Et si l’Europe décidait d’assouplir sa vision et d’autoriser les ventes de voitures neuves thermiques jusqu’en 2050 ? Sur le principe, tous les constructeurs sont d’accord : BMW met en avant la lenteur du décollage du marché électrique tandis que Mercedes vit actuellement une transition trop brutale sur ses modèles premium. Beaucoup d’entre eux soutiennent ainsi une prolongation des ventes de moteurs thermiques, mais pas que pour des raisons commerciales ou de rentabilité. En effet, leurs arguments trouvent aussi un appui dans un rapport de la Cour des comptes européenne de 2024 qui pointe les évidentes difficultés rencontrées pour l’adoption massive des véhicules zéro émission à très court terme.
Bien sûr, tous les constructeurs ne sont pas d’accord autour des assouplissements à mettre en place. Des constructeurs comme Volvo et Polestar (groupe chinois Gelly) ou Lucid (100% électrique) ainsi que des réseaux de recharge (Ionity, Fastned ou Electra) plaident pour ne pas changer les échéances en raison des investissements colossaux déjà consentis, notamment.
C’est souvent l’argument climatique qui est associé à la voiture électrique. L’empressement de l’Europe dans la transition tient précisément dans le fait que le trafic automobile (15% du total des rejets de CO2 en Europe) est le seul secteur dont les émissions n'ont pas diminué depuis 1990. Prolonger les voitures thermiques ne permettrait donc pas d’atteindre les objectifs de réduction en la matière, même si rien ne garantit non plus que cela sera suffisant pour endiguer le changement climatique. Car les projections restent uniquement théoriques. De ce fait, le climat est loin d’être le seul enjeu.
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Fournisseurs sous tension
D’un point de vue purement industriel, l’éventualité d’un délai supplémentaire n’aurait pas le même effet pour tout l’écosystème. En effet, si les sous-traitants spécialisés dans les moteurs thermiques, transmissions ou échappements y voient un sursis pour se reconvertir, la filière européenne naissante des batteries subirait, elle, un sacré revers. Les projets de gigafactories pourraient perdre de leur attractivité si la demande ralentissait. Et ça menacerait aussi les ambitions européennes d’indépendance stratégique en la matière : les projets de mines de cobalt ou de lithium seraient ralentis et les investissements fileraient probablement droit vers la Chine ou l’Amérique du Nord.
La recharge aussi
Pour les opérateurs de bornes de recharge, un report constituerait sans doute aussi une respiration. Allego, Driveco ou Powerdot pourraient lisser leurs investissements, tandis que les gestionnaires de réseaux électriques gagneraient du temps pour moderniser leurs infrastructures et le réseau. Et on sait que sur ce dernier point, la Belgique n’est pas à l’avance, spécialement la Wallonie.
Mais ce scénario comporte aussi une part de risque. Sans échéance claire et suffisamment rapprochée, le déploiement de la recharge ultrarapide ou bidirectionnelle par exemple pourrait être ralenti, ce qui freinerait aussi de facto la progression de la voiture électrique. Et ici encore, tout ralentissement représente aussi le danger de voir l’Europe rapidement distancée par les acteurs asiatiques.
L’emploi préservé ?
Le passage à la voiture électrique entraîne aussi un bouleversement social. Et pas que chez les utilisateurs. En effet, de nombreux emplois dépendent toujours des voitures thermiques. Une nouvelle échéance à 2050 permettrait de préserver ces postes et de mieux étaler les reconversions professionnelles. Ça, c’est pour le positif. En revanche, cette perspective retarderait aussi la montée en puissance de l’emploi dans les nouvelles filières de l’électromobilité. Et là encore, les nombreuses compétences présentes en la matière pourraient se sentir isolées et décider de s’expatrier hors d’Europe.
Quelle sera donc l’issue ? Un report de la sortie du thermique en 2050 ou une voie intermédiaire qui autoriserait certaines catégories de véhicules ou technologies comme les voitures hybrides ou les carburants de synthèse ? La question reste aujourd’hui entière, mais une chose est sûre : il faudra bien évaluer les différentes trajectoires. Car si une transition rapide met le secteur en difficulté, comme on peut le constater, un trop grand assouplissement affaiblira indubitablement l’industrie européenne sur le long terme. L’équation est difficile, mais pas insoluble.
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