C’est un argument qui revient souvent dès que l’on parle de mobilité : « je vais d’abord garder ma voiture essence jusqu’au bout, puis je passerai à l’électrique. Après tout, fabriquer une voiture électrique et produire l’électricité nécessaire génère aussi beaucoup de CO₂. Ce serait donc dommage de se débarrasser d’une voiture qui fonctionne encore ! » Cela paraît logique, mais est-ce exact ?
Eh bien non. C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude publiée dans la prestigieuse revue scientifique Science. Elliott Campbell, professeur en études environnementales à l’University of California, Santa Cruz, et Roland Geyer, spécialiste de l’écologie industrielle à l’UC Santa Barbara, ont analysé les émissions de plus de 400 modèles essence et électriques sur leur cycle de vie. Leur conclusion est aussi limpide que surprenante : même dans le scénario extrême où une voiture essence flambant neuve est directement envoyée à la casse et remplacée par une électrique, cette dernière l'emporte sur le plan du CO2.
Plus de la moitié d’émissions en moins
Les chercheurs ont calculé l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre sur une période d’utilisation de 16 ans. Résultat : si une voiture essence est remplacée dès la première année par son équivalent électrique, les émissions de CO₂ sur l’ensemble de cette période diminuent de 58 %. On est donc très loin d’un gain marginal ! L'étude confirme ainsi ce que l'ICCT avait déjà démontré auparavant.
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Il est vrai que la fabrication d’une voiture électrique émet davantage de CO₂ que celle d’un modèle thermique. Il faut environ trois ans à une électrique pour compenser ce surplus d’émissions grâce à des kilomètres plus propres. Mais une fois ce cap passé, l’écart se creuse très rapidement en sa faveur !
L’explication est assez simple : tout se joue au niveau du rendement de la chaîne de traction. Dans des conditions idéales, les moteurs essence modernes atteignent un rendement maximal de 35 à 40 %, voire temporairement jusqu’à 50 % avec certains cycles Atkinson avancés, comme celui utilisé par le système e-Power de Nissan. Dans la réalité, toutefois, entre la conduite mixte, les pertes dans la transmission et le fait qu’un moteur thermique fonctionne rarement dans sa plage de fonctionnement optimale, le rendement est nettement plus faible.
Une chaîne de traction électrique atteint, elle, un rendement de 85 à 90 % entre la batterie et les roues, sans devoir recourir à une boîte de vitesses. Elle récupère en outre de l’énergie au freinage, ce qu’un moteur thermique classique n’est capable de faire que lorsqu’il est associé à un système hybride !
Dans quels cas cela ne vaut-il pas la peine ?
L’étude met malgré tout en avant deux situations bien précises dans lesquelles remplacer une voiture essence n’apporte aucun gain climatique. La première concerne les hybrides rechargeables : comme ces véhicules peuvent parcourir une partie de leurs trajets en mode électrique et qu’ils disposent d’une batterie plus petite, les émissions supplémentaires liées à la fabrication d’un modèle 100 % électrique destiné à les remplacer ne peuvent, dans certains cas, être compensées.
La deuxième exception concerne les voitures qui roulent très peu. Si vous parcourez moins de 7.054 kilomètres par an avec une voiture particulière, moins de 6.837 kilomètres avec un SUV ou moins de 10.794 kilomètres avec un pick-up, passer à l’électrique n’est pas intéressant d’un point de vue climatique ! Dans ce cas, les émissions générées par la fabrication du nouveau véhicule électrique ne seront jamais compensées par les kilomètres plus propres. Le conducteur belge se situe toutefois au-dessus de ces seuils, puisqu’il parcourt en moyenne 14.075 kilomètres par an, selon les chiffres de Car-Pass.
Et l’électricité ?
Le mix électrique entre lui aussi en ligne de compte. Dans les régions où l’électricité est encore produite en grande partie à partir de charbon, l’avantage d’une voiture électrique est forcément plus limité. Les chercheurs ont néanmoins calculé que, même sur les réseaux électriques américains les plus polluants, remplacer les modèles essence les plus vendus reste bénéfique ! En Europe, où la part des énergies renouvelables est nettement plus importante, cette conclusion est donc encore plus vraie.
L’étude a des conséquences directes, tant pour les automobilistes que pour les pouvoirs publics. Pour ceux qui hésitent entre continuer à rouler avec leur ancienne voiture essence jusqu’à sa fin de vie (une tendance en hausse, le parc automobile belge ne cessant de vieillir) et passer à une voiture électrique, le message est limpide : il n’est pas nécessaire d’attendre. Selon cette étude américaine, l’idée qu’il faudrait d’abord « finir » sa voiture essence pour agir en faveur du climat est tenace, mais elle repose sur un raisonnement erroné !
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