La Chine est souvent présentée comme le grand gagnant de la révolution électrique. Sur les batteries à électrolyte solide – soit la technologie qui promet de doubler les densités d'énergie et de ramener les temps de recharge à quelques minutes –, les chiffres semblent lui donner raison : 35 % des brevets mondiaux, première place mondiale en publications scientifiques avec 562 articles en 2023 et des prototypes atteignant une densité de 451,5 Wh/kg et une recharge de trois minutes. Et pourtant. Malgré cette réalité, un rapport d'analyse industrielle et politique chinois sonne l'alarme sur le risque de se faire doubler. Mais par qui ?
China leads solid-state battery patents but warns of global competition risks as research, production, and applications expand beyond EVs.
— CarNewsChina.com (@CarNewsChina) May 25, 2026
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Volume contre qualité
En fait, il y a un paradoxe que personne n’avait imaginé : le Japon comptabilise 37 % des dépôts mondiaux contre 30 % pour la Chine. Ce qui signifie que l’empire du soleil levant conserve la première place technologique. Et quand on sort de la logique du volume pour examiner la qualité des brevets, l'écart se creuse encore. Sur les 30 premières institutions mondiales en brevets d’électrolytes solides, 17 positions reviennent à des acteurs japonais et seulement 7 à des entités chinoises. Les 10 premières sont exclusivement japonaises ou sud-coréennes.
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Le coréen LG Energy Solution détient à lui seul 77 brevets stratégiques, dont 18 sur la densité énergétique et 12 sur la conductivité ionique. Toyota, souvent cité comme en retard sur l’électrique en détient 8, tous orientés process de fabrication. Le Japonais semble donc poursuivre une stratégie d'intégration industrielle, mais pas de création technologique. Pour l’hydrogène en revanche, c’est autre chose.
Les craintes de Pékin
La différence est de taille. Les brevets chinois progressent vite sur les matériaux cathode/anode et les procédés de fabrication, c’est-à-dire là où la Chine peut industrialiser rapidement et à grande échelle. Mais sur les électrolytes solides fondamentaux, le Japon et la Corée occupent le terrain. Et c'est précisément sur ces éléments de base que repose la valeur stratégique sur le long terme.
Si ces brevets d'électrolytes deviennent des brevets essentiels pour l’avenir pour tout fabricant souhaitant produire des batteries solides en masse. Et qui devra alors verser des droits ou royalties. C'est manifestement le scénario que le rapport chinois redoute, mais sans jamais le reconnaître explicitement.
La guerre des normes
Il ne faut pas s'y tromper : derrière les chiffres de brevets se joue aussi une bataille de définitions. La Chine vient de mettre en consultation publique son premier standard national sur les batteries solides qui propose une classification officielle en trois catégories : liquide, hybride semi-solide et solide. L'objectif affiché est de clarifier un secteur pollué par le marketing. Mais la logique va aussi plus loin.
Car celui qui pose les définitions techniques d'une technologie influence directement quels brevets s'appliquent, dans quel périmètre et sur quels marchés. Si la Chine parvient à imposer ses standards comme référence internationale, elle crée un terrain favorable à ses propres brevets et complique la vie des détenteurs étrangers qui voudraient faire valoir leurs droits sur le marché chinois, premier marché automobile du monde. C'est le même jeu que celui que le Japon et la Corée ont pratiqué pendant des décennies dans d'autres secteurs industriels. La Chine le sait. Et c’est une arme particulièrement puissante.
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