Ils ne sont ni constructeurs ni décideurs politiques, mais leur regard compte. Le baromètre ING des investisseurs publié en marge du Salon de l’Auto dresse un tableau assez sombre de la réalité belge : plus de six investisseurs belges sur dix estiment désormais qu’une voiture neuve est devenue inabordable pour la majorité de la population. Mais qui sont ces investisseurs justement ? Ce ne sont pas des observateurs indépendants, mais de simples particuliers belges actifs financièrement et qui sont souvent propriétaires de leur véhicule, profitent d’une voiture de société ou sont clients d’un leasing. Leur perception repose donc à la fois sur l’expérience personnelle et sur une lecture macroéconomique du marché automobile.
Dans un contexte de ralentissement économique et de confiance en berne (seuls 21% des sondés croient à une reprise alors que 45% prévoient une détérioration), le jugement posé est sans appel : l’automobile neuve est de plus en plus déconnectée des capacités financières des ménages. Résultat : plus de la moitié de ceux qui envisagent un achat en 2026 se tournent vers l’occasion, une offre perçue comme l’un des derniers remparts contre l’inflation des tarifs.
Le prix de l’électrique problématique
Longtemps perçue comme un risque ou une contrainte, la voiture électrique gagne en crédibilité financière selon le baromètre d’ING. En un an, la part des investisseurs estimant qu’un véhicule 100% électrique constitue le meilleur choix économique sur dix ans est passée de 9 à 19%. C’est une belle progression, même si les modèles hybrides et essence continuent de récolter la préférence d’une majorité d’investisseurs.
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Le changement de perception vis-à-vis des modèles électriques s’explique : les craintes liées à l’autonomie s’évaporent progressivement tout comme celles relatives au manque de bornes de recharge. Par contre, le gros frein qui subsiste, c’est celui du prix, que ce soit pour le prix d’achat ou du leasing.
ING remarque par ailleurs que la fracture générationnelle reste marquée chez les automobilistes-investisseurs. Les moins de 35 ans roulent pour la plupart en électrique et ils n’accordent plus d’importance à l’autonomie. Chez les autres par contre, la résistance est toujours là. En revanche, cette même catégorie de jeunes investisseurs estime que le ticket d’entrée pour une voiture électrique reste trop élevé.
Un marché sous tension
Dans ce contexte, les investisseurs anticipent un glissement durable du marché vers l’occasion. Ce qui signifie donc indirectement qu’ils considèrent eux-mêmes cette possibilité. Ce mouvement n’est donc plus conjoncturel, mais va probablement devenir structurel. Il apparaît comme une réponse de long terme à un déséquilibre qui s’installe entre offre de voitures neuves et la réalité du pouvoir d’achat.
En revanche, les personnes interrogées sont partagées quant à l’évolution des prix des véhicules électriques dans les années à venir. Certains pensent qu’on connaîtra une baisse progressive alors que d’autres tablent sur une poursuite de la hausse. Et cette incertitude alimente logiquement le débat sur le rôle des pouvoirs publics dans la transition. Près d’un investisseur sur deux estime qu’une prime à l’achat reste pertinente, une proportion encore plus élevée chez ceux qui jugent les voitures neuves hors de portée. On remarquera toutefois que cette perception n’est pas homogène sur le territoire : les francophones se montrent nettement plus favorables à une intervention publique que les néerlandophones. Encore une fois, il semble donc que la réalité économique – et l’héritage politique ? – de chacune des régions parle...
Offensive chinoise
Les investisseurs estiment aussi que le basculement vers la voiture électrique est inéluctable : plus de 40% d’entre eux estiment que les constructeurs qui n’opéreront pas leur mutation vers l’électrique sont condamnés à disparaître. Là encore, les plus jeunes se montrent les plus tranchés. Mais c’est surtout la montée en puissance de la Chine qui cristallise les inquiétudes. Six investisseurs sur dix anticipent une arrivée massive des marques chinoises sur le marché européen dans les cinq prochaines années. Et pour une raison toute simple : leurs tarifs défiant souvent toute concurrence.
Cette prévision trouve déjà une certaine réalité en Belgique.
En 2025, plusieurs marques ont enregistré des progressions spectaculaires, à commencer par BYD, qui a franchi pour la première fois le seuil de 1% de part de marché avec plus de 4.300 immatriculations, en hausse d’environ 75% sur un an, tandis que MG s’est imposée comme la marque chinoise la plus vendue avec près de 1,5% du marché et une croissance de plus de 40%. Au total, la part de marché des marques chinoises en Belgique a atteint les 4,4% du marché en 2025, soit un peu plus de 18.000 voitures. Et ça va continuer...
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