La semaine dernière a été assez unique dans le monde automobile : les deux constructeurs automobiles de Stuttgart, Mercedes et Porsche, ont simultanément pris congé de leur designer en chef. Chez Mercedes, Gorden Wagener s’en va tandis que chez Porsche, c’est Michael Mauer qui quitte la scène.
Ce dernier n’était pourtant que le quatrième designer en chef de l’histoire de Porsche, un poste qu’il occupait depuis 22 ans tout de même. Jusqu’à récemment, Michael Mauer avait livré un travail d’une grande rigueur avec un soin porté aux moindres détails. Cela dit, ces dernières années, le secteur automobile allemand qui de plus en plus versé dans les designs tapageurs et bling-bling. Ce qui n’a pas été le cas de Porsche qui est resté longtemps le repère du bon goût. Il faut bien avouer que la Taycan, le premier Macan ou encore l’actuelle 911 demeurent de véritables références en matière de traitement des surfaces, de proportions et d’élégance.
Mais les dernières générations électriques des Cayenne et Macan, Porsche a toutefois cédé à l’air du temps. Ce qui s’est traduit par des grilles de refroidissement factices et surdimensionnées, des proportions moins équilibrées, une surcharge de détails et l’apparition de matériaux brillants à l’aspect bon marché pour l’habitacle. Bref, une réorientation, mais dans la mauvaise direction.
Ceci n’enlève évidemment rien à l’héritage laissé par Michael Mauer, qui, à l’approche de sa retraite, accompagne désormais son successeur Tobias Sühlmann. Reste à voir si ce dernier poursuivra la trajectoire actuelle ou s’il insufflera une nouvelle orientation au studio Porsche. Mais dans le design automobile, les cycles de développement sont longs et il faudra donc patienter plusieurs années pour le savoir.
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Wagener s’en va
Hasard du calendrier, la même semaine, c’est Gorden Wagener qui a plié bagage chez Mercedes. La situation est plus floue dans le cas de la marque à l’étoile et on ignore si le patron Ola Källenius l’a poussé vers la sortie ou si Wagener a décidé lui-même de quitter le navire. Officiellement, les communiqués affirment qu’il s’agit d’une décision personnelle, mais il est plausible qu’on a aussi indiqué poliment la sortie à l’homme qui leur a pourtant rapporté des milliards à Mercedes.
Une chose est sûre : le patron suédois souhaite réorienter la marque après l’offensive électrique commercialement décevante incarnée par les EQE et EQS ainsi que des tentatives peu concluantes dans les segments les plus exclusifs. Un terrain où Wagener évoluait pourtant avec aisance. Le vétéran n’a jamais caché son goût pour le bling-bling, comme en témoignent les Maybach, véritables sacs Louis Vuitton sur roues, saturées de logos et destinées à ceux qui veulent afficher sans ambiguïté qu’ils ont payé plus cher que les autres.
Cette approche ne fait toutefois pas l’unanimité, tout comme les intérieurs spectaculaires qui font primer les effets technologiques sur l’ergonomie. Les observateurs plus traditionnels regrettent la sobriété et l’intemporalité d’autrefois. À l’inverse, le caractère plus flamboyant des Mercedes a aussi su séduire un public plus jeune et ça a même fonctionné longtemps sur le plan commercial avec des millions de Classe A et Classe C, sans oublier la CLA et d’autres modèles compacts.
Sous la direction de Wagener, Mercedes est ainsi parvenu à redevenir en 2016 la marque de luxe la plus vendue au monde, devant BMW. Une couronne que les Bavarois ont toutefois récupérée cinq ans plus tard. C’est désormais à Bastian Baudy, en provenance de la division AMG, qu’il revient de redéfinir les emballages de Mercedes, avec l’ambition claire de reprendre l’avantage sur BMW.
Où est Gerry ?
Puisque l’on évoque les grandes figures du design automobile, une question s’impose : que devient Gerry McGovern ? Début décembre – du moins selon l’édition indienne du magazine britannique Autocar –, le designer emblématique de Jaguar Land Rover aurait été brutalement évincé. Selon certaines sources internes, du personnel de sécurité aurait même été mobilisé pour l’escorter vers la sortie.
L’événement a évidemment enflammé les médias. Et ce qu’on ne dit pas, c’est que ce genre de procédure n’a rien d’exceptionnel. Lorsqu’un responsable stocke sur son ordinateur l’ensemble des secrets industriels et des plans d’avenir d’un groupe qui pèse pour des milliards, il est rare qu’on lui laisse la liberté de retourner calmement à son bureau après un licenciement immédiat.
Mais ce qui intrigue davantage, c’est le silence de Jaguar Land Rover sur le sujet. Officiellement, McGovern serait toujours en fonction. Plus surprenant encore : son nom et sa photo figurent toujours sur la page web présentant l’équipe dirigeante du groupe. Il n’est donc pas exclu qu’il ait été mis à la retraite forcée, mais que les avocats se disputent encore sur le nombre de zéros qui accompagneront le chèque de départ. Et dire que tout cela se passe à quelques semaines – ou tout au plus quelques mois – de la relance de Jaguar, un projet dont McGovern fut l’un des principaux architectes, notamment avec la spectaculaire et très controversée Type 00, dévoilée un an plus tôt… en rose.
Mais ceux qui connaissent Gerry McGovern savent que sa personnalité n’est peut-être pas étrangère à cette situation – il était issu de la classe ouvrière, mais il a été anobli par la Couronne britannique. Admiré pour sa vision créative, il traîne aussi la réputation d’un dirigeant autoritaire, hautain et prompt aux crises de colère. Il dirigeait donc son département d’une main de fer. Et lorsqu’un tel profil vacille – ou chute –, le plaisir coupable n’est jamais très loin.
Reste à savoir si l’on reverra encore McGovern. À 70 ans, rien ne l’empêche de prendre ses quartiers dans une de ses villas « modern art » d’Angleterre ou de Californie, bourrées d’objets d’art et de mobilier haut de gamme. Mais encore faudrait-il que la discrétion fasse partie de ses projets – ce qui, chez lui, n’a jamais été une évidence.
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