Renault va donc tailler dans ses effectifs. Et pour une fois, on ne parle pas des usines, mais des postes d’ingénierie. Renault compte actuellement entre 11.000 et 12.000 ingénieurs dans le monde et le constructeur a prévu d’en supprimer entre 15 et 20 %, soit entre 1.600 et 2.400 postes en seulement deux ans. Pour un groupe qui emploie 100.000 personnes au total, la saignée est douloureuse.
La Twingo comme modèle
L'annonce vient de Philippe Brunet, Chief Technology Officer (CTO) de Renault (ou ingénieur en chef), qui a présenté en interne une feuille de route. Il justifie cette réduction comme faisant partie de la stratégie globale du groupe à l'horizon 2030. Ce plan ne répartit pas seulement les projets par pays, mais il définit aussi où et quel type de produit ou de développement est exécuté.
Naturellement, cette annonce n’est qu’une demi-surprise dans le sens où on avait déjà compris que des changements allaient intervenir lors de la présentation de la nouvelle Twingo E-Tech. Cette voiture affichée à 19.500 euros chez nous a été développée avec des composants chinois et grâce à une collaboration particulièrement dense avec le centre de recherche et développement de Renault à Shanghai qui regroupe pour l’essentiel des ingénieurs chinois. Son développement n'a duré que 21 mois, soit beaucoup moins que les trois ou quatre ans habituellement nécessaires à la gestation d’une nouvelle voiture. Ce phénomène d’adoption du modèle chinois possède d’ailleurs un nom au sein des sièges des différentes marques occidentales : le « China Speed ».
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Combler l'écart
Cette réalité explique à elle seule pourquoi le département d’ingénierie de Renault fait les frais de cette restructuration : c’est en effet le département R&D qui est responsable des délais de mise au point d’un nouveau modèle. Le PDG François Provost, entré en fonction l'année dernière, entend combler l’écart entre Europe et Chine en imitant justement les méthodes chinoises. Ce modèle s’articule autour d’équipes réduites et plus agiles, des cycles de développement raccourcis et de réduction des coûts. Une seule question demeure toutefois : est-il possible de transformer en deux ans une culture d'ingénierie européenne construite sur plusieurs décennies ?
Cette annonce s'inscrit dans la continuité d'une communication de Renault du mois dernier dans laquelle le groupe affichait sa volonté de réduire le coût de ses modèles électriques de 10 à 30 %. Et, forcément, cela passe par une réduction drastique des coûts de développement. La Twingo est donc bien plus qu'une expérience : elle devient le nouveau standard que l'entreprise va généraliser.
La France reste incontournable
Verra-t-on davantage de Renault sortir des bureaux d’étude de Shanghai ? Pas tout de suite. Car il est prévu que les activités d'ingénierie à haute valeur ajoutée resteront exercées depuis la France. Environ la moitié de tous les ingénieurs Renault y réside déjà, essentiellement au Technocentre de Guyancourt près de Paris. Ce qui est annoncé aujourd’hui, c’est que la stratégie d'ingénierie, le développement de nouvelles technologies et les travaux de conception conceptuelle resteront en France. L'État français, actionnaire du constructeur, ne tolérerait d’ailleurs pas qu'il en aille autrement.
Le plan prévoit par ailleurs que chaque pays qui dispose d'un pôle ingénierie (Roumanie, Inde, Corée du Sud, Espagne, Maroc, Turquie et Brésil) conçoive désormais son propre plan pour atteindre l'objectif global de l’entreprise, donc des délais de développement plus courts. Les modalités de chacun de ses plans seront arrêtées par les managers locaux, selon Renault.
Le même scénario chez Stellantis
La marque souligne néanmoins qu'il ne s'agit pas de licenciements secs. L'entreprise explore des alternatives telles que des reconversions, le développement des compétences pour trouver un autre poste au sein du groupe et, bien entendu, des retraites anticipées. Reste à savoir si cette promesse sera tenue...
Renault n'est d'ailleurs pas le seul à prendre de telles mesures. Son concurrent Stellantis a lui aussi annoncé vendredi qu'il supprimerait 40 % de ses postes d'ingénieurs sur le site de recherche et développement d'Opel à Rüsselsheim, en Allemagne. L'industrie automobile européenne est clairement engagée dans un repositionnement structurel et il est probable que plusieurs autres groupes automobiles suivront bientôt cet exemple. Espérons simplement que la capacité d'innovation n'en pâtira pas.
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