Quand un ingénieur en structures recommande de « refaire les calculs », ce n'est jamais bon signe. Et c’est pourtant le message que Bart Craeye, professeur à l'Université d'Anvers, adresse via la VRT aux gestionnaires de parkings en Belgique. La raison est simple : les voitures qui s'y garent aujourd'hui n'ont plus grand-chose à voir avec celles pour lesquelles ces structures ont été conçues. Un SUV électrique pèse facilement 2,5 tonnes, alors que dans les années 1970, une voiture ordinaire pesait à peine 1.200 kg.
L’écart atteint au bas mot 500 kg supplémentaires par rapport à une voiture moyenne thermique d’aujourd’hui (1.600 kg). Multipliée par des dizaines de places sur une même dalle de béton, la différence de charge devient significative. Et l’origine de ce delta, c’est bien évidemment la batterie. Là où un réservoir thermique contient beaucoup d'énergie pour peu de masse, la chimie lithium-ion impose de lourds compromis : il faut plusieurs centaines de kilos de cellules pour stocker un seul plein d’essence. Et les choses ne s’arrangent évidemment pas avec la mode des SUV qui sont des carrosseries beaucoup plus lourdes.
Autre époque
De nombreux parkings en Belgique ont été construits entre 1970 et 1990. Et ils ont été dimensionnés pour des charges de l'ordre de 200 à 250 kg/m2. Des valeurs calculées sur la base du parc automobile de l'époque. Aujourd'hui, ces structures accueillent pourtant sans distinction citadines et, surtout, de plus en plus de lourds SUV. Or, personne ne s’est jusqu’ici jamais de ce nouveau contexte.
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Faut-il craindre dès lors des problèmes structurels sur nos parkings ? Il faut se rassurer, le risque d’effondrement n’est pas imminent. Car, heureusement, les bureaux d'étude intègrent toujours des marges de sécurité. Et ce sont précisément ces marges qui jouent ce rôle de tampon face aux évolutions actuelles. Mais le risque n’est pas pour autant effacé. Car si un parking se remplit à 100% de voitures électriques, ces marges ne suffiront pas. La réponse des experts est plutôt « on ne sait pas ». Et ceux-ci recommandent donc de procéder à des vérifications.
Mais que font les gestionnaires de parking ? Selon la VRT, Interparking qui gère des dizaines de parkings en Belgique a pris les devants : tous ses ouvrages ont été audités ces deux dernières années. Et trois d'entre eux ont nécessité des renforcements structurels.
Le diable est dans les détails
Cela dit, les choses sont beaucoup plus compliquées qu’il n’y paraît. Car il ne suffit pas de compter les tonnes. Il faut aussi évaluer l'état du ferraillage du béton armé. Et, souvent, il a lui aussi souffert, ce qui entame la résistance des dalles. Pourquoi ? Car les parkings sont des environnements particulièrement agressifs : les véhicules y introduisent régulièrement du sel de déneigement qui migre dans les fissures du béton et corrode progressivement les armatures. Un parking ancien peut ainsi afficher une résistance nominale sur le papier, mais une capacité portante réelle bien inférieure. Des techniques de restauration existent, mais elles supposent d'abord de diagnostiquer le problème.
La question de la sécurité incendie mérite aussi d'être posée différemment. Les voitures électriques ne prennent pas feu plus souvent que les thermiques, mais lorsqu'un incendie se déclare, la batterie lithium-ion entretient des températures extrêmes et résiste aux méthodes classiques d'extinction. Placer les emplacements dédiés aux VE au niveau le moins profond possible. Idéalement à l’étage le plus proche de la sortie. Et ça devrait devenir une règle absolue.
Qui est responsable ?
En cas d'effondrement partiel lié à une surcharge de voitures électriques, qui serait responsable ? Le gestionnaire du parking ? Le syndic de copropriété ? Le propriétaire de l'immeuble ? En réalité, aucune législation spécifique n'existe à ce jour en Belgique. Le droit commun prévoit que la responsabilité du propriétaire d'un parking ne s'engage que si l'accident résulte d'un défaut avéré de l'infrastructure. Et il s’agit d’un cadre juridique pensé bien avant l'ère électrique qui ne répond donc aucunement à ce cas de figure. Juridiquement, c’est le vide. Et personne ne pourrait dès lors être incriminé.
La situation belge est d’autant plus préoccupante que d’autres États ont déjà pris des mesures. Au Royaume-Uni, l'Institution of Structural Engineers a publié en juin 2023 de nouvelles recommandations, dont un relèvement des charges admissibles, des inspections obligatoires pour les structures antérieures aux années 1980 et des plafonds de poids pour les ouvrages qui ne pourraient pas être renforcés. Au niveau européen, la Commission a lancé début 2023 un groupe de travail sur la sécurité des parkings couverts par rapport aux voitures électriques, mais ses conclusions se limitent pour l'heure à des lignes directrices non contraignantes pour les États membres. Il serait donc temps que la Belgique y pense aussi. À moins qu’il ne faille attendre le premier drame pour que ça bouge ?
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