Quand on parle de robotaxis, on pense à Elon Musk, mais aussi aux autres acteurs américains ou chinois qui œuvrent au cœur de la Silicon Valley. Sauf qu’il n’y a pas qu’en Californie que ces taxis autonomes roulent. En effet, jamais autant d'acteurs ne s'étaient donné rendez-vous en même temps sur le sol européen. Les exemples foisonnent. Waymo prévoit des courses sans conducteur à Londres d'ici septembre. Volkswagen finalise la phase pilote de son ID. Buzz AD à Hambourg et Berlin avec un déploiement commercial annoncé pour fin 2026. Mercedes prépare ses S-Class de niveau 4 pour les villes allemandes, au plus tôt en fin d'année. Et en Croatie, la startup Verne, issue de l'écosystème Rimac, s'est associée à Uber et au Chinois Pony.ai pour lancer ce qui se veut le premier service commercial de robotaxis en Europe. L'industrie n'attend donc plus.
Pour Jürgen Reers, le directeur mondial automobile d'Accenture interrogé par Automotive News Europe, les derniers freins technologiques sont en train d’être levé. Le vrai défi se situe désormais ailleurs : il faut déployer ces services dans des villes et des pays aux règles très différentes. Échouer pourrait bloquer l'expansion européenne pour plusieurs années.
Qui monte dedans ?
Les habitudes de conduite, les infrastructures et les règles urbaines diffèrent profondément d'un pays à l'autre en Europe. Pour Evangelos Simoudis, expert en nouvelles mobilités chez Synapse Partners, c'est précisément cette capacité à s'adapter aux particularités locales qui va conditionner la confiance des usagers. Et donc l’adoption des robotaxis. Or les chiffres du Boston Consulting Group sont sévères : seulement 30 à 35% des consommateurs européens et américains se disent prêts à monter dans un robotaxi, contre 60 % en Chine.
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Tesla représente un cas à part. La marque affirme avoir entamé la production en série de son Cybercab, un véhicule biplace sans volant ni pédales. Elon Musk promet un déploiement à grande échelle dès cette année. Mais les régulateurs américains et européens ont ouvert des enquêtes sur les limites du système Full Self-Driving face aux conditions de faible visibilité. L'Europe ne devrait de ce fait ne pas voir le CyberCab de sitôt.
Sept ans minimum
Aux États-Unis, les robotaxis n'ont jamais tenu leur promesse : leurs prix restent supérieurs à ceux des services de VTC classiques. On peut donc s’attendre à ce qu’en Europe, le chemin soit tout aussi long. Selon le Boston Consulting Group à nouveau, les coûts d'exploitation actuels dépassent 8 dollars/km. Pour atteindre la rentabilité, un opérateur devra déployer entre 15.000 et 20.000 véhicules dans 10 à 15 villes et compter environ sept ans avant d'atteindre l'équilibre. Chaque entrée dans une nouvelle ville représente une mise initiale de 15 à 30 millions de dollars. Des sommes qui restent faramineuses.
First sighting of a Waymo in the wild in London. Immediately noticed how many drivers are impatient and aggressive when sitting behind a vehicle that is programmed to abide by the speed limit. pic.twitter.com/eOImGMcA2l
— Bob From Accounts 🚲 (@BobFromAccounts) February 2, 2026
Technologie venue d'ailleurs
Certains acteurs ne survivront pas. Et certains spécialistes anticipent un phénomène de rotation : des opérateurs s'installeront dans une ville, échoueront à rentabiliser leur modèle et repartiront aussitôt. Ce pronostic interpelle, car il n’est pas très différent de la réalité rencontrée récemment par les opérateurs de trottinettes partagées et de voitures en free-floating qui ont brûlé des centaines de millions d'euros en Europe sans jamais atteindre l'équilibre. Et leurs investissements de départ étaient sans commune mesure avec ceux qu'exige une flotte de robotaxis. Mais le problème est ailleurs : ce qui différencie un robotaxi, c'est son architecture logicielle. Et sur ce terrain, on sait que l'Europe part de loin : aucun acteur du vieux continent ne pèse face aux plateformes américaines ou chinoises qui ont des années d'avance.
L'ironie est totale : les constructeurs européens veulent des robotaxis, mais dépendent des Américains et des Chinois pour les faire rouler. Et quand bien même ils y parviendraient, seulement 30% de leurs propres clients seraient prêts à y monter. La question n'est donc pas de savoir si le robotaxi est techniquement possible, mais si quelqu'un en veut vraiment...
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