Les enseignements sont pourtant là : parmi les 5.664 personnes qui ont franchi la porte d'une concession Rolls-Royce l'an dernier pour acheter une voiture, seulement 1.002 ont opté pour la Spectre, le tout premier modèle électrique de la marque. C’est beaucoup moins que ce que BMW écoule comme X1 en Belgique en l’espace d’un mois.
Bon, évidemment, la comparaison n’a rien de raisonnable, car l’Anglaise s’affiche à un tarif de près de 400.000 euros, très éloigné donc de celui de la petite Béhème. Cela dit, cette réalité illustre surtout le désintérêt des consommateurs pour les voitures électriques dans le très haut de gamme. Et ça ne s’arrange pas. Car il faut aussi savoir que les ventes de la Spectre ont pratiquement été divisées par deux par rapport à l'année précédente, alors le gain en popularité des modèles à batterie suit la courbe inverse à l’échelle mondiale. En 2025, pas moins de 20 millions de nouveaux véhicules électriques ont rejoint les routes de la planète, soit environ un quart des ventes automobiles mondiales.
Il semble évident que le coût lié à une (très grosse) batterie ou celui d’un chargeur rapide à domicile peut être absorbé sans problème par les populations les plus nanties. Mais ce n’est pas là que le bât blesse. Car le cas de Rolls-Royce n'est pas isolé : pratiquement toutes les marques de luxe se heurtent à un désintérêt pour les modèles électriques. Et en dépit de ce contexte, Ferrari lance sa toute première voiture électrique, la Luce. Les Italiens ont-ils un secret qui les fera réussir ?
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Report et abandon
Cette réalité explique que Lamborghini ne soit pas encore aussi avancé que Ferrari sur la question électrique. Pourtant, la marque avait bel et bien entamé le développement d'un modèle à batterie baptisé « Lanzador », mais elle a reconnu début 2026 que ce modèle ne présentait pratiquement aucun intérêt pour sa clientèle. Résultat : il suit une autre évolution et va devenir un hybride rechargeable. La marque au taureau n’est pas seule à avoir adapté ses plans. Ainsi, l’autre blason britannique du luxe, Bentley (aussi intégré au groupe Volkswagen) a lui aussi annulé l’arrivée de plusieurs modèles électriques. Il n’en reste qu’un seul et il arrivera en 2027.
Les exemples ne manquent pas : Aston Martin avait aussi programmé une voiture électrique, mais le projet a été reporté. Et c’est la même chose chez McLaren et Bugatti qui ont tous deux annoncé l’arrivée de modèles électriques, mais sans précision, ajoutant que rien ne pressait.
Mais le meilleur baromètre dans la catégorie des électriques ultra-premium est sans doute Rimac. Le constructeur croate, qui possède désormais aussi Bugatti, n’est jamais arrivé à écouler sa Nevera électrique. Au point d’une grande partie des 150 exemplaires prévus au planning de production restera invendue.
Une approche radicalement différente
Pour Ferrari, le fait qu'il ne semble pas exister d'intérêt pour les voitures électriques au-delà de 300.000 à 400.000 euros est donc plutôt de mauvais augure. Et la démarche du constructeur intrigue d’autant plus que le design de ce nouveau SUV à 5 places (et dont le prix dépasse les 550.000 euros) est particulièrement clivant.
Ce qui est surprenant toutefois, c'est que Ferrari négocie ce virage d'une manière radicalement différente par rapport à ses concurrents. Plutôt que de créer, à l'instar de Rolls-Royce, une déclinaison électrique d’un modèle existant, les Italiens font le pari d’une voiture totalement singulière. Mais c'est peut-être aussi calculé, car les critiques qui sont inévitables pour un modèle de ce genre n’affecteront alors pas les autres modèles de la marque.
Par ailleurs, Maranello n’a entrepris aucune démarche pour rassurer sa clientèle : pas de sonorité synthétique à échappement et pas non plus de référence à l'univers du sport automobile. Lorsqu’on la découvre, la Luce semble presque avoir été conçue pour un tout nouveau type de clientèle, peu attachée à l'histoire de la marque et aux sportives traditionnelles. Elle ne pourrait être séduite que par la marque elle-même et le blason apposé sur le capot.
Sans pression
Mais il y a peut-être une chose que les observateurs négligent : l’excellence de Ferrari dans sa capacité à vendre des voitures aux plus fortunés, tout en en tirant de confortables bénéfices. L'an dernier, la marque a dégagé 1,6 milliard d'euros de bénéfice réparti sur une production de seulement 14.000 voitures – et même si ces résultats proviennent aussi en partie d’autres activités, comme des licences sur les vêtements, etc.
Ceci explique aussi que la pression commerciale sur ce modèle est en réalité assez faible et qu’un échec ne constituerait pas un drame pour Maranello. Si Ferrari n'y arrive pas, personne n'y arrivera. Et ce sera peut-être le signal le plus clair que même les clients les plus fortunés refusent définitivement de troquer leurs cylindres contre une batterie.
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