Fin mai, le ministre fédéral du Climat Jean-Luc Crucke (Les Engagés) a fait le déplacement jusqu'à Pontpierre en Moselle (France) accompagné de géologues belges. L'objectif : voir de ses propres yeux ce que les Français ont mis des années à confirmer. Car depuis fin 2023, la Française de l'Énergie (FDE) a identifié des concentrations significatives d'hydrogène naturel à 3.655 m de profondeur. Le gisement est estimé entre 34 et 46 millions de tonnes et il est potentiellement le plus grand jamais identifié dans le monde.
Après l’or noir, l’or blanc ? Le bassin houiller lorrain abriterait le plus grand gisement d’hydrogène naturel au monde. https://t.co/z4xHlYKhyS
— Le Républicain Lorrain (@lerepu) May 27, 2026
De quoi susciter plus qu'une curiosité de voisinage. La Belgique vient de lancer BE.Hydrogen, son programme national d'exploration, doté de 3,5 millions d'euros financés via les recettes ETS (Emissions Trading System) du système européen de quotas carbone. Les premiers résultats de ces sondages de sols sont attendus pour le printemps 2028.
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Un réservoir qui se régénère
L'hydrogène blanc, dit aussi « natif » ou « naturel », ne sort pas d'une usine. Il se forme dans la croûte terrestre via deux mécanismes principaux : la serpentinisation, une réaction entre l'eau et des roches riches en fer qui libère du H₂ et la radiolyse, la dissociation des molécules d'eau sous l'effet de rayonnements ionisants naturels. Le résultat est remarquable, car cet hydrogène se renouvelle en quelques dizaines d'années. Cette nature le distingue fondamentalement de l'hydrogène gris produit à partir du gaz naturel et qui représente encore 95 % de la production mondiale. Et de l'hydrogène vert produit par électrolyse et à partir d’énergie verte est, lui, propre, mais il est facturé entre 8 et 10 euros le kilo.
Le blanc pourrait sortir du sol à moins de 2 euros le kilo selon les premières estimations françaises. L'écart est énorme. En Belgique, quatre zones géologiques sont jugées favorables : les bassins houillers de Campine et du Hainaut-Liège, le massif du Brabant, les formations ferrugineuses du Condroz aux Ardennes ainsi que le volcanisme de l'Eifel à l'est. Mais ce ne sont encore que des hypothèses et pas des certitudes.
Un réseau transfrontalier
Antoine Forcinal, directeur général de Française de l'Énergie, explique que le bassin sédimentaire lorrain « s'étend de Paris à l'Allemagne » et constitue « un des plus volumineux au monde ». La dimension transfrontalière du projet existe bel et bien, avec un pipeline transfrontalier 100 % hydrogène (MosaHYc) déjà en cours de mise en service pour connecter la Grande Région, c’est-à-dire la Wallonie, la Sarre, la Rhénanie-Palatinat et le Luxembourg.
Dans un premier temps, l'hydrogène blanc pourrait contribuer à décarboner des processus industriels lourds comme la chimie, la sidérurgie ou l’industrie du ciment qui fonctionnent mal sur la seule électricité directe.
37 voitures en quatre ans
La question de l'automobile se pose toutefois inévitablement. Dans le transport, l'hydrogène trouve sa logique là où la batterie atteint ses limites : les poids lourds, les trains sur lignes non électrifiées, les navires. Mais du côté des voitures particulières, le tableau est plus sombre. Et les constructeurs le savent. Stellantis et Renault ont abandonné leurs programmes H2 utilitaires. Le marché reste, pour l'heure, confidentiel.
Les chiffres belges le résument d’ailleurs. Deux modèles sont commercialisés : la Toyota Mirai (à partir de 85.990 euros) et le Hyundai Nexo (à partir de 74.999 euros). En quatre ans, 37 exemplaires ont été immatriculés en Belgique, soit 27 Mirai et 10 Nexo (et seulement 3 en 2025). Il y aura bientôt un BMW X5 à hydrogène, mais on ne s’attend pas à ce qu’il change la donne.
L'infrastructure suit la même logique : les stations H2 publiques se comptent sur les doigts d'une main. Si seulement, c'était aussi simple que de trouver le gisement… Mais une ressource locale, renouvelable et bon marché changerait quand même les règles du jeu, au moins en matière d’indépendance énergétique. Ce n’est certes pas pour demain, mais peut-être pour après-demain.
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