Le centre de recherche et développement de TotalEnergies à Feluy (Hainaut) va-t-il s’imposer comme un site clé dans la réflexion sur l’avenir des carburants et plus précisément des carburants synthétiques ? En cette fin janvier, le groupe y a lancé un programme pilote inédit consacré à la transformation du dioxyde de carbone en gaz de synthèse, soit la première brique technologique pour la fabrication de carburants synthétiques ou e-fuels.
Ici, pas question de production industrielle. Ou pas encore. L’installation, qui entrera en service en mars 2026, vise avant tout à comprendre, optimiser et fiabiliser un procédé encore immature. Il s’agit donc de maîtriser la phase la plus complexe et la plus énergivore de la chaîne de valeur des carburants synthétiques, soit celle qui consiste à « casser » la molécule de CO₂ pour la recomposer sous une forme exploitable.
Un procédé expérimental
Le dispositif repose sur une technologie de co-électrolyse à haute température. Concrètement, du CO₂ et de l’eau sont chauffés à environ 850 °C dans un four électrique afin de produire du syngas (un mélange d’hydrogène et de monoxyde de carbone) et de l’oxygène. Ce syngas constitue ensuite la matière première des carburants synthétiques.
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C’est précisément cette étape initiale qui concentre aujourd’hui les incertitudes. Elle exige d’énormes quantités d’énergie et met à rude épreuve les matériaux industriels en raison des températures élevées. À Feluy, TotalEnergies va tester différents équipements, divers catalyseurs et aussi fournisseurs afin d’évaluer la durabilité dans le temps du processus. L’investissement dépasse un million d’euros pour cette seule unité pilote. Et il ne faudra pas être trop pressé, car le groupe évoque un horizon de dix ans avant toute industrialisation éventuelle.
Un carburant hors de prix
Il est clair que les carburants synthétiques ne sont pas pour demain. Et d’autant moins qu’à l’heure actuelle, l’équation économique des e-fuels est totalement déséquilibrée. Un carburant synthétique « durable » (donc fabriqué dans le respect de l’environnement et avec des énergies vertes) coûte environ dix fois plus cher qu’un carburant fossile classique.
Cela s’explique par la combinaison de plusieurs éléments : une consommation électrique colossale, la rareté du CO₂ capté à grande échelle et l’accès à une électricité décarbonée à prix compétitif. L’objectif de TotalEnergies est donc de parvenir à améliorer les rendements et à réduire les coûts. Mais aucune technologie finale n’est garantie à ce stade.
Une solution pas universelle
Les carburants synthétiques ne visent pas à remplacer l’électrification. Leur intérêt se situe ailleurs et en particulier dans les secteurs ou les applications où les batteries montrent leurs limites. C’est le cas de l’aviation, du maritime ou d’autres applications terrestres lourdes. Il y a donc peu de chances qu’on les retrouve massivement d’ici quelques années dans le secteur automobile.
Mais il ne faut présager de rien. Car si un industriel trouvait la formule scientifique magique et que le CO₂ pouvait être capté à grande échelle, les e-fuels pourraient être utilisés plus largement. Ce qui est intéressant, c’est que la Belgique se positionne comme un acteur certes discret, mais qui sera peut-être central demain.
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