L’essentiel de l’info
Le projet pilote de Castrol suggère que le plaisir de conduire ne vient pas uniquement de la vitesse : il apparaît surtout lorsque le conducteur garde lui-même le contrôle et se laisse complètement absorber par la conduite.
Même à 8 km/h en tout-terrain, les chercheurs ont mesuré de fortes réactions positives. À l’inverse, des vitesses plus élevées vécues en tant que passager ont entraîné davantage d’activité cérébrale associée au stress.
Les résultats ne constituent pas une preuve scientifique définitive, mais ils apportent un éclairage intéressant sur la conduite autonome : une voiture qui roule seule peut répondre à nos besoins de mobilité, mais elle nous prive précisément du contrôle qui semble nourrir le plaisir de conduire.
Soyons clairs : Castrol n’est pas une référence académique et cette étude consacrée aux origines du plaisir de conduire, baptisée « Thrill of Driving », n’a pas fait l’objet d’une publication évaluée par des pairs… Ses résultats donnent néanmoins un aperçu intéressant de la manière dont un automobiliste ressent le plaisir au volant ! Et ce n’est pas anodin, puisque c’est évidemment l’une des grandes raisons pour lesquelles les passionnés aiment autant les voitures !
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Des essais sur circuit
Castrol affirme avoir identifié ce qui doit se produire dans notre cerveau pour qu’un trajet soit perçu comme plaisant… Les essais ont été menés au centre PalmerSport, dans le Bedfordshire, un complexe de circuits où des particuliers peuvent prendre le volant de différents véhicules sous supervision. Les mesures et analyses ont été confiées à Brainbox, une entreprise spécialisée dans les neurosciences et la recherche cérébrale pour les organisations et les essais cliniques.
Les participants étaient équipés de quatre systèmes de mesure : un filet EEG placé sur la tête, qui enregistrait les ondes cérébrales via 30 canaux, un cardiofréquencemètre chargé de suivre le rythme cardiaque, des capteurs de conductance cutanée mesurant l’excitation physiologique, ainsi qu’un eye-tracker enregistrant les mouvements des yeux et la fréquence des clignements.
Les participants ont ensuite été confrontés à 5 scénarios. Ils ont manœuvré un Land Rover Defender sur un parcours tout-terrain comprenant des passages à gué et des pentes, fait du karting sur une piste étroite, pris eux-mêmes le volant d’une McLaren Artura GT4 sur un circuit fermé, puis se sont installés dans une voiture de course ouverte : d’abord comme conducteur, puis comme passager pendant qu’un pilote professionnel poussait la voiture dans ses retranchements.
Rien ne vaut le fait de conduire soi-même…
Et alors, qu’en ressort-il ? Conduire soi-même la McLaren a provoqué le plus fort pic de concentration. Pendant cet exercice, le regard des conducteurs restait fixé en moyenne 70 secondes par minute sur la trajectoire idéale ou le point de corde du virage. Ils clignaient à peine des yeux : 2,5 fois par minute, contre 15 à 20 fois au repos. L’EEG a également révélé une hausse des ondes thêta dans la région frontale médiane. En neurosciences, ce phénomène est associé à un état de concentration intense tout en restant calme. Autrement dit, les participants étaient complètement absorbés par l’expérience.
Mais lorsque ces mêmes personnes prenaient place comme passagers dans la voiture de course ouverte, le tableau neurophysiologique changeait totalement ! Même si les vitesses augmentaient sensiblement, les scans cérébraux révélaient surtout davantage d’activité bêta. Or, ce type d’activité est davantage associé au stress qu’au plaisir. Le regard du passager se déplaçait sans cesse, ce qui montre clairement que le fait de ne pas être maître du volant peut faire basculer l’excitation vers l’inconfort. Cela dit, le style de conduite reste très personnel et nous ne savons pas qui était au volant... Même chez les pilotes professionnels, certains pilotent de manière très brutale, tandis que d’autres sont bien plus fluides !
Pas besoin d’aller vite pour prendre son pied !
Selon Castrol, cela montre que la vitesse à elle seule n’est pas déterminante pour le plaisir de conduire. Les résultats du parcours tout-terrain sont particulièrement parlants à cet égard. La vitesse moyenne n’y était que de 8 km/h, mais les capteurs ont malgré tout enregistré, au cours de cette balade motorisée en forêt, des réactions positives très marquées. Ce serait donc surtout le fait de choisir soi-même son rythme et de garder la maîtrise de la situation qui correspond à ce que l’on associe au plaisir de conduire…
L’étude The Thrill to Drive résume ce plaisir à une sainte trinité : le conducteur doit être stimulé physiquement et mentalement par l’expérience, ressentir un équilibre émotionnel dans lequel l’excitation l’emporte sur la peur et rester intellectuellement impliqué dans la conduite. Dès que l’un de ces trois éléments se dérègle, l’expérience peut basculer du plaisir vers le stress. L’étude précise toutefois que ce seuil varie fortement d’une personne à l’autre !
Comme indiqué plus haut, Castrol communique très peu de détails sur le nombre de participants et la méthodologie utilisée. D’un point de vue strictement scientifique, l’étude reste donc d’un intérêt assez limité. Mais, d'un autre côté, on avoue aussi se reconnaître dans ces conclusions ! C’est surtout dans le contexte du développement des véhicules autonomes que cette étude devient intéressante : elle suggère que ces derniers peuvent parfaitement répondre à nos besoins de mobilité, mais pas forcément à notre envie de prendre du plaisir au volant…
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