Au départ, l'histoire semblait pourtant bien engagée. Au Consumer Electronics Show de Las Vegas (CES) en début d'année, Donut Lab, une petite entreprise finlandaise comptant à peine trente employés, a fait une promesse étonnante : la mise au point d’une batterie à électrolyte solide et chimie sodium-ion donnée pour une densité énergétique de 400 Wh/kg et un temps de charge ultra-rapide d’à peine quatre minutes à peine. Mieux encore : sa durée de vie dépasserait les 100.000 cycles de charge ! Une révolution.
Traverser les générations
Naturellement, ces résultats étaient issus d’essais en laboratoire, mais ce qui a retenu l’attention, c’est la longévité annoncée de ce pack. Car cette batterie pourrait survivre à plusieurs générations d’utilisateurs. Et cela reléguait des acteurs pourtant établis comme QuantumScape et Samsung SDI a l’état d’amateurs, eux dont l’objectif était d’atteindre 5.000 cycles de charge. Les caractéristiques de la batterie de Donut Lab semblaient démontrer que l’entreprise avait levé tous les obstacles qui freinaient encore ce type d’accumulateur. Au point d’ailleurs que les Finlandais étaient même prêts pour une production, sans attendre l’échéance de 2030, comme chez les autres fabricants.
Aux yeux des observateurs, l’histoire semblait d’autant plus crédible que les données d’analyse ne provenaient pas seulement de chez Donut Lab, mais aussi du Centre de recherche technique finlandais du VTT qui a publié cinq tests indépendants sur la fameuse batterie. Et ils confirmaient que celle-ci pouvait se recharger rapidement grâce à sa résistance aux très hautes températures.
L'avenir semblait donc tout tracé pour Donut Lab qui, un peu à la manière de Lernout & Hauspie en son temps, promettait à ses investisseurs (surtout des particuliers) un rendement dix fois supérieur à la mise initiale. Avec ces promesses, quelque 1.300 investisseurs avaient engagé en moyenne près de 20.000 dollars chacun.
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À la police
Naturellement, les spécifications annoncées au CES ont produit leurs effets : Dounut Lab a levé dans la foulée 25 millions de dollars pour poursuivre ses recherches et, surtout, pour consolider sa situation financière critique. Et c’est à ce moment que le coup de théâtre est intervenu : le directeur commercial du partenaire de production de l'entreprise, Nordic Nano, s'est rendu à la police finlandaise pour révéler une supercherie.
Selon l’intéressé, les spécifications avancées par Dounut Lab n’ont jamais été atteintes tandis que la cellule utilisée pour les tests était un composant obsolète, abandonné entretemps. En outre, la batterie aurait été fabriquée par l'entreprise allemande CT-Coatings, comme l'a aussi révélé le YouTubeur Ziroth. Donut Lab nie pour l'instant l'ensemble des faits qui lui sont reprochés et son PDG qualifie les accusations d’infondées.
Un groupe de vingt experts indépendants, dont le célèbre institut allemand Fraunhofer, a été constitué pour rendre un verdict technique. Leur conclusion ? Les courbes de tension et de dilatation des cellules examinées établissent qu'il s'agit d'une batterie lithium-ion conventionnelle. Un exemplaire affichait certes une densité énergétique intéressante de 298 Wh/kg, mais ça reste très loin des 400 Wh/kg promis. Quant à l’idée qu’il s’agit d’une batterie à électrolyte solide, elle est tout à fait fallacieuse elle aussi. L'entreprise finlandaise a donc bel et bien trompé son monde, vraisemblablement pour engranger de l’argent.
Semer le trouble
Cette affaire confirme le scepticisme qui règne depuis un certain temps dans le milieu fermé des chercheurs de chimies pour les batteries. Peu après cette présentation, des spécialistes chinois avaient déjà affirmé que les résultats annoncés ne pouvaient en aucun cas correspondre à la réalité et que toute personne ayant une connaissance du secteur ne devrait accorder aucun crédit à ce discours. Ils avaient raison.
Malheureusement, ce cas de fraude illustre à quel point les start-ups du monde des batteries sont dépendantes de capitaux frais et il illustre jusqu'où certaines personnes mal intentionnées sont prêtes à aller pour gonfler leurs résultats, leurs recherches et, surtout, leur portefeuille. Ce qui est particulièrement dommage, c'est que l’argent détourné ne provient pas des poches des fonds des sociétés spécialisées en capital-risque, mais de celles de petits investisseurs qui ont souvent consacré une grosse partie de leurs économies. Il ne faut pas oublier l’adage. Quand c'est trop beau pour être vrai, méfiance : ça cache généralement quelque chose.
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