Après tout, si l’on regarde l’évolution du segment des sportives de l’époque, l’embourgeoisement de l’Alpine était parfaitement logique ! Au début des années 70, Mercedes présentait une plantureuse SL, la R107, qui n’avait rien de léger ; Ferrari offrait la clim’ et la direction assistée sur ses 2+2 (sacrilège !) ; Porsche n’en finissait pas d’embourgeoiser sa 911, tandis que Maserati et Aston abandonnaient le 6 cylindres pour de lourdes et bourgeoises machines armées d’un V8 ! Et d’un V8, il en fut question pour cette nouvelle Alpine !
Un développement express
Et c’est probablement ça le plus dingue de l’histoire : l’équipe d’Alpine a initialement envisagé d’y installer le V8 des bolides de compétition ! On l’imagine aisément, pour des raisons de coût, l’idée fut rapidement abandonnée et Alpine se tourna vers la mécanique la plus puissante qui était alors disponible, à savoir le 4 cylindres poussé de l’Alpine A110 1600 S. Pour des raisons de coût, toujours, l’équipe fut pressée comme un citron pour commercialiser la nouvelle venue au plus vite… ce qui ne se fit pas sans mal ! Présentée au salon de Genève en 1971, la voiture ne sera finalement homologuée et commercialisée que l’année suivante. Comptant 2+2 places, elle reçut un bon accueil de la presse, en dépit de… son absence de coffre !
Des évolutions bourgeoises
Au fil des années, l’Alpine A310 profita de multiples évolutions, à commencer par l’arrivée de l’injection en 1973 et surtout celle du V6 « PRV » de 2,7 l et 150 chevaux en 1976 ! Avec ce moteur, l’A310 devient une vraie GT bourgeoise. Curieusement, la boîte perd un rapport pour tomber à 4 vitesses ! Esthétiquement, la plus grosse évolution concerne la face avant qui abandonne la mythique verrière aux 6 phares… La production continua jusqu’en 1984, avec diverses évolutions au programme, comme des trains roulants inspirés de la Renault 5 Turbo et une boîte 5 en 1980. Par la suite, les packs GT et Boulogne donnèrent à l’A310 un look de véritable guerrière avec les ailes élargies ! Plus eighties, tu meurs !
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À conduire : pas une A110, et alors ?
Le problème de l’A310, c’est qu’on l’a trop souvent jugée comme une A110 embourgeoisée, donc ratée aux yeux des puristes. Il y a erreur de casting ! L’Alpine A310 n’est pas une danseuse de rallye, c’est une GT joyeusement sportive à moteur arrière et à l’énorme charisme !
Les premières 4 cylindres sont clairement les plus pures à conduire, surtout les VE, soit celles équipées de gros carburateurs ! L’ambiance est typée seventies, l’impression de légèreté est stupéfiante (moins de 900 kg) et le 4 cylindres n’en finit pas de hurler sa joie de vivre en grimpant dans les tours !
Les V6 sont plus aseptisées, avec un moteur moins rageur et un alourdissement très sensible. Attention tout de même : le moteur arrière impose du respect. À l’instar des 911 de la même époque, l’Alpine A310 n’aime pas les gestes brouillons, surtout sur le mouillé !
Bon à savoir avant d’acheter
Bonne nouvelle : la carrosserie est en fibre et, en effet, vous avez raison, la fibre, ça ne rouille pas ! En revanche, le châssis, lui, mérite une inspection sérieuse ! Du côté mécanique, si les moteurs sont costauds (surtout le V6), il faut néanmoins se montrer très vigilant sur l’état du circuit de refroidissement qui n’est pas des plus simples ! Pour le reste, à savoir l’électricité, la sellerie et les accessoires, disons qu’il s’agit d’une voiture française artisanale des années 70 et 80…
À vrai dire, le problème n’est pas tant la qualité de construction de l’époque, qui était plutôt bonne si l’on considère les moyens et les conditions, mais la qualité de la… restauration ! Eh oui, comme toujours… De nombreuses A310 ont été coursifiées par des propriétaires parfois frustrés de ne pas pouvoir s’offrir une A110 ! Bref, comme toujours, il faudra privilégier les modèles en parfait état et conformes à l’origine.
Combien ?
La cote s’est envolée ! Les plus recherchées sont les versions 4 cylindres, surtout les VE. Avec à peine plus de 2.000 exemplaires toutes versions confondues, la bête est rare… et donc chère : plus de 40.000 euros pour un exemplaire décent ! Et pour une V6 ? Plus courante (près de 10.000 exemplaires) et moins « pure », la cote s’adoucit considérablement. Comptez environ 25.000 euros pour les premières versions à boîte 4 et 30.000 euros pour les suivantes.
On craque ?
Oui, d’autant que voici quelques années, votre serviteur a consulté les annonces pour une A310 4 cylindres avec une certaine frénésie ! L’absence de coffre et les prix toujours plus élevés ont finalement stoppé ma quête. Il ne nous reste plus qu’à espérer que la cote s’adoucisse pour que le rêve devienne un jour envisageable… Et la V6 ? Elle se trouve, pour sa part, dans une tranche de prix nettement plus intéressante ! Mais elle perd une partie du charme des premières versions…
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