Tout commence par une rencontre presque banale : un petit-déjeuner entre un dirigeant industriel européen et un responsable politique américain. D’un côté, Ola Källenius, patron de Mercedes-Benz et, de l’autre, Howard Lutnick, futur secrétaire américain au Commerce et proche de Donald Trump. La surprise, c’est que ce qui devait être un échange technique sur les droits de douane se transforme alors en tout autre chose : une tentative de rachat symbolique, sinon politique, de l’un des joyaux de l’industrie automobile allemande.
Car derrière la courtoisie diplomatique, le message d’Howard Lutnick est sans détour : l’administration Trump est prête à tout pour faire revenir sur le sol américain la valeur industrielle qu’elle estime lui échapper. Et ça se traduit par des incitants économiques de tout premier plan pour l’industriel allemand. Pour l’entourage de Trump, peu importe le prix, pourvu que les centres de décision traversent l’Atlantique. Dans cette logique, les droits de douane ne sont plus qu'un instrument de pression, mais surtout un moyen de contraindre les industriels à choisir entre des pénalités ou la capitulation.
Cette tentative révélée par le magazine allemand The Pioneer montre à quel point Washington peut faire preuve de brutalité économique. Les USA ne cherchent pas à attirer des usines, mais à carrément déplacer – et s’accaparer – des fleurons européens.
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Une fin de non-recevoir
Mais Ola Källenius, il n'a jamais vraiment eu d’hésitation. Face à une proposition qu’il qualifie lui-même d’inédite eut égard aux avantages promis, le patron de Mercedes-Benz a posé un choix clair – et évident. Oui, le groupe est mondial. Oui, il investira encore aux États-Unis. Mais non, son centre de décision ne quittera pas l’Allemagne. À ses yeux, déplacer le siège du constructeur reviendrait à rompre un lien industriel et culturel qu’aucune incitation économique ne peut compenser.
C’est cette décision, plus encore que l’ampleur de l’offre américaine, qui rend cet épisode remarquable. Car, selon The Pioneer, l’administration Trump n’aurait rien laissé au hasard pour convaincre le constructeur allemand : une fiscalité hyper-allégée, une garantie d’énergie à bas coût et un cadre réglementaire assoupli. Sur le papier, tout était réuni pour rendre l’opération irrésistible. Källenius reconnaît d’ailleurs que les conditions proposées dépassaient largement ce qu’un directeur financier pourrait raisonnablement espérer. Mais on l’a dit, dans ce schéma, la pression des droits de douane n’est rien d’autre qu’un outil destiné à infléchir des décisions industrielles de long terme.
Une stratégie qui en dit long
Cet épisode étonnant – et même totalement surréaliste – pose aussi une question plus large et plus inconfortable pour le président et son entourage. En tentant d’acheter ou de capter la valeur industrielle étrangère, Donald Trump donne aussi l’impression de douter de la capacité de l’industrie américaine à innover, à se transformer et à se redresser par elle-même. Plus grave encore, cette méthode suggère aussi l’échec d’une promesse faite par l’administration Trump : celle de pouvoir réindustrialiser l’Amérique.
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