Pneus hiver en été : le danger que 1 Belge sur 3 ignore encore

Chaque printemps, des milliers de Belges négligent ou retardent une étape pourtant essentielle : changer leurs pneus hiver. Ce qui ressemble à un petit oubli cache en réalité des impacts très sérieux en matière de freinage, d'adhérence, de consommation et de sécurité sur la route.

Publié le 27 mars 2026
Temps de lecture : 5 min

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Pneus hiver en été : le danger que 1 Belge sur 3 ignore encore

Un pneu hiver est conçu autour d’une performance très spécifique : rester souple par grand froid. Enrichie en silice et en plastifiants, sa gomme conserve son élasticité jusqu'à -40°C là où un pneu standard se rigidifie et perd toute son adhérence. C'est cette propriété qui en fait un allié indispensable sous les 7°C. Mais ça en fait aussi un adversaire au-delà. Car lorsque les températures remontent, ce composé trop tendre se déforme sur le bitume chaud. Les blocs de la bande de roulement commencent en effet à flotter et l'adhérence s'effondre tout comme la précision de conduite. Le seuil de 7°C n'est pas une convention marketing : c'est une frontière physique. Et on ne peut rien y faire.

15 mètres de trop

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La fédération automobile allemande ADAC a mesuré en conditions réelles à 100 km/h sur chaussée sèche un allongement de la distance de freinage de 15 mètres pour un véhicule équipé de pneus hiver face au même véhicule en pneus été. Sur revêtement mouillé, la dégradation s'accentue encore : les sculptures profondes du pneu hiver, pensées pour évacuer la neige, ne gèrent pas aussi efficacement qu’on ne le croit l'eau de pluie estivale. Or, beaucoup d’automobilistes pensent que des rainures plus profondes participent à l’évacuation de l’eau. C’est une erreur, car le résultat est en fait un risque accru d'aquaplaning, particulièrement traître sur les autoroutes belges qui sont de surcroît fortement abîmées. Et il y a encore un troisième danger moins connu qui mérite d'être signalé : sous forte chaleur, le caoutchouc du pneu hiver peut se fragiliser et aboutir dans le pire des cas un éclatement.

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Pour les conducteurs de véhicules électriques, la situation est encore plus critique. Plus lourds que leurs équivalents thermiques du fait de leur batterie, les voitures à accumulateur exercent une pression supplémentaire sur le pneumatique. TRAXIO, la fédération belge de la mobilité, souligne explicitement que les distances de freinage s'allongent davantage sur ces véhicules en pneus hiver par temps chaud. Et on s’en doute, l’écart qui devenir critique lors d'une manœuvre d'urgence.

Un calcul qui ne tient pas

On l’aura compris : l'argument de l'économie ne tient pas face à cette réalité. D’autant que sur chaussée chaude, le mélange de la bande de roulement s'use à une cadence bien supérieure. Selon TRAXIO, les témoins d'usure peuvent apparaître en moins de 10.000 km, ce qui impose alors un remplacement prématuré qui annule l'économie espérée sur la permutation. À cela s'ajoute une surconsommation de carburant puisque la résistance au roulement d’un pneu hiver est plus élevée, ce qui oblige le moteur à fournir plus d’efforts. Le poste « pneus » peut donc finir par coûter très cher.

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Le 4 saisons a aussi ses limites

Comme on le sait, les pneus toutes saisons progressent fortement en Belgique. Selon une étude commandée par Auto5 en octobre 2025 auprès de 800 conducteurs belges, 34% des automobilistes particuliers ont adopté cette solution. Leur part de marché est d’ailleurs passée de 37,1% en 2023 à 43,2% en 2024. Et elle frôle aujourd'hui les 50%.

Les raisons de cet engouement sont compréhensibles : pas de rendez-vous bisannuel, pas de stockage et une adéquation raisonnable avec le kilométrage moyen belge (12.658 km par an). Mais ce pneu hybride a toutefois ses défauts. Il est conçu pour opérer entre -10°C et +30°C selon Michelin, mais là encore il faut rester prudent, car tous les pneus 4 saisons ne présentent pas les mêmes performances. Ainsi, Michelin justement propose des qualités hivernales un peu moins performantes sur la neige par exemple que des Goodyear Vector 4Season. En revanche, il montre un comportement plus précis et des distances de freinage plus courtes sur le sec. Ce sont simplement des choix de conception et des objectifs d’usage.

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C’est précisément dans les situations extrêmes qu’il faut redoubler de prudence. Il faut tenir à l’esprit qu’en cas de canicule, le pneu 4 saisons avouera ses limites. À l'autre extrême, sur neige épaisse ou verglas sévère, il ne pourra pas non plus rivaliser avec de vrais pneus hiver. En réalité, le 4 saisons excelle dans la nuance.

Le bon moment

Quand changer de pneus ? La règle est simple : dès que le mercure se stabilise durablement au-dessus de 7°C, la permutation s'impose. En Belgique, cela correspond grosso modo à la fin mars ou au mois d'avril. Le passage à l'heure d'été, dans la nuit du dernier dimanche de mars, constitue un repère idéal. Mais anticipez cette permutation, car les ateliers saturent rapidement : selon TRAXIO, 32% des conducteurs équipés de pneus hiver ne procèdent pas au changement dans les temps et 6% de l'ensemble des automobilistes belges conservent leurs pneus hiver toute l'année. Un chiffre qui a augmenté depuis la dernière enquête de la fédération. Et ce n’est vraiment pas une bonne idée.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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