Accises et voiture électrique : pourquoi vous payez moins à l'État (pour l'instant)

Aujourd’hui, un plein d'essence génère 24 euros d'accises pour une voiture thermique. Mais combien paie son équivalent électrique ? Entre 4,40 et 7,70 euros. Car oui, rouler en voiture électrique, c'est moins contribuer au budget de l'État, du moins pour l'instant.

Publié le 28 mai 2026
Temps de lecture : 5 min

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Accises et voiture électrique : pourquoi vous payez moins à l'État (pour l'instant)

Quand les prix à la pompe sont au plus haut, les accises reviennent inévitablement dans les conversations, et ce même si d’autres taxes entrent en ligne de compte. Mais combien paie-t-on sur un litre d'essence ou de Diesel en Belgique. En fait, elles pèsent pour 0,60 euro/l. Pour un plein de 40 litres, ça signifie donc que 24 euros partent directement dans les caisses de l'État. Mais la question que tout conducteur de voiture électrique est en droit de se poser, c’est de savoir combien il paie lui, étant donné qu’il fait le plein de kWh.

En fait, la réponse est moins évidente qu’on le pense. Car les accises ne sont pas une taxe réservée aux carburants. Elles frappent en effet une large série de consommations. Il en existe sur le tabac, l'alcool et, évidemment aussi sur l'électricité. Tout kilowattheure prélevé sur le réseau est soumis à une accise de 5 centimes en Belgique. On paye donc des accises en rechargeant une voiture électrique, exactement comme en faisant tourner un lave-linge ou un four. Il existe une exception : l'électricité solaire autoconsommée directement (donc produite et consommée au même instant sans transiter par le réseau public) échappe à l'accise. Avec une batterie domestique, cette fenêtre s'élargit. Mais sans elle, la recharge nocturne ou par temps couvert passe bel et bien par le réseau et l'accise s'applique.

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L’écart

Pour parcourir l'équivalent d'un plein de 40 litres – soit entre 550 et 700 km selon le véhicule thermique considéré – une voiture électrique consomme entre 88 et 154 kWh sur la base d'une consommation réelle de 16 à 22 kWh/100 km. Multiplié par 0,05 euro, ça donne entre 4,40 et 7,70 euros d'accises par recharge. Face aux 24 euros du plein de carburant fossile, l'écart est de 3 à 5 fois. De ce fait, rouler en électrique, c'est assurément donner moins à l'État et ce n’est pas rien quand on sait que les accises sur les carburants représentent 5,8 milliards d'euros de recettes annuelles pour le budget fédéral.

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Le gouvernement belge va d'ailleurs dans ce sens. La loi-programme 2026 prévoit une hausse progressive des accises sur le gaz et le gasoil jusqu'en 2029, assortie d'une réduction de celles sur l'électricité. Pour un foyer équipé d'une voiture électrique et d'une pompe à chaleur (soit environ 10 MWh de consommation annuelle), l'économie fiscale pourra atteindre 110 euros par an d'ici 2029 selon le SPF Environnement. Le SPF Finances explique d’ailleurs qu’une accise sert à « dissuader de consommer ». L'électricité n'est manifestement pas dans cette case-là. Du moins pas encore...

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Chère Belgique...

La Belgique serait-elle le paradis pour les utilisateurs de voitures électriques. Pas vraiment. Selon les données Eurostat pour le second semestre 2025, les ménages belges payaient 34,99 euros/100 kWh, ce qui place notre pays dans le trio de tête des électricités les plus chères de l'Union européenne juste derrière l'Irlande et l'Allemagne. La France, elle, navigue autour de 0,194 euro/kWh, soit près de deux fois moins cher. L'explication est structurelle : environ 70 % de l'électricité française provient du nucléaire, ce qui stabilise les coûts de production indépendamment des à-coups du marché du gaz. Pour un conducteur français, l'avantage de rouler électrique est donc encore plus grand. Et ça n'a rien à voir avec les accises : c'est le coût de base de l'énergie qui creuse l'écart.

2029 et après ?

C'est ici que le sujet bascule vers l'avenir. Car on imagine qu’il y aura une bascule et que l’État belge en viendra à taxer plus l’électricité, lorsqu’elle sera devenue majoritaire. Et deux pistes existent pour récupérer les recettes perdues sur le carburant fossile. La première, c'est la taxe kilométrique : le Royaume-Uni la mettra en place dès le printemps 2028, à 2 cents par kilomètre. La Suisse travaille sur un dispositif similaire pour 2030. En Nouvelle-Zélande, c'est déjà en vigueur. L'avantage de cette approche : elle s'applique à tous les conducteurs de voiture électrique de manière identique.

La seconde piste serait de taxer directement la recharge à domicile et c'est là que les compteurs communicants entrent en scène. En Belgique, leur déploiement s'accélère dans les trois régions : en Flandre, Fluvius opère depuis 2019 et 73 % des ménages flamands disposaient déjà d'un compteur intelligent en septembre 2025, avec 100 % visé en juillet 2029. En Wallonie, 300.000 nouveaux compteurs seront posés en 2026 pour un total de 1,5 million d'ici fin 2029. À Bruxelles, Sibelga a lancé le déploiement en octobre 2023, pour une couverture complète prévue d'ici 2030. Ces appareils transmettent la consommation en temps quasi réel, quart d'heure par quart d'heure, et pourraient à terme distinguer les usages appareil par appareil.

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Cette approche est techniquement séduisante, mais aussi profondément inégale. Car celui qui recharge gratuitement au travail ou qui dispose d'une batterie domestique alimentée par ses panneaux solaires pourrait en partie échapper à la taxe.

Interrogé récemment par la RTBF, le cabinet de Jan Jambon (N-VA) assure qu'aucune discussion n'est en cours sur une taxation kilométrique en Belgique. Ça ne dit toutefois rien de ce qui viendra après. La voiture a toujours été l'une des vaches à lait du gouvernement. On ne voit pas pourquoi ça changerait. Ce n’est pas du pessimisme, juste du réalisme.

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Par David Leclercq Rédacteur automobile

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