Porsche : « Le scénario européen pour la voiture électrique n’est pas réaliste »

D’ici 2046, les carburants fossiles pourraient disparaître des stations-service européennes. Non pas parce que les moteurs thermiques auront tous été remplacés par des batteries, mais parce qu’il pourrait exister suffisamment d’alternatives synthétiques et renouvelables pour les alimenter. C’est du moins ce qu’affirme une nouvelle étude. Le constat paraît encourageant, mais la réalité derrière les chiffres est nettement plus nuancée.

Publié le 24 mars 2026
Temps de lecture : 4 min

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Porsche : « Le scénario européen pour la voiture électrique n’est pas réaliste »

Pour ceux qui connaissent moins les e-fuels : ce sont des carburants synthétiques produits à partir d’électricité verte, d’eau et de CO₂ capté dans l’atmosphère. Ils sont chimiquement presque identiques à l’essence ou au diesel, ce qui permet de les utiliser dans les moteurs thermiques existants sans modifications majeures. À ne pas confondre avec les carburants déjà disponibles comme le Klimabenzin95 (en Allemagne) ou le diesel HVO, qui reposent à la base sur des matières premières végétales.

Le principal atout de l’essence et du diesel synthétiques est de pouvoir rendre neutre en émissions une flotte de centaines de millions de véhicules déjà en circulation, y compris les voitures anciennes, tout en conservant la chaîne de traction classique. Du moins en théorie, car la logique selon laquelle le CO₂ capté compense ensuite les émissions à l’échappement reste sujette à débat.

Pénurie de matières premières

Mais le problème majeur reste aujourd’hui l’échelle. La production est encore insuffisante pour constituer un véritable modèle économique, ce qui entraîne des prix élevés et rappelle les difficultés rencontrées avec la disponibilité de l’hydrogène. Malgré cela, une nouvelle étude menée par la eFuel Alliance et Porsche plaide en faveur de cette technologie. Elle part du constat que les scénarios européens de montée en puissance de la voiture électrique ne sont pas réalistes : les pénuries de matières premières comme le nickel et le lithium constituent un frein à court terme, tandis que l’extension lente du réseau électrique pose un problème structurel à plus long terme. Conclusion : la demande en carburants liquides après 2040 sera bien plus élevée que ce que prévoit actuellement la Commission européenne, selon les chercheurs.

Audi_Sport_Quattro_Matti Blume, CC BY-SA

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Plus encore, leur analyse s’appuie sur des chiffres fournis par la Commission européenne elle-même. Celle-ci estime qu’en 2040, 37 % des voitures particulières et 62 % des poids lourds (ainsi que plus de 80 % des avions et des navires) dépendront encore de carburants liquides. Même en 2050, plus de la moitié de la demande énergétique totale du transport nécessiterait des carburants liquides.

Sécurité à long terme

Selon l’étude, les politiques actuelles sous-estiment ces goulets d’étranglement, qui rendent la nécessité des carburants liquides très concrète. Des changements s’imposent donc. Trois mesures politiques sont jugées cruciales : des quotas ambitieux d’e-fuels avec une visibilité à long terme pour les investisseurs, moins de bureaucratie autour des normes de production et de l’approvisionnement en électricité, et des instruments fiscaux comme une réforme de la taxation de l’énergie.

C’est là que le bât blesse. À l’échelle mondiale, plus de 500 projets liés à l’hydrogène et aux e-fuels ont été annoncés. Plus de 120 entreprises prévoient de lancer leur production d’ici 2030. Mais sur les 300 projets visant le secteur des transports, seuls 6 % ont fait l’objet d’une décision finale d’investissement. Le reste n’existe encore que sur le papier.

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Et pourtant. Si l’ensemble des capacités industrielles prévues est exploité, le marché européen des e-fuels pourrait atteindre, d’ici 2045, l’équivalent de plus de 200 milliards de litres d’essence. Selon la eFuel Alliance, cela serait largement suffisant pour couvrir la demande sans mettre en concurrence aviation, transport maritime et routier. Un argument fréquent consiste en effet à réserver les carburants synthétiques aux secteurs difficiles à électrifier, tandis que la route passerait à la batterie. « Le potentiel des e-fuels dépendra entièrement des choix politiques », affirme Ralf Diemer, directeur de l’eFuel Alliance.

À quel prix ?

Bien sûr, cette étude émane d’une organisation de lobbying qui représente plus de 160 entreprises et associations ayant intérêt à l’essor des e-fuels. Porsche investit d’ailleurs depuis plusieurs années dans leur production via une usine au Chili. Les conclusions sont intéressantes, mais elles n’ont de sens que si le prix au litre reste accessible — une question essentielle pour l’automobiliste.

Sur la page LinkedIn de la eFuel Alliance, un objectif de 2 euros par litre est avancé pour 2030. Des experts jugent cette estimation « extrêmement optimiste », car elle repose sur un prix de l’hydrogène jugé irréaliste. Une fourchette de 5 à 7 euros par litre leur paraît plus crédible. De son côté, le groupe environnemental Transport & Environment évoque une estimation centrale de 3,6 euros par litre à l’horizon 2040.

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Par Piet Andries Rédacteur automobile

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