Carlos Tavares, ancien directeur général de Stellantis, n’a jamais mâché ses mots sur les effets pervers des politiques environnementales européennes. Dans une récente interview au Financial Times, il a réitéré son avertissement : les constructeurs chinois pourraient bientôt racheter les usines européennes en crise et ils apparaitront ainsi comme des « sauveurs » d’une industrie fragilisée par la bureaucratie et les normes environnementales.
Selon lui, les règles strictes imposées par Bruxelles – notamment celles encadrant les émissions de CO₂ et l’interdiction des véhicules thermiques neufs à partir de 2035 – ont mis les constructeurs occidentaux dans une position intenable. Tavares y voit un enchaînement de décisions « technologiques, dogmatiques et coûteuses » qui favorisent directement la percée de la concurrence chinoise sur le marché européen.
« Les Chinois seront vus comme des sauveurs » ?
Pour l’ancien patron de Stellantis, le scénario est déjà écrit. Lorsque les usines européennes commenceront à fermer, faute de rentabilité et de demande suffisante – et elles sont déjà en grandes difficultés puisqu’on estime qu’il y en a au moins huit de trop –, « un constructeur automobile chinois viendra dire : je vais le reprendre et garder les emplois », affirme-t-il. Ce repreneur sera alors perçu comme un bienfaiteur, capable de sauver à la fois les sites industriels et les emplois locaux.
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Cette vision s’appuierait sur une tendance déjà visible : les marques chinoises, telles que BYD ou MG, progressent rapidement en Europe grâce à des véhicules électriques compétitifs, bien équipés et proposés à des prix plus accessibles que leurs équivalents européens. Tavares prévient : « La réglementation européenne n’est pas neutre technologiquement ; elle impose un modèle économique inadapté aux classes moyennes. »
Des normes contre-productives
Interrogé aussi sur France Inter, Carlos Tavares s’est interrogé : « Pourquoi les classes moyennes n’arrivent-elles plus à acheter des voitures propres ? » Pour lui, la réponse est simple : l’Europe s’est enfermée dans une logique de surenchère normative. En imposant des technologies coûteuses, notamment dans les domaines de la sécurité, mais aussi dans celui de l’électrification, elle a « ouvert un boulevard à la concurrence chinoise », qui s’adapte plus vite et investit massivement dans la production à bas coût.
Les constructeurs européens doivent aujourd’hui consacrer des milliards à la mise en conformité de leurs modèles et ils voient dans le même temps leurs marges se réduire. Pour Tavares, ces investissements colossaux risquent de ne jamais être rentabilisés. Il déplore un « dysfonctionnement patent » des trois institutions européennes – Parlement, Commission et Conseil – dans la manière dont elles ont élaboré la réglementation des émissions.
Un avenir incertain
Carlos Tavares estime que seuls les constructeurs les plus agiles survivront à cette mutation accélérée. Il cite en exemple Toyota, Hyundai ou encore les groupes chinois BYD et Geely, qu’il juge mieux préparés à la nouvelle donne du marché mondial. En revanche, il se montre pessimiste pour l’avenir des groupes historiques européens, y compris Stellantis. « Dans un monde qui se fragmente, des forces pourraient conduire à l’éclatement du groupe », prévient-il, évoquant la fragilité des équilibres entre les pôles français (Peugeot), italiens (Fiat) et américains (Chrysler).
Bien que l’ancien patron a été décrié à de nombreuses reprises, son avertissement est sévère : à trop vouloir encadrer la transition écologique par la contrainte, l’Europe risque de perdre son industrie automobile. Et de devoir bientôt compter sur les investisseurs chinois pour la sauver. Est-ce vraiment cela que nous (et les Eurocrates) souhaitons ?
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