Début des années 1990. Audi est en plein renouveau et cherche à se donner une nouvelle image. Encore perçue comme une marque sérieuse et assez austère, elle cherche à sortir de l’ombre de ses concurrents principaux que sont Mercedes et BMW. La compétition est rude, et malgré la notoriété acquise grâce au système quattro et aux exploits en rallye, Audi n’a pas encore de véritable modèle sportif à opposer aux BMW M3 ou Mercedes 190E 2.5-16.
L’idée de construire une familiale ultra-performante nait alors au sein de département technique de la marque. Un modèle capable de conjuguer la praticité d’un break et les performances d’une voiture de sport, ce qui était une idée novatrice à l’époque. Pour réaliser ce projet, la marque aux anneaux n’y va pas par quatre chemins et décide de faire appel à Porsche.
Alliance improbable
À cette époque, Porsche traverse une période compliquée financièrement. Le constructeur de Stuttgart accepte de collaborer avec Audi sur ce projet très spécial. Audi fournit la base : une Audi 80 Avant, break 5 portes. Porsche se charge de transformer ce véhicule discret en monstre routier. Le résultat est loin d’être décevant.
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L’Audi RS2 Avant, lancée en 1994, est propulsée par un 5 cylindres turbo de 2,2 L, préparé par Porsche pour produire 315 chevaux et 410 Nm de couple. Le bloc, déjà connu dans l’Audi S2, est profondément retravaillé : turbo plus gros, nouveaux injecteurs, échangeur air-air, gestion électronique spécifique.
Le tout est associé à une boîte manuelle à 6 rapports, une transmission intégrale quattro, et un châssis renforcé avec freins, suspensions et trains roulants revus par Porsche. La voiture est assemblée à Zuffenhausen, dans les ateliers Porsche, ce qui en fait un produit réellement hybride entre les deux marques.
Production limitée
Entre 1994 et 1995, seulement 2 891 exemplaires sont produits, tous en break. La RS2 n’a pas de successeur direct immédiat, mais elle pose les fondations de ce qui deviendra la gamme Audi RS, pilotée par la filiale quattro GmbH, créée en 1996. La RS4 B5 arrive en 1999, directement inspirée par la philosophie RS2 : puissance, transmission intégrale, discrétion, polyvalence. Depuis, les RS se sont multipliées (RS3, RS5, RS6…), mais aucune autre ne sera le fruit d’une collaboration entre Audi et Porsche.
Rencontre fébrile
Pour l’adolescent que j’étais dans les années 90, l’Audi RS2 était le sleeper ultime, une voiture familiale aux apparences trompeuses. Les années ont passé et je n’avais malheureusement toujours pas l’essayer. Une chose est certaine, c’est qu’elle n’a pas perdu en pouvoir de séduction. La voiture qui nous a été prêtée par D’Ieteren, importateur d’Audi en Belgique, est juste parfaite. Très peu kilométrée, elle arbore la teinte Bleu Nogaro qui était la couleur mise en avant par la marque aux anneaux lors de son lancement.
Extérieurement, la RS2 reste sobre mais à y regarder de plus près, certains détails ne trompent pas comme les jantes Porsche Cup, les rétroviseurs empruntés à la 911, les logos Porsche sur les étriers de frein, le spoiler avant spécifique, et les badges « RS2 » discrets mais évocateurs.
Concentré de plaisir
Il suffit de s’ouvrir une portière pour se rendre compte qu’Audi savait faire des intérieurs de très grande qualité à cette époque. Les matériaux sont costauds, le cuir qui recouvre les sièges est doux au toucher et l’ergonomie est sans faille. On y est bien assis, bien soutenu et l’espace est généreux malgré les dimensions compactes de l’engin. Cerise sur le gâteau, le coffre est vaste et la RS2 n’oublie pas avant tout d’être pratique.
La musicalité du moteur 5 cylindres est exceptionnelle : aucun générateur de sonorité de voiture électrique n’arrivera à la reproduire. La RS2 se conduit comme une voiture moderne, si ce n’est que la pédale d’embrayage est « virile ». En dessous de 3.000 tr/min, le « moulin » est souple et très doux. A partir de 3.000 tr/min, le turbo KKK se met en route et c’est un autre monde ! L’aiguille du compte et celle du compteur de vitesse grimpent en flèche et le décor se met à défiler rapidement.
Pas de déception
La RS2 elle tient ses promesses : le 0 à 100 km/h est expédié en 4,8 secondes et la vitesse de pointe est établie à plus de 260 km/h. Le plus étonnant est son châssis incroyable qui en fait une vraie voiture de sport capable de virer à plat et soudée au sol grâce à sa transmission quattro.
Quand on a compris le fonctionnement du turbo qui souffle entre 3.000 et 5.000 tr/min environ, la RS2 se montre vraiment jouissive. Par rapport à une Audi RS6 moderne, elle est bien plus sensationnelle et ce, sans devoir atteindre des vitesses criminelles. A la fois break familial et sportive capable de titiller les meilleurs modèles de son époque, la RS2 a fait fort. Finalement plus typée Porsche qu’Audi, elle a créé un nouveau genre de véhicule très performant qui a été finalement copié par la concurrence. La rigueur de sa conception, associée à une grande liberté de son ingénierie en a fait une voiture mythique dont la cote dépasse aujourd’hui la barre des 50.000 €.
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