L'essentiel de l’info :
· La Sanef a encaissé 25 millions d'euros de pénalités de retard en 2025 sur les tronçons à flux libre, et ce sur un seul de ses réseaux.
· Sur la concession du Mont-Blanc, les projections officielles annoncent quatre fois plus de recettes en amendes qu'en péages.
· Depuis 2021, un péage français impayé peut être réclamé à un Belge jusque dans sa boîte aux lettres.
Vingt-cinq millions d'euros. C'est ce que la Sanef a encaissé en 2025 au seul titre des indemnités de retard sur le réseau à flux libre Paris-Normandie (sans barrière donc). Le chiffre, révélé par Le Canard Enchaîné, en dit long. Car le flux libre gagne désormais plus d'argent avec les retards de paiement qu'avec les trajets eux-mêmes.
La concession du Mont-Blanc le montre clairement : pour 2029, l'Autorité de régulation des transports prévoit 4,8 millions d'euros de recettes de péage normales, mais 18,9 millions d'euros de pénalités, soit près de quatre fois plus. Le régulateur reconnaît lui-même que la hausse des impayés est « largement contrebalancée » par les indemnités facturées aux retardataires. En clair, plus les automobilistes oublient de payer, plus le concessionnaire s'enrichit.
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Dix euros oubliés
Sans barrière ni borne, l'automobiliste qui voyage sans badge de télépéage dispose de 72 heures pour régler son passage via un site internet. Passé ce délai, une majoration de 10 euros s'ajoute s'il paie dans les quinze jours. C’est déjà salé, car, souvent, les tronçons à flux libre ne comptent que quelques kilomètres. Mais il y a pire encore : au-delà, la note grimpe à 90 euros, puis plafonne à 375 euros après deux mois avec le transfert du dossier au tribunal de police. Rien de neuf dans ce barème : il découle d'un décret de 2020 qui a quadruplé les sanctions. Au démarrage du système sans barrière, la moitié des conducteurs non équipés de badge oubliaient de payer dans les temps. Ce taux est depuis retombé à 16 % selon le ministère français des Transports. La plupart des automobilistes ont donc appris à régler leur passage, mais un sur six s'y fait encore prendre. Le système reste donc piégeux. Et lucratif.
Personne ne prévient
Là où les conducteurs étrangers sont défavorisés, c’est sur le fonctionnement du dispositif. Un conducteur français inscrit sur les plateformes reçoit une alerte par SMS ou par courriel dès son passage sous un portique. C’est pratique, car il n’a qu’à cliquer pour payer. Mais l’automobiliste étranger ne recevra rien.
L’autre problème, c’est que la signalisation n'aide pas davantage : elle est souvent unilingue, insuffisamment répétée le long du tracé, elle laisse le voyageur non francophone deviner qu'il vient d'entrer dans une zone payante sans jamais s'arrêter. Même les panneaux qui sont censés renseigner les plateformes de paiement en ligne ne sont pas clairs. En outre, celui qui veut payer tout de suite sera aussi surpris, car il y a un délai de plusieurs heures entre le scan effectif de la plaque d’immatriculation lors du passage et sa disponibilité sur la plateforme de paiement. On peut alors oublier et se retrouver avec une note salée en ayant été de bonne foi.
La frontière est poreuse
Combien de Belges se sont-ils fait prendre ? Aucun chiffre ne le dit encore. Mais avec des centaines de milliers d'impayés recensés sur la seule A79 depuis son ouverture et des tronçons qui se multiplient sur les grands axes vers le sud, il est inévitable que nos compatriotes se sont déjà fait prendre. Et il ne faut pas espérer que les amendes ne suivent pas jusqu’en Belgique. En effet, depuis octobre 2021, la directive européenne 2019/520 autorise l'échange de données entre États membres pour les péages impayés. Et l’étau va encore se resserrer : une nouvelle directive à transposer avant juillet 2027 élargit le champ des infractions poursuivies d'un pays à l'autre. L'impunité n’existe plus.
Comment se mettre à l’abri ? C’est assez simple en réalité. La parade tient dans l’acquisition d’un badge de télépéage. Il coûte une dizaine d'euros à la commande, environ deux euros par mois d'utilisation et rien les mois où l'on ne roule pas. Détecté automatiquement à chaque portique, il paie tout simplement. Deux euros contre 375 : le calcul est vite fait. Pour ceux qui voyagent souvent en France, la démarche vaut vraiment le coup, car le réseau à flux libre s'étend vite. Après l'A69 en 2026, ce sont l'A40 du Mont-Blanc et l'A412 qui seront équipés au printemps 2027 pour une généralisation visée à l'horizon 2035. Autant s'équiper.
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