Une querelle entre les Pays-Bas et la Chine pourrait bien plonger à nouveau l’automobile européenne dans la tourmente. Pékin a en effet décidé de bloquer les exportations de puces produites par Nexperia dans ses usines chinoises. Cette mesure est prise en représailles à la prise de contrôle imposée par le gouvernement néerlandais sur l’entreprise. Mais quel est le problème ? En réalité, sous pression américaine, les autorités néerlandaises ont estimé que Wingtech, le conglomérat chinois propriétaire de Nexperia, présentait des risques pour la sécurité nationale. Depuis plusieurs mois, le climat de méfiance est croissant envers les groupes technologiques chinois. Mais ce geste, exceptionnel, place toute la chaîne de production automobile sous tension.
Dans ce contexte, la riposte de Pékin n’a évidemment pas tardé : les semi-conducteurs sortant des usines chinoises de Nexperia – la moitié de la production annuelle du groupe, soit environ 100 milliards de puces – sont désormais interdits d’exportation.
Nexperia, maillon essentiel
Mais quel est l’impact potentiel ? Car Nexperia ne fabrique pas de puces sophistiquées comme celles destinées à l’intelligence artificielle. La spécialité du Chinois tient dans les composants simples, peu coûteux (souvent vendus entre dix centimes et quelques euros), mais qui sont omniprésents dans les véhicules modernes. Et le mot est faible : chaque voiture produite en Europe embarque entre 350 et 500 puces Nexperia, indispensables au fonctionnement des systèmes électroniques de base : capteurs divers, gestion moteur, climatisation ou sécurité.
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Le risque est donc bien présent. L’ACEA (association européenne des constructeurs automobiles) est montée au créneau pour exprimer sa « profonde inquiétude » face à une « perturbation potentiellement significative » de la production. Selon les analystes, presque tous les constructeurs européens – de Volkswagen à BMW en passant par Volvo – dépendent des composants Nexperia.
Une dépendance, encore
La Belgique n’est pas à l’abri. Selon De Tijd, Volvo Car Gent, dernière grande usine automobile chez nous, reconnaît surveiller la situation de très près. Pour l’heure, la production n’est pas encore touchée, grâce à des stocks constitués après la crise de 2022. Mais ces réserves ne tiendront au mieux que quelques semaines.
Née de la désorganisation liée à la pandémie, la précédente crise des semi-conducteurs avait mis la filière à genoux : retards de livraison, files d’attente interminables pour les véhicules neufs, arrêts d’usines en cascade et même livraisons de véhicules non terminés. Les constructeurs avaient pourtant juré de tirer les leçons de cette dépendance et ils avaient prévu de diversifier leurs fournisseurs et de renforcer leurs chaînes logistiques. Mais ce nouvel épisode montre que les aménagements n’ont pas suffi.
Une impasse ?
Peut-on espérer remplacer les puces de Nexperia ? C’est difficile, car même si d’autres fabricants européens ou asiatiques disposent de l’expertise, adapter les lignes de production à d’autres architectures de composants prendrait des mois.
En coulisses, les diplomates s’activent pour tenter de désamorcer cette crise. Bruxelles et les capitales européennes multiplient les appels au dialogue. Les industriels espèrent quant à eux un rétablissement rapide des flux. Mais peuvent-ils y croire ? Car cette situation s’inscrit dans une série de bras de fer technologiques entre la Chine et l’Occident. Et Pékin ne se laisse plus faire et répond désormais en jouant sur tous les leviers possibles.
Une Europe vulnérable structurellement
Les puces Nexperia ne sont qu’un nouvel épisode d’une série déjà longue. La dépendance européenne concerne aussi plusieurs terres rares dont la Chine a la quasi-monopole et qui sont essentielles à la production de batteries, de moteurs électriques ou de circuits magnétiques. Tous ces éléments s’additionnent pour faire vaciller l’ensemble de la chaîne de valeur et pas seulement des voitures électriques, mais de toute la mobilité individuelle.
L’indépendance stratégique de l’Europe dans plusieurs filières reste jusqu’ici une juxtaposition d’annonces politiques. Mais dans les faits, il y a peu de concrétisation. Cette nouvelle crise pose donc la question de savoir si la production automobile devra apprendre à vivre dans un monde fragmenté ? Ou débouchera-t-elle enfin sur de vraies prises de mesures, courageuses et de long terme ? À suivre...
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