Xavier Molenaar, à la tête d’Oldtimerfarm, nous dresse un constat assez stupéfiant : « Dans mes zones de stockage, j’ai des sportives de très haut vol qui n’ont quasiment jamais vu la route ! On parle de Porsche 911, de BMW M et d’autres machines prestigieuses de ce style, des voitures absolument extraordinaires sur la route, mais que les propriétaires n’utilisent pas. » Et son cas est loin d’être isolé : en Grande-Bretagne, on retrouve de nombreux centres de stockage remplis de voitures anciennes, de futurs classiques, voire de sportives modernes. Ces véhicules sont soigneusement chouchoutés mais… ils ne voient jamais la route ! Les propriétaires achètent, patientent, puis revendent. Parfois sans avoir jamais profité de leur voiture !
Un marché à deux vitesses
Pour comprendre ce phénomène, il faut évidemment se pencher sur l’état du marché actuel. On peut dire qu’il est globalement à deux vitesses : si les véhicules des Trente Glorieuses sont à la peine, il en va tout autrement de certains youngtimers, ces voitures des années 90 et du début des années 2.000 qui connaissent une évolution spectaculaire de leur valeur !
Pourquoi cette obsession de l’immobilité ?
Parce que le marché récompense souvent l’état parfait, le faible kilométrage, la configuration irréprochable et l’historique limpide. Une sportive avec 800 kilomètres au compteur fera généralement plus fantasmer l’investisseur qu’un exemplaire identique affichant 40.000 kilomètres…
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Bien sûr, il ne faudrait surtout pas se hasarder à dresser une généralité et à mettre tous les collectionneurs dans le même sac ! Mais la tendance est suffisamment forte pour être signalée. D’ailleurs, Simon Kidston, grand gourou de la vente d’automobiles de prestige dans le monde, n’est pas tendre avec ces nouveaux profils. Dans son entretien avec The Gstaad Guy, il évoque ces « spéculateurs qui se prennent pour des collectionneurs ». Il rapporte ainsi que leur question favorite reste : « Combien vaudra cette voiture dans six mois ? » En revanche, celle qu’ils ne posent jamais, c’est de savoir comment cette voiture se comporte sur la route, si elle est sympa à conduire !
Pour Simon Kidston, « le vrai collectionneur se reconnaît moins à la valeur de son garage qu’à son rapport à l’objet. Il ne possède pas seulement une voiture : il vit avec elle. » Le spécialiste britannique rappelle d’ailleurs avec un malin plaisir qu’il possède la Mercedes 300 SL… la plus kilométrée de la planète ! Si le marché incite à l’immobilisme, pour sa part, il encourage le comportement opposé : « elles sont faites pour rouler ! », martèle-t-il.
Un bon plan financier ?
Reste à savoir si ces spéculateurs sont sur la bonne voie. Car même immobilisées, ces voitures entraînent des frais : stockage, assurance, entretien, transport, remise en route, expertise, commissions à la revente…
À vrai dire, ce type de comportement n’est pas nouveau ! Petit retour en arrière, à la fin des années 80 : les Ferrari furent alors entraînées dans une invraisemblable bulle spéculative. De nombreux propriétaires se regroupaient alors pour investir dans une F40. Bien entendu, l’utilisation de la voiture était complètement hors de propos : le but était de la revendre quelque temps plus tard en espérant réaliser un joli bénéfice pour tous les « actionnaires » du modèle. Ce type de formule n’a d’ailleurs pas disparu du marché ! Tout ceci est évidemment bien joli, jusqu’au moment où la bulle explose…
Le retour des vrais utilisateurs ?
La bonne nouvelle, c’est que cette logique n’a évidemment pas gagné toute la planète automobile. Une autre enquête pointait aussi une nouvelle génération de passionnés qui, au contraire, semble vouloir rouler, partager, filmer, raconter… Bref, profiter pleinement de leur acquisition !
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