D’abord perçues comme le signe d’un design high-tech et épuré, les poignées affleurantes se sont largement répandues ces dernières années sur nos automobiles et spécialement sur les modèles premium et les véhicules électriques. Bien que Jaguar les a utilisés sur certaines de ses voitures, ces poignées ont surtout été popularisées par Tesla essentiellement parce qu’elles améliorent l’aérodynamisme en plus d’épater la galerie. Sauf que ces poignées sont de plus en plus remises en question par le régulateur chinois qui s’apprête à les interdire à partir de juillet 2027.
Mais pourquoi cette interdiction ? Apparemment, ce serait en raison d’aspects techniques et sécuritaires qui remettent directement en cause l’intérêt de ces poignées.
Des coûts trop élevés
L’un des principaux arguments avancés par les constructeurs pour justifier les poignées affleurantes est l’optimisation du coefficient de traînée. En réalité, les gains mesurés restent anecdotiques. Selon une étude de la SAE, le gain réel en aérodynamisme varie entre 0,005 et 0,01 point de Cd, bien loin des 0,03 point souvent mis en avant. En termes de consommation, cela représenterait environ 0,6 kWh économisé tous les 100 km. Autant dire que l’impact sur l’autonomie est marginal, surtout au vu du prix de l’électricité en usage domestique.
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Le coût de ces poignées est en revanche bien réel : elles sont jusqu’à trois fois plus chères que des poignées mécaniques classiques, elles ajoutent 7 à 8 kg au véhicule et leur taux de panne est huit fois supérieur. Chez certains constructeurs, ces pannes représentent jusqu’à 12% des interventions après-vente. De quoi remettre en cause leur intérêt.
Critique en cas d’accident
Mais au-delà de ces aspects économiques, c’est surtout la sécurité qui motive la prise de position des autorités chinoises. En cas d’accident, une poignée électrique peut devenir totalement inopérante. Les crashs-tests menés par le C-IASI révèlent un taux d’ouverture de seulement 67% pour ces poignées après un choc latéral contre 98% pour les systèmes mécaniques traditionnels.
Pour motiver leur décision, les autorités chinoises se fondent sur plusieurs incidents dramatiques survenus en 2024. À Changchun, une poignée gelée a piégé les passagers à l’intérieur de leur véhicule. Dans le Guangdong, des voitures immergées lors d’inondations n’ont pas pu être ouvertes à temps en raison de poignées électriques court-circuitées. Le National Accident Investigation System a enregistré une hausse de 47% des accidents imputables à ces dispositifs. Ils représentent 82% des cas recensés. Pour rappel, la Chine n’est pas la première à pointer du doigt les poignées rétractables. L’an dernier, l’ADAC allemand avait déjà alerté sur leurs dangers, précisément en matière de sécurité.
Vers une norme mondiale ?
Le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) est occupé à finaliser une nouvelle réglementation qui imposera, dès 2027, une alternative mécanique à toutes les poignées, avec une période de transition d’un an. Seules les poignées classiques ou semi-affleurantes dotées d’un dispositif de secours mécanique seront autorisées. Certains constructeurs comme Volkswagen ou FAW-Audi ont déjà anticipé : poignées hybrides, microcontacts, cordons mécaniques d’urgence… Les solutions existent déjà.
Cela dit, en tant que premier marché automobile du monde, la Chine pourrait dicter sa loi et imposer ses standards au reste de la planète. Pour éviter de concevoir des gammes distinctes, les constructeurs pourraient être contraints d’abandonner les poignées affleurantes à l’échelle globale. Et cette trajectoire semble d’autant plus évidente que l’Europe prend une direction similaire : l’Euro NCAP prévoit de pénaliser dès 2026 les véhicules dépourvus de commandes physiques pour certaines fonctions critiques. Les poignées pourraient ainsi être intégrées à la liste.
Retour à la bonne vieille mécanique ?
L’automobile va-t-elle revenir à plus de pragmatisme ? Comme l’a exprimé Wei Jianjun, président de Great Wall Motor, ces poignées « contribuent peu à la réduction de la traînée, sont lourdes, bruyantes et peu fiables ». Les effets de mode ne peuvent prévaloir sur les exigences fondamentales, surtout lorsqu’on parle de sécurité. La marche arrière semble déjà enclenchée...
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