Dans un monde automobile où les jeunes marques sont généralement à la peine pendant plusieurs années en raison d’investissement faramineux, une marque chinoise a pris tout le monde court : Xiaomi. Cette start-up est en effet parvenue à imposer un modèle de développement rentable à une vitesse tout bonnement stupéfiante. Ainsi, moins de deux ans après la sortie de la première berline, la SU7, le géant technologique écrit déjà à l’encre noire dans les cahiers des comptes de sa division automobile.
Si on s’attache aux chiffres, l’entreprise a enregistré au troisième trimestre un bénéfice opérationnel de 700 millions de yuans, ce qui correspond à 85 millions d’euros. Et cette victoire n’arrive pas seule : les chaînes de production ont déjà sorti leur 500 000ᵉ véhicule. Franchement, dans le monde des start-up automobiles, c’est une vraie leçon, car ces structures sont plutôt connues pour brûler du cash. L’histoire fait donc rêver.
Au troisième trimestre, la division automobile de Xiaomi a écoulé 108.796 véhicules, une hausse de plus de +30% par rapport au trimestre précédent et une progression de +170% si on remonte un an plus tôt. Le chiffre d’affaires des véhicules électriques s’est élevé à 28,3 milliards de yuans (3,4 milliards d’euros), soit presque la totalité des revenus de la branche « innovation » du groupe et qui inclut les projets d’IA.
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Des concurrents subventionnés
Cette capacité à réaliser un bénéfice aussi rapidement est d’autant plus remarquable que la plupart des nouvelles marques chinoises sont piégées dans ce que le patron de Tesla, Elon Musk, appelait il y a quelques années encore « l’enfer de la production ». Ce qui revient à reconnaître que présenter des concepts spectaculaires n’est jamais un exercice difficile. En revanche, augmenter la cadence jusqu’à une production de masse constitue le vrai défi à relever. Si on en croit plusieurs sources, la difficulté est telle qu’Elon Musk dormait même sur le sol de son usine pour suivre le démarrage.
Il faut se souvenir que Tesla a mis cinq ans pour atteindre un premier trimestre rentable, et ce alors que l’entreprise avait reçu un sacré coup de pouce grâce aux marques concurrentes qui lui achetaient des crédits CO₂ pour équilibrer leur dette carbone. Xiaomi ne dispose pas de ces facilités et la marque a donc tout construit seule. Fisker, Lightyear, Lordstown, Faraday Future, Aiways, toutes ces marques ont fini par faire faillite. Et il faut rappeler que Nio, Xpeng ou Polestar n’ont pas encore gagné un seul yuan. Xiaomi a donc accompli en seulement 19 mois ce que toutes ces start-ups n’ont pas encore ou jamais réussi. Même Zeekr, qui connaît pourtant une croissance particulièrement soutenue, ne gagne pas encore d’argent.
Une stratégie d’externalisation
Cette croissance rapide n’est évidemment pas le fruit du hasard. Xiaomi a notamment pu tirer profit d’une industrie automobile chinoise qui regorge de fournisseurs locaux, ce qui permet à l’entreprise de sous-traiter en grande partie ses composants ainsi qu’une partie de la production à des spécialistes bon marché. Même l’assemblage n’est pas effectué par Xiaomi, mais par la marque d’État BAIC qui dispose plusieurs de décennies d’expérience en production de masse. Enfin, Xiaomi bénéficie également d’un vivier de clients très fidèles qui connaissent déjà la marque grâce à ses smartphones, ses appareils ménagers et les autres objets connectés. L’entreprise ne part donc pas de zéro en termes de notoriété.
Sur le plan technologique aussi, Xiaomi joue aussi une très belle carte. La berline SU7 et le SUV YU7 fonctionnent sous HyperOS, soit le même système d’exploitation qui pilote les autres appareils du groupe. La voiture communique donc sans difficulté avec les autres appareils intelligents, y compris les domestiques. Pour les acheteurs technophiles, c’est un atout indéniable et la marque peut donc les rallier à sa cause. Il faut souligner que les technophiles représentent une part de plus en plus importante des acheteurs en Chine. Et c’est aussi face à eux que les marques occidentales n’arrivent aujourd’hui plus à se positionner. De ce strict point de vue, ce qu’on pourrait appeler les « smartphones sur roues » semble pouvoir jouer un rôle clé pour se faire une place au soleil sur le plus grand marché automobile du monde.
En 2027 en l’Europe
Xiaomi devra néanmoins faire preuve de résilience. Selon Bloomberg, « une pénurie mondiale de puces risque de faire grimper les coûts (et donc les prix) tandis que la suppression progressive des avantages fiscaux chinois à l’achat d’une voiture électrique risque également de peser sur la demande. »
Cela dit, au milieu de la kyrielle de nouvelles marques automobiles, Xiaomi semble bien armé. Car les marges sont particulièrement élevées – ce qui laisse donc... de la marge. Reste à savoir si cela suffira pour battre des records et pas seulement sur le Nürburgring, mais surtout dans les showrooms en dehors de la Chine. La réponse à cette question nous arrivera en 2027, lorsque la marque débarquera en Europe.
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