Les chiffres du bureau d’études Dataforce ne mentent pas : près d’une voiture neuve sur dix en Europe est désormais d’origine chinoise, et leur progression se poursuit sans hésitation. Elles sillonnent notre paysage urbain en toute discrétion, mais selon le service de renseignement allemand (BfV), elles pourraient faire bien plus que rouler. L’organisme a récemment averti que ces véhicules représentent un « risque considérable » pour la sécurité nationale. La crainte ? Qu’ils agissent comme des espions roulants, collectant d’énormes quantités de données et les transférant vers des instances gouvernementales chinoises.
Plus que de simples données GPS
Le véhicule électrique moderne n’est plus un simple moyen de transport mécanique ; c’est un ordinateur sur roues, truffé de caméras, de microphones, de capteurs lidar, de puces électroniques et, surtout, d’intelligence artificielle. Et c’est précisément là que le bât blesse. Les services occidentaux redoutent que ces capteurs ne se contentent pas de scanner la route, mais qu’ils enregistrent aussi des infrastructures sensibles.
Vous passez avec votre tout nouveau SUV chinois près d’une base militaire ou d’un bâtiment gouvernemental ? Les caméras destinées à l’aide au stationnement ou à la conduite autonome peuvent alors capturer des images détaillées de l’environnement. En Pologne, on préfère déjà jouer la carte de la prudence : le pays a récemment interdit l’accès des véhicules chinois aux complexes militaires. L’armée polonaise craint que les capteurs intégrés puissent servir à transmettre des informations sensibles, voire à préparer des actes de sabotage.
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Prise de contrôle à distance
Aux États-Unis, les autorités vont encore plus loin. Sous la présidence de Joe Biden, une interdiction stricte des logiciels chinois (et russes) dans les voitures connectées entrera en vigueur à partir de 2027, tandis que le matériel est déjà dans le viseur depuis 2023. Cela a contraint des marques comme Volvo et Polestar, dont l’actionnariat est étroitement lié à la Chine, à rechercher de nouveaux fournisseurs locaux pour leurs modèles destinés au marché américain. Les Américains ne redoutent pas seulement l’espionnage, mais aussi le piratage et la prise de contrôle à distance.
Un scénario redouté consiste en la création d’objets fantômes. Des hackers pourraient manipuler les capteurs d’un véhicule afin que le système « voie » des obstacles inexistants, provoquant un freinage brutal sur autoroute ou une embardée soudaine. La désactivation simultanée de milliers de voitures, ou leur redirection coordonnée dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, est également envisagée à Washington comme une menace réelle. Théoriquement, des voitures connectées pourraient être utilisées comme des armes.
Un cheval de Troie ?
Le problème dépasse toutefois la seule marque inscrite sur le capot. Même des voitures européennes embarquent des puces et des capteurs chinois. On se souvient notamment de la controverse autour de Nexperia. Des experts établissent un parallèle avec le secteur des panneaux solaires : dans certains onduleurs chinois, des modules de communication dissimulés avaient été découverts, absents de toute documentation officielle. La crainte est que des « portes dérobées » similaires soient intégrées aux puces automobiles, renforçant l’image d’un véritable cheval de Troie technologique.
Mais la collecte de données n’est pas une spécialité exclusivement chinoise. La méfiance est réciproque. Depuis 2021 déjà, les Tesla sont par exemple interdites sur certains sites gouvernementaux et bases militaires en Chine.
Existe-t-il des preuves concrètes de cette forme moderne d’espionnage ? Pas vraiment, du moins pas à ce stade. Faut-il pour autant cesser massivement d’acheter des voitures chinoises par précaution ? Cela semble économiquement irréaliste et, pour le consommateur, pas indispensable à court terme. En revanche, de nombreux experts plaident pour des règles plus strictes concernant le stockage des données. Une piste serait d’imposer que les données des véhicules immatriculés en Europe soient stockées et traitées par des instances européennes, afin d’en limiter l’accès aux gouvernements étrangers.
Une chose est sûre : la prise de conscience est là. Votre voiture ne vous transporte plus seulement d’un point A à un point B ; elle observe et écoute en permanence.
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