Le ton est grave et il provient du plus haut niveau de commandement de la marque : William Li, fondateur et PDG de Nio, n’a pas mâché ses mots lors du lancement du nouveau SUV ES8. Selon lui, la survie de son entreprise est en jeu. Cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement tendu pour la start-up chinoise qui n’est plus toute jeune puisqu’elle a été fondée en 2014. Mais le constat est là : malgré une progression des livraisons, la situation financière continue de se dégrade très rapidement.
Au premier semestre 2025, Nio n’a livré que 114.150 véhicules, soit à peine 26% de son objectif annuel de 440.000 unités. Pour une entreprise qui conditionne sa rentabilité au franchissement de ce cap dès le quatrième trimestre, l’écart est donc plus que préoccupant. Les pertes continuent de s’accumuler : 6,7 milliards de yuans (environ 810 millions d’euros) sur les trois premiers mois de l’année. Autant dire que les chiffres du deuxième trimestre attendus pour début septembre seront scrutés de près par les observateurs... et les investisseurs.
Pas de cadeau
Mais la faiblesse relative des ventes ne suffit pas à expliquer la situation de la marque. Nio évolue dans un environnement chinois ultra-concurrentiel où émergent des acteurs toujours plus performants et agressifs. Xpeng, Leapmotor, Xiaomi ou encore Li Auto font partie des constructeurs qui dépassent – ou s’approchent – de leurs objectifs annuels. Ils affichent donc des taux de complétion supérieurs à ceux de Nio.
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Pour tenter de combler son retard, Nio multiplie les initiatives. Le lancement de l’Onvo L60, un SUV pensé pour rivaliser avec le Tesla Model Y, doit contribuer à doper les volumes. La petite citadine Firefly EV, longue de seulement 4 m, vise quant à elle une clientèle plus urbaine. Deux modèles conçus pour élargir l’assise commerciale de la marque et pouvoir enfin se mesurer à aux marques concurrentes, dont BYD évidemment. Problème : le succès de ces modèles reste encore balbutiant.
Une baisse des prix
Le renouvellement du Nio ES8 illustre l’une des facettes de la stratégie de survie adoptée par le constructeur. Lancé à un tarif inférieur de 25% à celui de son prédécesseur, ce SUV haut de gamme embarque une batterie de 100 kWh pour un prix de 416.800 yuans (environ 50.000 euros). Cette baisse tarifaire s’explique par une réduction des coûts fournisseurs et une optimisation du développement technique.
Cela dit, cette politique agressive qui n’est pas sans conséquences. Certains clients qui ont acheté la version précédente à prix fort ont exprimé leur frustration. Mais William Li assume ce choix, affirmant que la priorité est aujourd’hui à la compétitivité. « Il faut voir l’ensemble, la survie est plus importante que les sentiments individuels », a-t-il déclaré. Le pragmatisme est désormais un impératif chez Nio.
Un avenir suspendu à un fil
Cela dit, il faut se souvenir que ce n’est pas la première fois que Nio vacille. Déjà en 2020, l’entreprise avait échappé de peu à la faillite et son salut est venu d’un plan de sauvetage d’un milliard d’euros levé par la province de Hefei. Mais cinq ans plus tard, les difficultés resurgissent dans un contexte où les subventions étatiques sont de moins en moins généreuses et où la compétition s’est logiquement durcie.
Malgré un design soigné et des innovations importantes comme le système d’échange de batteries, la marque souffre encore d’un déficit technologique. Là où des concurrents chinois déploient des architectures 800 V pour une recharge ultrarapide, plusieurs modèles Nio restent encore cantonnés à une technologie 400 V. Un retard qui pèse lourd face aux géants industriels, comme BYD justement.
Les prochaines semaines seront décisives. Le pari repose sur un double levier : réussir une montée en puissance des ventes avec les nouveaux modèles tout en maintenant une structure de coûts suffisamment légère pour atteindre enfin l’équilibre financier. On l’avait dit et écrit : tous les constructeurs ne sortiront pas indemnes de l’actuelle crise automobile, pas même ceux qui semblaient en avance il y a quelques mois encore...
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