C’est un peu comme le permis à points : le dossier de la réduction de la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes belges revient à échéances régulières dans les discussions des gouvernements. Et c’est à nouveau le cas. C’est cette fois la ministre flamande du Climat, Melissa Depraetere (Vooruit), qui le remet sur la table comme elle l’a annoncé dans le podcast « Het Rapport van de Wetstraat » de Het Laatste Nieuws. Une curiosité d’ailleurs, car cette matière relève en fait de la ministre de la Mobilité régionale, Annick De Ridder (N-VA). Pourquoi est-elle portée par le cabinet du Climat ? Il apparaît que la Flandre n’atteindra pas ses objectifs climatiques, à moins de prendre des mesures fortes dans les deux derniers secteurs qui le permettent encore : la mobilité et l’agriculture.
La ministre avance donc l’idée de réduire la vitesse à 100 km/h sur les autoroutes, comme c’est le cas aux Pays-Bas. Sauf que l’exemple est plutôt mal choisi puisque les Pays-Bas abandonnent cette mesure mise en place avec la crise de la Covid. Et les Pays-Bas ne sont pas le seul pays à revoir leur copie. D’autres pays d’Europe remontent aussi les vitesses maximales sur les autoroutes, du moins dans certaines conditions. Pour la ministre, cela ne fait toutefois pas l’ombre d’un doute : réduire la vitesse permettrait de réduire les émissions de CO2.
Sur la table du gouvernement flamand
Le gouvernement flamand va donc se pencher sur la question. Parmi l’argumentaire avancé par la ministre, il y a la réduction des émissions CO2, mais aussi le gain en matière de sécurité (moins de vitesse, ce serait moins d’accidents graves), la fluidification du trafic, donc la baisse des embouteillages. En outre, la mesure serait au bénéfique pour le portefeuille des Belges qui arpentent les autoroutes flamandes puisque rouler moins vite baisserait leur facture de carburant ou d’électricité. Rien de bien neuf donc.
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Si tous ces arguments semblent logiques a priori, on peut alors se demander pourquoi les Pays-Bas viennent de faire marche arrière. Réponse évidente : cette mesure n’a pas (ou si peu) eu d’impact sur les émissions de CO2 du pays, comme l’attestaient il y a un an l’Institut national pour la santé publique et l’environnement ainsi que l’université de Wageningen.
La sécurité, vraiment ?
Du côté de l’Institut VIAS, on reste assez perplexe sur cette mesure. Il est clair que rouler moins vite permet de réduire les accidents et le nombre de tués. Mais pour VIAS, c’est surtout la peur du radar qui possède un impact positif. L’organisme note en effet qu’une baisse de la vitesse est nettement observable depuis la multiplication des radars-tronçons. L’effet de ceux-ci serait donc dissuasif sur les comportements des automobilistes. VIAS préconise donc de persévérer dans cette voie et de déjà faire respecter les 120 km/h avant d’envisager de passer à 100 km/h. L’Institut rappelle aussi qu’il faut que les mesures soient aussi socialement acceptables. Or, imposer 100 km/h sur les autoroutes est hautement impopulaire. Ce qui fonctionnerait le mieux et ce qui serait le mieux accepté, ce sont les limites dynamiques de vitesse, comme à Anvers ou sur certaines routes de Wallonie. La modulation en fonction des conditions de trafic se justifie d’elle-même et elle permet d’optimiser tous les paramètres, que ce soit la fluidité et des rejets polluants, mais aussi la sécurité.
Enfin, on se demande par ailleurs si le retour de cette mesure n’est pas non plus en décalage avec la réalité et la transformation déjà bien entamée du parc automobile. La montée en puissance de la voiture électrique sur nos routes semble en effet anticiper les besoins du gouvernement flamand puisque les rejets de CO2 sont moindres (une voiture électrique rejette moins de CO2 sur son cycle de vie) tandis que les conducteurs se déplacent à des vitesses aussi beaucoup plus raisonnables pour préserver l’autonomie de leur batterie. Dans ce contexte, la mesure envisagée par Melissa Depraetere serait en fait tout simplement anachronique. Et pour couronner le tout , elle ne serait mise en application qu’en Flandre, ce qui sonnerait à nouveau comme une nouvelle incapacité d’alignement des législations pratiquées en Belgique.
De son côté, Touring rappelle aussi que la route (et l'autoroute en particulier) est aussi affaire de cohabitation, notamment avec les poids lourds. « Ceux-ci roulent en général à 70 ou 90 km/h, selon les conditions. Si l’on impose une limitation à 100 km/h pour les voitures, il est fort probable que certains usagers – soucieux d’économie – roulent en réalité à 80 voire 70 km/h. Cela créerait des différences de vitesse contre-productives, et surtout une multiplication des manœuvres de dépassement par les camions eux-mêmes, ce qui va totalement à l’encontre de l’objectif de fluidité et de sécurité », indique Lorenzo Stefani, porte-parole de l'organisation.
Inacceptable
Mais cette idée aboutira-t-elle ? Apparemment non, car la ministre de la Mobilité flamande, Annick De Ridder (N-VA) a d’emblée réagi. Interrogée par HLN, elle a indiqué que « 100 km/h sur les autoroutes ? Ce n'est absolument pas possible. » La ministre de la Mobilité est d’accord avec le fait qu’il faut poursuivre les efforts, mais elle a aussi précisé qu’elle ne mettrait pas sur la table une réduction de la limite de vitesse sur les autoroutes. « Cette mesure n'aura donc absolument pas lieu », a-t-elle asséné. Comme VIAS, la ministre se montre plutôt en faveur d’une régulation dynamique des limitations de vitesse. Nouvelle tempête dans un verre d’eau donc...
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