Le recul de la demande de voitures électriques a poussé Porsche à revoir radicalement sa stratégie. Le constructeur allemand a suspendu plusieurs projets 100% électriques et il a décidé de prolonger la vie de ses motorisations thermiques et hybrides. Ce virage coûtera 5,1 milliards d’euros (au groupe Volkswagen) et il va coûter beaucoup en matière de rentabilité et de marge à Porsche. Porsche a d’ailleurs pris des mesures : fermer sa division batteries, supprimer 1.900 emplois en Allemagne et reporter le lancement de sa plate-forme électrique à la prochaine décennie. La situation est donc tendue.
Mais ce à quoi on ne s’attendait pas, c’est que le constructeur pense à relancer des moteurs thermiques pour le moins emblématiques au sein du groupe. Comme le W12. Pourtant, cette mécanique (fruit de l’imagination de la ténacité de l’ancien dirigeant Ferdinand Piëch) avait tiré sa révérence en juillet 2024 avec une dernière production chez Benltey, ce qui mettait fin à plus de vingt ans de service. Mais Porsche semble prêt à reprendre le flambeau. Le constructeur allemand a en effet déposé un brevet décrivant une nouvelle génération de moteur à douze cylindres, dont la publication récente révèle une architecture aussi complexe qu’audacieuse. On reste donc bien chez Porsche !
Une mécanique totalement repensée
Mais qu’est-ce qui change ? Contrairement aux W12 traditionnels, souvent constitués de deux blocs VR6 accolés, la version imaginée par Porsche adopte une véritable disposition en « W » articulée autour de trois bancs de cylindres distincts. L’objectif des ingénieurs résiderait dans l’optimisation de la compacité et de la flexibilité du moteur ainsi que dans la réduction des pertes par friction.
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Le document de brevet détaille un agencement inédit : chaque culasse intègre une admission et un échappement séparés qui sont reliés respectivement à une chambre d’air (appelée « air plenum ») et à un système d’évacuation des gaz. L’air est donc aspiré directement depuis la partie supérieure du moteur, en ligne droite. Cette disposition permettrait a priori (les explications sont actuellement assez sommaires) un flux d’air plus direct vers les chambres de combustion et une température d’admission plus basse, favorable au rendement.
Autre avantage : la séparation nette entre les circuits d’admission et d’échappement simplifie la gestion thermique et améliore l’efficacité volumétrique. Le constructeur évoque également une diminution sensible des pertes de frottement, contribuant à nouveau à une meilleure efficacité.
Une suralimentation à trois étages ?
Les esquisses techniques laissent entrevoir la possibilité d’un système de suralimentation inédit. Là où le précédent W12 biturbo de Bentley culminait à 750 ch et 1.000 Nm de couple, Porsche pourrait aller plus loin. Le brevet semble compatible avec trois turbocompresseurs, une configuration inédite dans le groupe Volkswagen.
Une telle approche offrirait potentiellement un souffle continu sur toute la plage de régimes, sans rupture et elle renforcerait le potentiel d’un moteur destiné à des véhicules d’exception.
Un brevet qui ouvre des pistes
Mais que peut-on attendre réellement ? Si Porsche est bien l’auteur du dépôt, rien n’indique qu’un modèle de série en bénéficiera à court terme. L’entreprise précise d’ailleurs que l’architecture pourrait s’adapter à d’autres configurations, un indice qui laisse la porte ouverte à des déclinaisons V8, W10 ou W16 – pour Bugatti ?
Cette approche évoque en tout cas une réelle recherche d’optimisation interne au sein du groupe Volkswagen. C’est donc plus qu’un projet isolé et il pourrait concerner une famille de moteur. On peut y voir un signal : les mécaniques en « W » n’ont pas dit leur dernier mot, même à l’ère de l’électrique. Et ça peut se comprendre, car les nantis se détournent totalement de la propulsion électrique. Il faudra donc être capable de leur offrir autre chose, à hauteur de leurs attentes.
Alors, vraie piste pour l’avenir et simple exercice d’ingénierie visant à protéger une idée novatrice ? Il faudra voir. Mais ce qui est certain, c’est que les ingénieurs de Stuttgart n’ont pas renoncé à explorer les limites du moteur à combustion interne.
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