Les résultats font très mal. Sur l'exercice fiscal achevé fin mars 2026, Honda affiche une perte nette de 2,7 milliards de dollars (2,3 milliards d’euros), ce qui efface totalement le profit opérationnel de 7,6 milliards de dollars (6,5 milliards d’euros) réalisé l'année précédente. Au cœur de ce désastre, il y a un chiffre qui résume tout : 9,9 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros) de dépréciations liées aux seuls investissements électriques. Des usines, des plateformes, des projets entiers passés par pertes et profits en quelques mois. Les ventes mondiales ont reculé de 9 %. En résumé, ce sont 70 ans de résultats positifs qui ont été effacés en un seul exercice.
Honda Motor posted its first annual loss in nearly 70 years as a listed company, hit by more than $9 billion in costs to restructure its electric-vehicle business, and the firm scrapped its long-term EV sales target https://t.co/oM92S3x1uW pic.twitter.com/ZKMdljCuGq
— Reuters (@Reuters) May 14, 2026
Un pari sans filet
Il y a trois ans à peine, Toshihiro Mibe prenait un pari audacieux : le marché américain allait basculer vers le tout électrique. Cette idée découlait évidemment des réglementations Biden comme les crédits d'impôt et les objectifs d'émissions. Honda lançait alors le développement des modèles Honda 0, d'une berline de luxe électrique conçue avec Sony, d'un hub industriel canadien combinant fabrication de véhicules, batteries et composants. Tout était cohérent. Tout était logique.
Puis Trump est arrivé. Les règles ont changé, les crédits ont disparu, les objectifs environnementaux ont été supprimés. Et Honda, qui avait tout misé sur le cadre réglementaire de l’administration précédente n'avait aucune porte de sortie. L'erreur n'était pas de croire à l'électrique, c'était de n'avoir prévu aucun plan B si le cadre venait à changer. « Nous n'avons pas su répondre avec assez de flexibilité », a reconnu Toshihiro Mibe. C'est peu de le dire.
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Changer pour reconstruire
Vu la situation, l’objectif de Honda de parvenir à 100 % de véhicules électriques à l’horizon 2040 est abandonné. Honda était jusqu’ici le seul Japonais à l’avoir formulé. À la place : quinze nouveaux modèles hybrides d'ici 2030, trois architectures inédites pour petits, moyens et grands véhicules, une promesse de réduction des coûts de 30 % sur les nouvelles motorisations et un objectif de 2,5 millions d'hybrides vendus à l'horizon 2030. Mibe vaut rassurer et ambitionne un record de profit opérationnel pour l'exercice 2029. Car le discours a lui aussi changé de fond en comble. On ne parle plus d'ambition électrique, mais on parle désormais de flexibilité.
L'inverse du miroir
On ne peut s'empêcher de regarder du côté des autres constructeurs japonais. Mazda par exemple a traversé la même période de turbulences, mais avec un bilan radicalement différent. Se décrivant lui-même comme un « intentional follower » sur le tout électrique et il vient de retarder de deux ans le lancement de sa première plateforme électrique propriétaire (pour l’heure Mazda collabore avec des partenaires pour la 6e par exemple) et elle est prévue désormais pour 2029 au plus tôt. Le budget consacré à l'électrification a été réduit de moitié, passant de 12,5 à 7,5 milliards de dollars (soit de 10,7 à 6,4 milliards d’euros). Car Mazda avait décidé de ne pas engager les fonds avant d'être certain de la trajectoire. Dès lors, pendant que Honda brûlait 9,9 milliards, Mazda pivotait vers l'hybride sans laisser de cadavres comptables dans les placards. La lenteur est parfois un bouclier.
Quid des autres Japonais ?
Toyota occupe une place à part dans ce tableau. Longtemps, sous Akio Toyoda, le constructeur a résisté au tout électrique, ce qui lui a valu des critiques. Quand Koji Sato a pris les rênes en 2023, il a imposé un virage électrique assumé, avec l'ambition de lancer dix nouveaux modèles entièrement électriques. Mais son règne a été trop court pour en voir les effets et en février 2026, Toyota a nommé un nouveau PDG, le financier Kenta Kon, dont la priorité affichée est la discipline budgétaire autant que la poursuite du rattrapage électrique. Toyota n'a donc pas non plus brûlé des milliards comme Honda, même si son retard sur le 100 % électrique est toujours là.
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