Les effets néfastes des gaz d'échappement dépassent l’idée qu’on peut s’en faire. Toutes les 45 secondes, une personne décède dans le monde en raison de la pollution de l'air. Et qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas d’un slogan écologiste, mais bien de la conclusion d’une étude de l'International Council on Clean Transportation (ICCT), soit l’organisme qui avait mis au jour le scandale du Dieselgate en 2015.
Selon cette étude, un niveau d’électrification ambitieux du secteur automobile pourrait éviter 8,8 millions de décès prématurés d'ici 2050. Mais cette projection s'accompagne d'une condition essentielle : la volonté politique doit être au rendez-vous.
Décès prématurés et asthme infantile
Rien qu'en 2024, on comptait près de 700.000 décès prématurés dus à la pollution de l'air générée par le seul trafic routier. On recensait aussi 250.000 nouveaux cas d'asthme infantile. Pour s'attaquer à cette problématique, l'ICCT a tenté une projection d’avenir à travers différents scénarii. Le premier postulat se base sur une continuité de la politique actuelle. Et on apprend que si on ne change rien, le nombre de décès augmente de 74 % d'ici 2050. Ce qui signifie qu’une personne mourrait alors toutes les 26 secondes en raison des gaz d'échappement.
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Le scénario le plus ambitieux part, lui, de ventes composées à 100 % de véhicules zéro émission d'ici 2045 et que certains pays opèrent plus vite que cette échéance. Dans ce cas, le nombre de décès prématurés baisserait de 63 % et les cas d’asthme infantile de 80 %. Au total, cela représente exactement 8,8 millions de vies humaines entre aujourd'hui et 2050. On pourrait presque dire que l'on sauverait l'équivalent de la population de la Belgique.
Une répartition inégale
Cela dit, les victimes ne sont évidemment pas réparties équitablement. Et la projection de l’ICCT montre d’ailleurs une inégalité alarmante. Sous la politique actuelle, les taux de mortalité baisseraient de 48 % dans les pays riches, mais ils augmenteraient de plus de 50 % dans les économies émergentes comme l'Inde et l'Afrique. Une électrification rapide peut combler ce fossé. Certaines régions s'y emploient d'ailleurs déjà. C’est notamment le cas de l'Éthiopie (même si on ne s’y attend pas) qui a décrété une interdiction de la vente de moteurs à combustion, avant même l'Europe. New Delhi veut faire de même. Bien que cela ne soit pas toujours lié à la santé. Le gouvernement d’Addis Abeba a imposé non pas par souci de la santé de ses citoyens, mais bien en raison du trop élevé des carburants.
Par ailleurs, ceux qui pensent que les voitures particulières sont les grandes responsables de cette situation se trompent. Certes, de par leur nombre, elles sont fortement émettrices, mais ce sont en réalité surtout les camions et les bus qui sont responsables de la pollution de l’air. Le transport lourd représente à peine un véhicule sur vingt, mais est responsable de 60 % des oxydes d'azote (NOx) émis, de 55 % des particules et de 65 % des émanations de soufre. S'attaquer d'abord aux camions et bus Diesel s'avère donc la meilleure stratégie en matière de santé publique. Sauf que ce secteur accuse encore un net retard. En Europe, pourtant figure de proue en matière d'électrification, à peine 6 % des camions sont propulsés par batterie. Une étude récente menée en Chine confirme d'ailleurs ce que préconise l'ICCT : dans la région qui s'électrifie le plus vite au monde, 262.000 vies ont déjà été sauvées en passant à l’électricité. On notera toutefois que cette région est aussi fortement urbanisée.
Assainir l'énergie aussi
Les véhicules électriques ne sont toutefois propres qu’au niveau de leur échappement (qu’ils n’ont pas). Si leur électricité est produite dans des centrales au lignite ou au gaz, les émissions sont tout simplement déplacées, mais pas supprimées. Le rapport de l'ICCT tient compte de cet aspect. C’est pour cette raison que le scénario le plus optimiste s'appuie sur le programme Net Zero Emissions de l'AIE pour la production d'électricité. Cela signifie donc que les 8,8 millions de décès évitables ne dépendent pas que des voitures et camions électriques, mais aussi d'une transition mondiale vers une production renouvelable. Sans ce mix énergétique plus vert, le chiffre des décès évitables sera incontestablement moins élevé.
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