Ces derniers mois, plusieurs patrons de l’industrie automobile se sont affichés aux côtés de Donald Trump et le moins que l’on puisse dire, c’est que jusqu’ici, ça n’a jamais été une formule gagnante. Elon Musk, patron de Tesla, a déjà constaté que son soutien au président et son engagement politique lors des dernières élections avaient provoqué un recul des ventes, même s’il faut reconnaître que le phénomène a surtout été européen et qu’un retour au calme a eu lieu depuis. D’ailleurs, les ventes de Tesla ne se sont jamais aussi bien portées chez nous.
Du clinquant ?
Cette fois, c’est le patron d’Audi, Gernot Döllner, qui s’est affiché aux côtés de Trump, pensant sans doute que cette communication lui voudrait un beau coup de pub. Lors d’un meeting électoral en Géorgie, Döllner est apparu triomphal avec le président et il a annoncé à un investissement de 4 milliards dans une nouvelle usine de production.
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Ce n’est un secret pour personne : la marque allemande espère depuis des dizaines d’années une envolée de ses ventes aux USA afin de rejoindre BMW et Mercedes qui exploitent aussi pour leur part chacun une usine sur place, une en Caroline du Sud et l’autre Alabama. Comme ses rivaux, Audi veut y construire des SUV, en l’occurrence les Q7, Q8 et Q9 qui partagent la même base technique.
Cette décision de construire une nouvelle usine tient évidemment dans les droits de douane imposés par Donald Trump. Ceux-ci ont coûté 1,2 milliard d’euros à la marque aux anneaux rien qu’en 2025. Et, évidemment, le président n’a d’ailleurs pas manqué dans son discours de souligner l’effet positif de sa politique économique, même si les taxes douanières ont surtout rendu les voitures plus chères, car les échanges avec les pays voisins pour les pièces détachées sont nettement plus compliqués.
« Marionnette de Trump »
Audi n’est pas la seule marque à avoir cédé. Hyundai et Toyota ont aussi choisi de construire aux États-Unis. Cela dit, l’investissement d’Audi de 4 milliards de dollars aux USA et qui représentera 4.500 emplois passe très mal en Europe. Ce qui est reproché par les syndicats allemands, c’est d’abord la présence de leur CEO aux côtés de Trump. Christiane Benner, présidente d’IG Metall, a qualifié cet acte de « franchement gênante » et de « politiquement inacceptable ».
Daniela Cavallo, représentante syndicale au Conseil d’entreprise de Volkswagen, va encore plus loin. Elle qualifie Döllner de « marionnette de Trump », jugeant que l’homme a été instrumentalisé pour servir la propagande du président. Elle souligne en outre que le CEO d’Audi a bafoué toutes les règles internes en matière de comportement.
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Certes, les patrons automobiles serrent régulièrement la main de décideurs politiques, mais les règles internes au groupe Volkswagen imposent aussi une neutralité politique. Cela signifie que les apparitions publiques avec des candidats sont interdites durant les trois derniers mois avant un scrutin. Or, les élections de mi-mandat (midterms) ont lieu la semaine prochaine, début novembre. En face, Gernot Döllner affirme, lui, que sa présence ne servait que des intérêts économiques.
Quelle surcapacité ?
Derrière l’indignation, il y a un problème bien plus sensible : celui d’un groupe qui doit faire les plus grandes économies de son histoire. Au total, 150.000 emplois sont menacés et, pour la première fois, des fermetures d’usines en Allemagne ne sont pas à exclure. L’usine Audi de Neckarsulm figure d’ailleurs sur la liste des sites qui pourraient être touchés, et forcément, l’annonce de la construction d’une nouvelle usine aux USA passe très mal. Et cela vaut aussi pour Audi Brussels où 3.000 emplois ont été effacés au nom des surcapacités. Si c’est réellement vrai, alors, il n’y a effectivement pas lieu de construire de nouvelles installations de production.
Reste à voir si l’épisode portera préjudice à l’image d’Audi et poussera des clients qui ont Trump en horreur vers des showrooms d’autres marques. En outre, les agissements très peu diplomatiques de Döllner pourraient aussi simplement torpiller ce projet d’usine américaine. Car la décision de l’investissement doit être approuvée par le Conseil de surveillance de Volkswagen où les syndicats détiennent la moitié des sièges. Il est clair que lors de la prochaine réunion, Döllner n’y sera sans doute pas applaudi...
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