L’automobiliste qui a déjà acheté une voiture d’occasion sait théoriquement à quoi il faut nécessairement être attentif. Car l’usure se détecte à la fois à l’état du volant, à celui du levier de vitesses, des caoutchoucs des pédales ou des sièges. Et, évidemment, il faut mettre ces observations en lien avec l’affichage du compteur kilométrique. Et il arrive que ce lien ne puisse pas être établi. Certes, ces observations ne représentent pas des preuves irréfutables, mais elles peuvent être le signal que quelqu’un a manipulé le compteur kilométrique.
Qu’il soit analogique ou numérique, le trafic du compteur n’a pas disparu. En effet, une voiture d’occasion sur cinquante en Belgique – soit 2,1% de l’offre – présenterait un compteur trafiqué. Ce sont les chiffres publiés par Carvertical, une entreprise spécialisée dans les données relatives à l’historique des véhicules. La période d’analyse pour cette étude s’est étendue de septembre 2024 à août 2025. Et on note qu’en moyenne, l’affichage du compteur est optimisé de 66.000 km.
Des voitures importées
Selon Carvertical, ce serait l’importation de véhicules étrangers sur le marché belge qui serait la principale cause du problème. En effet, pas moins de 55,2% des véhicules contrôlés avaient déjà été immatriculés à l’étranger. Cela explique aussi pourquoi certains cas de fraude persistent, et ce alors que la Belgique est un pays pionnier dans la lutte contre ces malversations grâce au système Car-Pass instauré en 2006.
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À chaque contrôle technique ou visite dans un garage agréé, le kilométrage est enregistré dans la base de données (numérique) du Car-Pass. Ce suivi rend pratiquement impossible toute manipulation du compteur.
Mais pour les voitures importées, c’est évidemment une autre histoire : à part un éventuel carnet d’entretien, on ne dispose bien souvent pas d’un historique, ce qui laisse le champ libre aux vendeurs malhonnêtes qui peuvent trafiquer le compteur pour augmenter la valeur du véhicule d’occasion.
Pour la petite histoire, les Pays-Bas disposent d’un système similaire : la RDW (Rijksdienst voor het Wegverkeer) enregistre aussi les kilométrages de toutes les voitures immatriculées lors de chaque inspection ou réparation. La Belgique et les Pays-Bas échangent d’ailleurs ces données, garantissant ainsi un kilométrage fiable pour les véhicules qui circulent dans ces deux pays. Mais uniquement pour ceux-là.
Vers une harmonisation européenne
L’exemple belge (et néerlandais) fait désormais école au niveau européen. En effet, la Belgique plaide depuis longtemps pour la généralisation du dispositif Car Pass au niveau du continent et cela semble enfin en voie de concrétisation. Au printemps dernier, la Commission européenne a manifesté son intention de créer une base de données globale afin de lutter efficacement contre la fraude au compteur.
Toujours selon Carvertical, la moyenne européenne des véhicules d’occasion avec compteur trafiqué atteint environ 5%. Les pays les plus touchés se situent du côté est : la Lettonie arrive en tête avec 10,8%, suivie par la Lituanie, la Roumanie et l’Estonie. Ces pays disposent d’un parc automobile plus ancien, avec de nombreux véhicules importés d’Europe occidentale et déjà souvent accidentés.
Un problème qui perdure
Il faut se souvenir que le trafic des compteurs kilométriques était très répandu dans les années 1980 et 1990. Ce qui s’explique par l’absence de contrôle, mais aussi par le fait que c’était alors plus simple techniquement, car les compteurs étaient encore mécaniques.
Mais même les compteurs numériques modernes n’ont pas solutionné le problème. Des commerçants malhonnêtes vendent sur internet des dispositifs capables de modifier le kilométrage, utilisés non seulement par des vendeurs douteux de voitures d’occasion, mais aussi par des particuliers ayant un contrat de leasing privé avec une limite stricte de kilomètres. Et cette pratique existe aussi sur le marché noir de la location de voitures.
Des sanctions sévères
Il faut rappeler qu’en Belgique, la fraude au compteur est sévèrement punie. Pour un flagrant délit, l’auteur risque jusqu’à 3.000 euros d’amende et, en théorie, jusqu’à 3 ans de prison, bien que cette dernière peine soit rarement appliquée. Et en France, les sanctions sont encore plus lourdes : une amende pouvant atteindre 300.000 euros est prévue pour toute personne qui aurait manipulé un compteur kilométrique.
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