En Belgique, la crise que traverse la justice atteint un point inquiétant : faute de moyens, la magistrature renonce en effet à sanctionner certains délits, y compris au volant. C’est le sens de la décision prise par le parquet de Namur qui, en réaction au manque de ressources et à une réforme controversée des pensions des magistrats, a choisi de lever le pied sur plusieurs mesures répressives prises à l’encontre des automobilistes. Le message est clair : en épargnant les citoyens tout en réduisant les revenus de l’État, les magistrats entendent frapper là où ça fait mal !
Depuis quelques semaines, le parquet de Namur a décidé de supprimer la tolérance zéro en matière de vitesse au sein de l’arrondissement. Désormais, les contrôles par radar ne déboucheront plus automatiquement sur des amendes. L’application des sanctions liées aux excès de vitesse est suspendue, tout comme l’exécution de nombreuses peines financières, qu’elles soient pénales, communales ou régionales. En d’autres termes, certains conducteurs en infraction ne connaîtront aucune poursuite.
Une réponse radicale à une crise structurelle
À l’origine de cette démarche inédite : un épuisement généralisé du système judiciaire. Magistrats, greffiers, avocats et personnels administratifs dénoncent un sous-financement chronique qui affecte profondément leur capacité à remplir leur mission. Les retards dans les traitements des dossiers s’accumulent, les formations sont négligées et les nouvelles technologies restent sous-exploitées faute de moyens humains et matériels.
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En réduisant ses activités sanctionnatrices, le parquet espère créer une onde de choc politique. Car, selon les chiffres avancés localement, les revenus générés par les amendes routières représentent environ 40 millions d’euros chaque année. Rappelons qu’en 2024, le gouvernement belge a engrangé 577 millions d’euros via les amendes, majoritairement pour des excès de vitesse. Bien entendu, c’est un chiffre global et les tribunaux ont contribué à cette manne à hauteur de 91,4 millions d’euros, un chiffre en progression par rapport à 2023. La suspension des amendes n’est donc pas un geste anodin, car si le mouvement devait s’étendre à d’autres régions du pays, l’État risquerait d’être privé d’une partie non négligeable de ses recettes.
La sécurité routière sacrifiée ?
Cette suspension soulève toutefois des inquiétudes. Certains observateurs, comme l’institut VIAS, rappellent que les excès de vitesse sont responsables chaque année de nombreux décès et blessés chaque année. Et l’organisme souligne aussi que les radars contribuent à réduire les comportements à risque. En faisant croire que l’on peut rouler vite en toute impunité, il y a donc un risque de banalisation des comportements dangereux.
Le parquet de Namur a toutefois insisté sur la nature temporaire de la mesure. Il s’agit d’un signal et pas d’une nouvelle norme. Cela dit, aucune information n’a été communiquée quant à la durée de cette action. Le bras de fer entre le gouvernement et la justice ne date pas d’hier, ce qui donne à penser que cette initiative pourrait effectivement durer, voire même s’étendre...
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