Un pétrole inépuisable en produisant de l'essence à partir du soleil ?

En Suisse, une voiture de collection a parcouru les Alpes grâce à une essence produite… par le soleil. Derrière cet exploit, la société Synhelion. Mais cette prouesse technologique est-elle vraiment la clé d’une mobilité propre ? Décryptage d’une solution aussi brillante que limitée.

Publié le 9 juillet 2025
Temps de lecture : 4 min

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Un pétrole inépuisable en produisant de l'essence à partir du soleil ?

Lors d’un rassemblement du prestigieux Supercar Owners Circle en Suisse au mois de juin dernier, les regards ne se sont pas seulement tournés vers les supercars dernier cri. C’est une Audi Sport quattro de 1985 – entièrement d’origine – qui a créé la surprise en avalant 340 km de routes alpines. Sa particularité ? Elle fonctionnait non pas à la sans-plomb, mais à un carburant synthétique fabriqué à partir de l’énergie solaire.

L’opération était orchestrée par l’importateur d’Audi Suisse en collaboration avec la start-up helvétique Synhelion, qui revendique une spécialité dans des carburants solaires. Le message est clair : il est possible de faire revivre des moteurs thermiques avec des carburants d’un nouveau genre, censés être neutres en CO₂. Mais derrière cette démonstration, un procédé technologique particulièrement ambitieux.

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Convertir la lumière en essence

Synhelion utilise une méthode de production qui recourt exclusivement à l’énergie du soleil. Le cœur du dispositif repose sur un champ d’héliostats – des miroirs motorisés – qui concentrent les rayons solaires vers un récepteur placé au sommet d’une tour. Cette concentration permet de générer une chaleur pouvant atteindre 1.500°C, suffisante pour activer des réactions chimiques complexes.

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À cette température, les déchets agricoles sont transformés en méthane et en CO₂. En parallèle, de l’hydrogène est extrait de l’eau. La combinaison de ces deux éléments forme du syngas (gaz de synthèse), qui est ensuite refroidi pour devenir un liquide proche du pétrole brut. Il suffit alors que procéder à un raffinage pour que ce liquide donne naissance à divers carburants : essence, Diesel et même kérosène, compatibles avec les moteurs thermiques actuels.

Contrairement aux carburants synthétiques produits à partir d’électricité verte, comme ceux de Porsche au Chili, la solution suisse mise tout sur la captation de chaleur, ce qui permet  un rendement énergétique particulièrement élevé tandis que l’usage d’un système de stockage thermique permet une production continue, même sans soleil. La perspective d’une énergie inépuisable ?

Des promesses sous conditions

Si cette technologie coche plusieurs cases sur le papier, elle ne prétend pas remplacer ni le pétrole ni... les voitures électriques. Philipp Furler, cofondateur de Synhelion, le reconnaît lui-même : l’énergie captée par les héliostats pourrait devenir précieuse dans des zones à fort ensoleillement comme le Sahara où il serait alors possible de produire et de stocker de l’énergie solaire sous forme liquide, facilement exportable. L’Europe possède un système électrique très centralisé qui ne rend pas cette application intéressante. En outre, les applications envisagées par Synhelion concernent davantage l’aviation, le transport maritime ou le maintien en circulation des voitures anciennes qui seraient trop complexes à électrifier.

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En outre, les carburants solaires ne sont pas exempts de critiques. Leur combustion émet toujours des particules fines, bien que ce soit en moindres quantités qu’avec un carburant fossile.

Une nouvelle chimère ?

La vision de Synhelion est-elle l’avenir ? Malheureusement non, celle ne transformera pas le paysage énergétique. Car la conversion thermochimique du CO₂ et de l’eau en carburants liquides est un vieux rêve de chimiste, mais la complexité technique, les coûts de déploiement et la faible pertinence du procédé dans des climats peu ensoleillés rendent cette solution marginale. De ce fait, les carburants solaires s’inscrivent comme une niche complémentaire, mais pas comme une alternative généralisable. Ils permettront peut-être de faire rouler des icônes mécaniques dans un monde plus neutre en carbone, mais ne suffiront pas à alimenter la mobilité de masse.

En outre, il faut rappeler que la technologie de Synhelion n’est pas neuve. En effet, depuis 2011, un programme similaire existe (Solar-Jet), financé par l’Union européenne et rassemblant des acteurs comme l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), Bauhaus Luftfahrt et Shell Global Solutions. La compagnie Lufthansa et le pétrolier Eni s’emploient à utiliser ce type de carburant depuis 2022 dans les avions. Rien de neuf sous le soleil donc, sauf que le fait que l’essence traditionnelle peut être remplacée. Mais ce sera pour des applications à faible spectre.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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