Nicolas Otto, Gottlieb Daimler, Carl Benz, Rudolf Diesel : voilà les noms des ingénieurs allemands du XIXe siècle qui viennent spontanément à l’esprit lorsque l’on évoque la naissance de l’automobile. Mais si on vous disait que le véritable père du moteur à combustion ne parlait pas allemand, n’a jamais utilisé une goutte d’essence et a développé son invention au temps du Roi-Soleil ? Et pour cause : il s’appelait Christiaan Huygens, un homme qui voulait faire tourner le monde... avec de la poudre à canon !
En 1673
Il faut remonter jusqu’en 1673. C’est en effet dans les salons feutrés du Paris mondain, qu’un mathématicien et physicien néerlandais travaille sur une idée explosive. À cette époque, Christiaan Huygens est déjà célèbre dans toute l’Europe pour avoir inventé l’horloge à pendule et il s’attaque cette fois à un autre problème très concret : pour rester présentables, les jardins de Versailles exigent d’énormes quantités d’eau et les pompes existantes sont insuffisantes.
Sa solution ? Un nouveau moteur, mais qui ne fonctionne pas à la vapeur ni avec la force du vent. Son dispositif utilise en réalité de la poudre à canon.
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Sept garçons dans les airs
Le concept est aussi ingénieux qu’étonnant. Christiaan Huygens conçoit en effet un cylindre équipé d’un piston. À la base, il enflamme une toute petite quantité de poudre. Le principe est là : l’explosion fait monter le cylindre et l’air chassé s’échappe par des soupapes réalisées en cuir. Lorsque le système se refroidit, un vide se crée et la pression atmosphérique extérieure repousse alors brusquement le piston vers le bas. Ce mouvement de descente peut alors – via un système de corde et de poulie – soulever un poids ou... pomper de l’eau. L’invention remplit donc parfaitement l’objectif.
La machine de Huygens fonctionne. Du moins en partie. Lors d’expositions publiques, une petite cuillère de poudre permet au savant de hisser sept jeunes hommes dans les airs, ce qui correspond à une masse d’environ 500 kilos. C’est la première fois dans l’histoire qu’on utilise une combustion interne pour produire un travail mécanique.
La vapeur finalement ?
Cela dit, ni l’ingéniosité de ce scientifique ni la poudre n’ont abouti à la création de l’industrie automobile. Car la machine de Huygens souffrait d’un défaut majeur : elle était peu fiable parce que terriblement salissante. Les résidus de suie s’accumulaient et généraient l’encrassement du cylindre, ce qui aboutissait à un blocage du mécanisme.
Si la machine a perduré, c’est grâce à l’assistant de Huygens, Denis Papin qui trouva une solution à ces problèmes : utiliser de la vapeur plutôt que des explosifs. Cette évolution est loin d’être anodine, car l’échec de ce moteur à poudre a en fait mené tout droit au développement de la machine à vapeur, celle-là même qui allait amener à la révolution industrielle.
Deux siècles plus tard
Il faudra toutefois attendre près de deux siècles pour que le principe de la combustion interne soit remis sur la table de travail. En 1876, Nicolaus Otto met au point son célèbre moteur à quatre temps, l’ancêtre de celui qui équipe encore nos voitures. Gottlieb Daimler et Wilhelm Maybach perfectionnent ensuite le concept avec un moteur à essence à haut régime. Et en 1886, Carl Benz implante tout cela dans sa Patent-Motorwagen n°1. L’automobile était née.
Réhabilitation historique
Il faut donc rendre à César ce qui lui appartient : sans ce savant néerlandais installé à Paris, l’histoire aurait peut-être suivi un tout autre cours. Car c’est bien Christiaan Huygens qui a démontré qu’une explosion pouvait être maîtrisée. Il avait en outre compris les principes du cylindre, du piston et de la pression atmosphérique bien avant que Benz n’effectue son premier essai.
Ce scénario a quelque chose de fascinant. Imaginons un instant que Huygens ait découvert un combustible adapté, capable de transformer son prototype en véritable système de propulsion. Peut-être aurions-nous vu dès le XVIIe siècle des carrosses mus sans chevaux. Ça n’a évidemment pas été le cas. Son invention reste un épisode expérimental, éclipsé par le triomphe de la vapeur, puis de l’essence. D’autres scientifiques tenteront par la suite de rendre le moteur à poudre viable. Mais en tant que carburant, cet explosif présentait des limites évidentes : trop faible en petite quantité, trop destructeur en grande. Mais cela n’enlève rien au mérite de Huygens qui a été un véritable visionnaire.
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