La croyance est ancienne et elle revient à chaque canicule. Une électrique immobilisée des heures, climatisation en marche, finirait par épuiser sa réserve bien plus vite qu'un modèle thermique ne vide son réservoir. Le raisonnement paraît logique, car tout est piloté par la batterie. Mais que disent exactement les chiffres ?
En 2024, l'ADAC a enfermé une Tesla Model Y dans une chambre climatique avec 35 °C ambiants, un rayonnement solaire reproduit par lampes UV, une climatisation calée sur 20 °C et une batterie de capteurs pour suivre la véritable température de l'habitacle. Les ingénieurs ont ainsi reproduit huit heures de bouchon autoroutier en plein été. Pour quel résultat ? La dépense s’élève à 1,5 kW pour garder la cabine fraîche, ce qui équivaut à environ 2 % de batterie par heure ou l'équivalent de 8 km d'autonomie. Sur les huit heures, 12 kWh ont été consommés au total. C’est à peine le contenu énergétique d'un litre et demi de carburant. Sauf qu'un moteur thermique, pour rendre le même service, devra en brûler huit à douze, tant son rendement s'effondre à l'arrêt.
Le moteur qui boit à vide
La raison de cette différence de consommation est inhérente au groupe motopropulseur. À l'arrêt, l'électrique n'a plus rien à pousser dans l'air, le moteur est éteint et ne consomme plus rien. Seul le compresseur de la clim (ou la pompe à chaleur) continue de tourner et il est directement alimenté par la batterie. Le bouchon fait donc paradoxalement chuter la consommation.
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Si on considère le moteur thermique, tout s'inverse. Pour climatiser, il faut que le moteur tourne. Et un moteur qui tourne à l'arrêt brûle forcément du carburant. L'ADAC chiffre cette dépense entre 1 et 1,5 l par heure. En 2013, une étude coréenne expliquait pourquoi celle-ci grimpait autant : à elle seule, la climatisation peut ajouter jusqu'à 90 % de consommation dans les conditions de ralenti. Car un moteur immobile ne produit presque rien d'utile et le compresseur pèse alors une part démesurée de sa charge. Ramené en énergie, le thermique engloutit donc de 10 à 15 kWh par heure pour délivrer le même kilowatt et demi de fraîcheur. En rendement total, le thermique se situe donc entre 10 à 15 % alors que l’électrique est à 100 %.
Combien ça coûte ?
L'écart d'efficacité se lit évidemment directement sur la facture. Si on revient à notre comparatif et aux huit heures de bouchon estival, on est donc à 12 kWh pour l’électrique, ce qui représente environ 3,6 euros au tarif belge actuel (environ 0,3 euro/kWh). Le même bouchon en thermique nécessitera dès lors entre huit et douze litres. Au prix du Diesel à (2,2 euros/l), la note grimpe entre 18 et 26 euros. En essence (1,90 euro/l), on se situera entre 15 et 23 euros. Faites le compte : c’est un rapport de quatre à sept fois plus cher.
Faut-il pour autant en conclure que l'électrique est imbattable dans un bouchon ? Pas si vite. Car sur la durée avant la panne sèche, les deux motorisations jouent dans la même cour. Un réservoir de 50 litres consommé à un litre par heure tient une cinquantaine d'heures, alors qu’une batterie de 60 kWh n’en tient qu’une quarantaine. L'électrique gagne donc sur l'énergie dépensée et sur le coût, mais pas nécessairement sur le nombre d’heures.
Tableau comparatif | |||
| Électrique | Thermique (bas) | Thermique (haut) |
Consommation par heure | 1,5 kWh | 1 litre | 1,5 litre |
Consommation totale | 12 kWh | 8 l | 12 l |
Coût du bouchon | 3,6 € | 17,6 € | 26,4 € |
Rendement local | ~100 % | 10 – 15 % | 10 – 15 % |
CO₂ à l'échappement | 0 kg | 20 kg | 30 kg |
Autonomie perdue / h | 8 km | — | — |
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