À l’approche de l’interdiction de vente des véhicules à moteur thermique prévue par l’Union européenne pour 2035, la filière automobile se prépare à une montée en puissance de la demande pour les véhicules essence, Diesel et hybrides. Selon les projections de plusieurs analystes, les années 2033 et 2034 en particulier pourraient enregistrer des records de ventes de véhicules à combustion, car les consommateurs vont anticiper la fin de cette technologie en se précipitant sur les derniers modèles disponibles.
Bien que favorable à court terme avec des volumes de ventes en hausse pour les constructeurs, ce phénomène présente malgré tout un risque, car il laisse augurer par la suite un effondrement de la demande. Il y aurait dès lors un retournement complet, ce qui confrontera les industriels de l’automobile à une nouvelle crise qui pourrait être encore plus profonde que l’actuelle – ou, plutôt, celles qui s’enchaînent depuis 2020.
Une transition difficile
L’après-2035 pourrait dès lors se profiler comme une nouvelle phase de turbulences pour l’automobile. Car le problème ne sera pas que commercial, mais aussi industriel. En effet, il faudra que les marques gèrent la décroissance brutale de leurs lignes de production de voitures thermiques et qu’elles montent en puissance tout aussi rapidement sur l’offre de voitures électriques. Ce qui n’est pas simple, car on ne convertit pas une usine en quelques semaines, mais en plusieurs mois, voire années.
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Certains spécialistes du secteur, comme l’équipementier allemand ZF Friedrichshafen alertent sur cette perspective qui pose un double défi : celui de maintenir d’une part la performance économique jusqu’au pic de la demande thermique et, d’autre part, celui de continuer à investir massivement dans les technologies électriques pour rester compétitifs dès 2035 et au-delà. Car il est évident que les Chinois ne feront pas de cadeau.
Ce scénario connaît d’ailleurs déjà des répercussions. Comme chez ZF qui reconnaît qu’elle ne dispose plus de la compétitivité requise dans certains domaines clés. De fait, l’équipementier restructure déjà ses équipes. Et pas qu’un peu : depuis début 2024, plus de 11.000 postes ont été supprimés tandis que 5.000 autres emplois vont encore être perdus suite à un plan de départs volontaires et de retraites anticipées.
La tourmente, déjà maintenant
Si ZF se prépare à faire face à des années difficiles, c’est aussi le cas de ses concurrents et de certains constructeurs. En effet, Ford et Bosch ont annoncé simultanément de nouvelles vagues de suppressions de postes en Allemagne. Chez Ford, jusqu’à 1.000 emplois vont être supprimés à l’usine de Cologne, celle-là même récemment convertie pour la production de véhicules électriques. La marque à l’ovale bleu justifie cette décision par une demande européenne nettement inférieure aux prévisions. Même son de cloche chez Bosch : le leader mondial des équipementiers va intensifier ses coupes budgétaires et ses restructurations dans sa division Mobilité, confrontée à un déficit structurel de 2,5 milliards d’euros.
La situation continue donc de se tendre. Car les constructeurs automobiles demandent aussi aux équipementiers d’abaisser leurs prix, alors que ceux-ci sont contraints plus que jamais d’investir en recherche et développement dans les chaînes de valeur de demain, que ce soit dans les technologies électriques ou l’autonomie des véhicules. La zone de turbulence dans laquelle l’Europe de l’automobile est entrée ne fait sans doute que commencer.
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