Il est sans doute difficile d’imaginer un engin plus aux antipodes des SUV actuels que cette Lotus Europa ! Pour découvrir cette dernière, il faut d’abord savoir s’y glisser : l’engin est vraiment posé au ras du sol, culminant à tout juste 1,07 m de haut ! Si vous y parvenez, l’effort est récompensé par une ambiance profondément atypique : à hauteur des plaques d’égout, vous avez une vue imprenable sur le court capot avant.
Vous imaginez être installé à bord d’une voiture de course ? Perdu ! Descendez le regard et vous ferez face à une planche de bord en bois, avec de petits cadrans chromés et des vitres électriques. Une GT alors ? Perdu ! Tournez la tête et la plateforme arrière, plate et à hauteur du nez, vous rappelle que le moteur est en position centrale arrière. Bon, ce serait bien une sportive de haut calibre, alors ? Tournez la clé de contact et le ronron typique du moteur Renault sème à nouveau le doute !
Un poids plume !
À la base de l’Europa, il y a bien une voiture de course ! Celle-ci devait être un sport-prototype destiné à Ford, mais le géant américain préféra finalement Lola pour la fourniture du châssis. Le projet de Lotus ne fut pas abandonné, mais converti en voiture de route. Lancée en 1966, l’Europa est l’une des premières sportives de route à moteur central produites en série, suivant de peu les De Tomaso Vallelunga et autres Matra Djet. Sur le papier, l’Anglaise est époustouflante : châssis-poutre central, carrosserie en fibre de verre et seulement 610 kg sur la bascule !
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Un moteur de… Renault 16 !
La première série est la plus radicale. Issu de la R16, le moteur de 1,5 l n’a rien d’un monstre avec ses 78 chevaux, mais il n’a que peu de masse à déplacer. Vitres fixes, sièges fixes, pédalier réglable avec des outils… : l’engin est franchement extrême dans sa conception. En 1968, Lotus civilise la formule avec, cette fois, une carrosserie boulonnée au châssis (et non collée) et un équipement en hausse.
Mais le vrai tournant arrive en 1971 avec la Twin Cam qui troque le moteur Renault pour le « double arbre » Lotus-Ford, déjà vu dans l’Elan, fort de 105 chevaux. L’année suivante, c’est le bouquet final avec l’Europa Special qui profite du moteur Big Valve de 126 ch et d’une boîte à 5 rapports ! Là, la petite Lotus devient franchement sérieuse avec des performances stupéfiantes pour l’époque ! La version la plus iconique ? Probablement la John Player Special, noire à filets dorés, née pour célébrer les succès de Lotus en Formule 1 !
Génialissime, volant en main !
Vous êtes suffisamment souple pour rentrer dedans ? Vous allez adorer ce qui va suivre, tant les sensations délivrées par l’Europa sont à des années-lumière des voitures actuelles : c’est ultra-bas, immersif au possible et d’une vivacité ainsi que d’une précision franchement déconcertantes ! Dites-vous qu’une très légère Alpine A110 moderne accuse… plus d’une demi-tonne de plus ! À conduire du bout des doigts sur une route tourmentée… Alors oui, c’est bruyant, il y fait chaud, la position de conduite est étrange et la visibilité arrière est compromise. Mais quel dépaysement et quel plaisir brut !
Bon à savoir avant d’acheter
Les S1 sont à réserver aux purs et durs : le châssis rouille, mais toute réparation est quasi impossible, car ce dernier est collé à la carrosserie ! Sur les autres, l’opération est faisable, mais onéreuse malgré tout. Ne l’oubliez pas : il s’agit d’une Lotus conçue dans les années 60 et non d’une Toyota des années 80, avec tout ce que cela suppose en matière de robustesse ! Inspectez donc soigneusement la structure, les ancrages de suspension, les trains roulants, le faisceau électrique, le système de refroidissement et les anciennes réparations… Les moteurs Renault sont endurants, agréables et largement suffisants. Les Twin Cam sont évidemment plus nobles, mais plus chers à refaire.
La bonne nouvelle, c’est que les prix n’ont jamais vraiment décollé et qu’ils sont aujourd’hui à la baisse, avec de beaux exemplaires entre 25.000 et 35.000 euros, les Twin Cam étant les plus recherchées.
On craque ?
Pour la majorité d’entre nous, ce sera sûrement non. Rarement, dans cette rubrique, avons-nous présenté une voiture aussi polarisante… Car, on ne va pas se mentir, les compromis sont nombreux : une Lotus Europa ne s’achète pas comme une Allemande des années 80, et c’est peu de le dire ! Outre la morphologie et la… souplesse requises, la Lotus Europa réclame des soins attentifs, voire préventifs, et se révélera forcément éreintante sur les longs trajets. Mais si vous aimez la pureté d’un engin ultraléger et sans filtre, vous découvrirez alors l’une des machines les plus extraordinaires de tous les temps. Et dans le cas, rare, où vous cochez toutes les cases et qu’en plus vous êtes dégourdi avec des outils, ce n’est pas seulement un « oui » : c’est carrément un MUST !
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