L'essentiel
Dix ans de tests de l'ADAC montrent que plus de 95 % des voitures avec accès et démarrage « mains-libres » sont vulnérables à une attaque dite relais.
Si certains constructeurs protègent leurs modèles les plus récents avec la technologie UWB, d'autres sont particulièrement vulnérables.
Les propriétaires peuvent eux aussi prendre des mesures, car une attaque relais ne laisse souvent aucune trace d'effraction ce qui peut poser des problèmes d'assurance.
La VRT a encore illustré le phénomène récemment : à Hamme, un KGM Actyon s'est volatilisé après qu'un voleur eut intercepté le signal de la clé à l'aide d'un scanner. Un geste et la voiture s'est ouverte, puis mise en route et évanouie dans la nature, comme si elle avait toujours été la sienne. Les propriétaires, eux, sont tombés des nues : rien n'avait attiré leur attention. Et ce vol n'a évidemment pas laissé la moindre trace derrière lui...
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850 véhicules testés
Cette forme de vol s'appelle une « attaque relais », une pratique en plein essor. Les voleurs n'ont en effet pas besoin d'être des informaticiens diplômés. Lors d'une attaque relais, il suffit que deux voleurs collaborent. L'un tient un petit émetteur près de la porte d'entrée, là où se trouve la clé de la voiture tandis que le second tient un petit récepteur près de la voiture. Le signal de la clé est capté, amplifié et transmis sur plusieurs centaines de mètres. La voiture pense dès lors que la clé se trouve à proximité et elle déverrouille les portes. Et c’est pareil avec le bouton de démarrage. La seule chose dont les voleurs ont besoin, c'est un matériel qui se trouve pour à peine cent euros dans n'importe quel magasin d'électronique.
Bien que l'industrie automobile connaisse le problème depuis plus de dix ans, on ne peut pas dire que les solutions (qui existent pourtant) se mettent en place rapidement. Aussi, l’automobile club allemand (ADAC) a récemment publié une étude menée pendant près de dix ans et qui concerne justement des tests de sécurité avec les systèmes d’accès « mains-libres ». Et les résultats sont surprenants : sur 850 véhicules testés, une attaque relais était possible facilement sur pas moins de 710 modèles ou variantes. Dans plus de 95 % des cas, l’agent de l’ADAC pouvait non seulement ouvrir les portes, mais aussi démarrer le moteur.
Les bons et les mauvais élèves
Ce qui rend l’étude de l'ADAC encore plus inquiétante, c'est que pour dix-sept marques, tous les modèles testés sont piratables. Aucun modèle de ces marques n'a donc su résister à l’attaque relais organisée et au cours de laquelle l'ADAC a utilisé la même technique que les voleurs. La liste épingle les marques suivantes : Aiways, Alfa Romeo, Alpine, BYD, Chevrolet, DS Automobiles, Fiat, Honda, Infiniti, Isuzu, Jeep, KGM (auparavant SsangYong), Lynk & Co, MG, Opel, Subaru et Tesla. Recoupement intéressant : le KGM Actyon volé en Belgique à Hamme figure aussi dans cette liste. CQFD.
Cela dit, il faut noter que certains constructeurs obtiennent aussi de bons résultats. Et cela s’explique dans l’utilisation de la technologie UWB, un dispositif de bande de fréquence à large spectre et qui mesure la distance entre la clé et la voiture sur la base du temps de parcours du signal et non de sa puissance. Or, ce paramètre est peu maîtrisé par les voleurs, au contraire de celui de la puissance. Et comme les malfrats ne peuvent pas accélérer le signal, la voiture en déduit que la clé se trouve trop loin et les portes restent donc fermées.
Mais qui utilise cette technologie ? Tout d’abord, Jaguar et Land Rover qui ont été les premiers à intégrer l'UWB dès 2018. Depuis 2019, des marques du groupe Volkswagen comme Audi, Seat, Skoda et Volkswagen ont suivi. Mais il faut toutefois apporter une nuance : les générations plus anciennes de véhicules, comme les Audi A3 d'avant 2020 restent toujours piratables. Ce n'est donc pas la marque, mais bien l'année de construction qui compte. D'autres marques utilisent aussi le protocole UWB. Il y a notamment BMW, Genesis, GWM (Great Wall Motors), Hyundai, Kia, Mercedes et Suzuki.
Comment se protéger ?
Certains constructeurs, parmi lesquels KGM et d'autres marques de la liste des « mauvais élèves », utilisent comme solution des capteurs de mouvement. Si la clé ne bouge pas pendant un certain temps, le signal d'émission se coupe. L'ADAC a déniché la présence de ces capteurs sur un véhicule sur huit. Mais un problème perdure : dès que la clé bouge, le signal se réactive. La protection est donc efficace lorsqu’on est assis dans son canapé, mais pas lorsqu’on travaille au jardin, qu’on fasse du sport ou une autre activité avec du mouvement.
Que faire si son véhicule appartient à la liste des mauvais élèves ? En fait, les propriétaires peuvent eux-mêmes mettre en place des mesures de protection. Et l’éventail de solutions est large. L'ADAC conseille ainsi de conserver la clé dans une boîte métallique, une cage de Faraday ou même du papier aluminium, car cela bloque le signal radio. Un antivol de direction constitue une autre mesure certes plus coûteuse, mais assez dissuasive. Une solution plus radicale consiste aussi à demander à un concessionnaire de désactiver complètement le système « mains-libres ». Mais ça n’est pas possible sur tous les modèles. On peut aussi installer le fameux Battery Sleuth, une « sentinelle de batterie ». Il s’agit d’une version moderne d’un coupe-circuit dédié au démarrage. Ce système réclame une validation supplémentaire du conducteur dès qu'une forte intensité de courant est demandée, comme au démarrage du moteur. Sans cette confirmation, le courant ne passe pas et le moteur reste muet.
Ces formes de protection ne sont pas superflues. Car après un vol, l’assureur peut réserver une mauvaise surprise. En effet, comme une attaque relais ne laisse pas de traces d'effraction, les victimes courent le risque de voir leur dédommagement refusé. Une voiture volée sans qu'il y ait eu de verre brisé, de serrure endommagée ou d'alarme domestique déclenchée éveille en effet souvent les soupçons de fraude.
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