer et à vendre ses voitures aux États-Unis. Il s’agit d’une approbation officielle, accordée après des « discussions constructives » avec les autorités…
Tout laisse penser que Mercedes est devenu une victime collatérale d’une législation principalement destinée à renforcer les barrières contre les constructeurs chinoises. Mais il paraît peu probable que les deux parties laissent la situation se dégénérer, au point que Mercedes ne puisse plus vendre de voitures sur le sol américain !
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