Il n'y a pas grand-chose qui prépare à ce genre de choc. Toshihiro Mibe, PDG de Honda, visitait fin février les installations d'un équipementier important à Shanghai. Mais sur place, la surprise est de taille : la chaîne de production est entièrement automatisée, silencieuse et il n’y a aucun ouvrier. L'usine livre aussi bien Tesla que des constructeurs locaux. Elle tourne sans pause, sans masse salariale importante et... sans erreur humaine à corriger. Redoutable.
Honda shifts power back to car engineers to reignite innovation
— Nikkei Asia (@NikkeiAsia) April 5, 2026
Rise of Chinese rivals forces Japanese automaker to carry out drastic reformshttps://t.co/e94GL8ZYpn
Sa conclusion est rapportée par le média japonais Nikkei Asia et elle tient en cinq mots : « Nous n'avons aucune chance. » Ce n'est pas le genre de phrase qu'on glisse dans un communiqué de presse. Car quand c'est le patron d'une marque fondée en 1948 qui lâche ça, publiquement et devant ses propres fournisseurs, le reste de l'industrie écoute, même si personne n’a vraiment envie d'entendre...
Cinq ans de chute
Honda travaille étroitement avec la Chine depuis 1998. Le Japonais a fondé une coentreprise avec GAC. Honda jouissait d’une belle réputation. En 2020, le constructeur écoulait dans l’empire du Milieu 1,62 million de véhicules. Mais en 2025, c’est la douche froide, comme pour une majorité d’autres constructeurs étrangers : seulement 640.000 exemplaires vendus.
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Pire : en seulement un an, la chute atteint les 24 % et c’est la cinquième année de recul consécutive. Et les projections pour 2026 ne sont pas meilleures : moins de 600.000 unités prévues. Actuellement, les usines tournent à 50-60 % de capacité, loin des 70-80 % nécessaires pour être rentables. Les pertes annoncées atteignent carrément les 15,8 milliards de dollars. Plusieurs modèles ont d’ailleurs disparu en chemin : les 0 SUV et 0 Sedan ou encore le projet commun avec Sony sous la bannière Afeela.
Mais les faits sont là : les constructeurs chinois sortent aujourd'hui un nouveau modèle en 18 à 24 mois alors que leurs homologues japonais ou européens en ont besoin du double, parfois du triple. L'écart en coût est considérable et il continue de se creuser.
Machine arrière
Soichiro Honda avait une conviction simple : donnez leur liberté aux ingénieurs et ils feront des choses que personne d'autre n'aurait imaginées. Ça avait donné Honda R&D en 1960. Et ça avait fonctionné.
Mais il y a aujourd’hui une cruelle ironie dans la position de Toshihiro Mibe : l'homme qui a démantelé la culture technique de Honda (il avait intégré la R&D dans la structure mère en 2020 pour des raisons de coûts) est aujourd'hui celui qui doit la rebâtir. Car ce qu'il a vu à Shanghai, c'est exactement l'inverse de ce que Honda a toujours été. Une usine sans ingénieurs, sans débats techniques, sans cette friction créatrice que Soichiro Honda avait mise au cœur de sa philosophie. Juste des robots, du silence, et une efficacité qui donne le vertige.
Les Européens commencent eux aussi à comprendre (il est temps) et certains ont même décidé d'apprendre directement à la source. La nouvelle Twingo électrique de Renault a été développée en 21 mois en confiant l'essentiel de l'ingénierie à un centre chinois situé à... Shanghai.
Le monde d'après ?
En 2025, la Chine a installé 300.000 robots industriels. C’est plus que partout ailleurs dans le monde. BYD, qui avait dépassé Tesla pour devenir le premier vendeur mondial de véhicules électriques en 2025, a livré 4,6 millions d'unités cette même année et il a dans le même temps supprimé 100.000 postes. Pas parce que les ventes chutaient, mais parce que les machines avaient pris le relais.
Ce modèle constitue la nouvelle norme. Et elle ne concerne pas que Honda. La Chine ne cherche plus à rattraper les standards de l'industrie, elle en a fixé de nouveaux. Est-ce perdu pour autant ? Toshihiro Mibe est clair : « À moins que les choses ne changent, ils pourraient nous mettre sur la paille. » Ce qui signifie qu’un espoir subsiste. Les autres constructeurs doivent choisir : s'adapter ou disparaître. Si seulement c'était aussi simple… Mais quid des ouvriers dans tout ça ? Bonne question. Personne n'a encore vraiment la réponse.
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