Au sein du groupe Stellantis qui regroupe quatorze marques, une lutte intestine fait rage en coulisses, une situation qui rappelle un feuilleton bien connu des années 1980. La pomme de discorde ? Le clan des Peugeot, pilier de l’industrie française depuis deux siècles, va devoir décider d’ici le début 2026 qui sera son unique représentant à la tête du quatrième constructeur automobile mondial. Jusqu’à présent, il s’agissait de Robert Peugeot, 75 ans, mais son mandat touche à sa fin. Un prétendant à son remplacement se profile : son cousin plus jeune, Xavier Peugeot.
Problèmes et préjudices
La question occupe toutes les conversations au sein de la famille Peugeot, surtout depuis le changement de pouvoir intervenu au sein du groupe avec le départ de l’ancien patron, Carlos Tavares, à la fin 2024. Pour rappel, le PDG franco-portugais qui avait transformé en succès la fusion entre PSA et Fiat-Chrysler (FCA) a été poussé vers la sortie après des ventes en berne, une série de problèmes qualité et d’image ayant sapé la confiance des clients et des concessionnaires.
Depuis, l’équilibre entre les actionnaires français et italiens est devenu beaucoup plus fragile. Jusqu’ici, John Elkann, héritier du clan Agnelli (la famille à l’origine du groupe FIAT) et Président du conseil de Stellantis, a concentré tout le pouvoir entre ses mains – on vient du pays de Machiavel ou non… – et il a propulsé Antonio Filosa, un Italo-Brésilien issu de la culture FCA, au poste de PDG, à la place de Tavares. Depuis Détroit, Antonio Filosa dirige une entreprise où on trouve de plus en plus d’anciens cadres de FCA aux postes clés. En d’autres termes, tout porte à croire que la famille Agnelli s’attelle à concentrer le pouvoir et à reléguer la famille Peugeot au rang de figurant.
Publicité – continuez à lire ci-dessous
Au sein même de la famille Peugeot, la crainte est donc de voir son influence historique en tant que deuxième actionnaire (7,7% des parts) s’éroder au profit du bloc italien, qui détient près de 16% via la holding Exor. BPI France, la banque publique française possède encore un peu plus de 6%. Structurellement, les Français pèsent donc autant que les Agnelli, mais d’un point de vue opérationnel, ce sont effectivement les Italiens qui donnent le ton, comme à l’opéra.
Un seul Peugeot
Chaque membre de la famille sait qu’un seul Peugeot pourra siéger au Conseil d’administration. Les deux candidats – Robert et Xavier – ont déposé chacun leur dossier et un cabinet de recrutement mandaté doit désormais encadrer les débats. La semaine dernière, les deux cousins ont passé leur « grand oral », un examen décisif.
Robert Peugeot (75 ans) n’a plus besoin d’être présenté. Il fut l’un des architectes de la fusion avec FCA. Il a participé aux négociations qui ont permis à PSA de franchir le pas, et il a dirigé pendant des années Peugeot Invest, la holding avec laquelle la famille a diversifié ses activités. De son côté, on estime que la montée en puissance des anciens de FCA n’est qu’une correction de l’ère « Tavares » parce que pendant cette période, la branche française de l’actionnariat a dominé l’entreprise de façon assez marquée. En outre, ses partisans estiment qu’un Conseil d’administration n’a pas à prendre position dans les choix d’un PDG. Ce sont donc les compétences qui comptent et pas la nationalité.
Et la politique ?
Xavier Peugeot de son côté a la soixantenaire et il est directeur de la marque DS. Il est à peu près le seul membre de la famille Peugeot à occuper une fonction opérationnelle au sein du groupe Stellantis. Il travaille dans le groupe depuis trente ans et incarne la branche des « puristes automobiles ». Pour lui, Stellantis ne doit pas se réduire à une logique italienne ou américaine, mais au contraire tirer parti de toutes les forces issues de la fusion. Selon plusieurs sources, l’homme se montre plus méfiant et critique de la direction prise par Antonio Filosa et qui semble concentrer tous les efforts vers les États-Unis. Il a aussi repoussé à l’an prochain le plan stratégique de la région Europe. Et ça ne lui plaît pas.
Dans cette lutte, il y a bien évidemment aussi des enjeux politiques. Car bien que l’État français soit actionnaire, le volume d’emplois dans les usines Stellantis de l’hexagone se réduisent avec les restructurations successives. Et même si la France est représentée par sa banque BPI, c’est bien le candidat qui affichera les ambitions les plus patriotiques qui sera préféré lors du vote. Ça ne se saura pas publiquement, mais ça se passera exactement comme ça.
L’issue de cette bataille est attendu d’ici la fin de l’année et une chose est d’ores et déjà certaine : l’homme qui s’installera dans le siège des Peugeot au Conseil d’administration déterminera rapidement si la légendaire famille de Sochaux peut encore jouer un rôle dans le destin international de Stellantis, le groupe automobile qu’elle a contribué à bâtir.
À la recherche d'une voiture ? Cherchez, trouvez et achetez le meilleur modèle sur Gocar.be