Aux États-Unis, vouloir une voiture « normale » signifiait se heurter à la toute puissance des SUV. La berline, autrefois populaire, paraissait peu à peu morte et enterrée. Ford a arrêté la Fusion, Chevrolet l’Impala, et chez Dodge, la Charger fait figure des derniers mohicans. Un temps, il semblait que l’appétit des clients pour toujours plus de véhicules XXL était insatiable.
Retour des berlines
Cette image est aujourd’hui en train de changer de manière frappante. Ralph Gilles, chef du design chez Stellantis, a confié à Car Design News qu’il était personnellement « fatigué des SUV » et que la hype était « plus ou moins terminée ». À propos de ses échanges avec les clients, il déclare : « Beaucoup de gens demandent des berlines. Les jeunes designers veulent des berline à hayon comme la GTI des années 80. Ils veulent une voiture personnelle, amusante à conduire et facile à garer. »
On pourrait balayer cela comme une simple impression. Et une tendance tangible est encore autre chose. Mais une étude récente d’Escalent menée auprès de plus de mille adolescents américains donne raison à Gilles. Parmi les répondants, 51 % se voient au volant d’une berline à l’avenir. Seuls 31 % choisissent un SUV et 14 % un pick-up. Une génération élevée dans les ML, X5 ou Suburban de papa et maman aspire à autre chose — un peu comme les générations précédentes ont rejeté les breaks et monospaces.
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Épine dorsale du marché
En Europe, nous avons adopté le concept de SUV venu des États-Unis. Il s’est rapidement transformé en une véritable manie des crossovers. Mais aucune saturation, comme aux États-Unis, ne se profile pour l’instant. Et cela met la classe compacte sous pression croissante — un segment autrefois pilier du marché automobile européen.
Les chiffres du début d’année montrent que ce segment continue de perdre du terrain de manière spectaculaire. Selon Dataforce, le segment de la Golf a reculé de 22 % en janvier sur un an. Sur l’ensemble de 2025, la baisse atteignait déjà 16 %, preuve que le déclin s’accélère. Longtemps deuxième plus grand segment en Europe, il est désormais tombé à la quatrième place. Et oui, deux tiers des anciens conducteurs de compactes sont passés au SUV.
L’icône de ce segment, la VW Golf, illustre particulièrement cette douleur : en 2025, ses ventes européennes ont chuté de 10 %, et même de 18 % en janvier. La part de Volkswagen reste importante dans cette catégorie (53 %), mais cela s’explique surtout par la disparition de concurrents comme la Ford Focus. Les SUV représentent désormais 59 % des ventes de voitures neuves en Europe, contre 41 % en 2020.
« Des projets passionnants »
Seul un tiers des propriétaires de compactes reste fidèle à ce choix lors de leur achat suivant. L’écrasante majorité passe au SUV. Cela se reflète dans l’offre : en quinze ans, le nombre de modèles dans cette catégorie a pratiquement été divisé par deux, passant d’environ 65 à 35.
Pourtant, les constructeurs ne croient pas que tout soit perdu pour les modèles plus classiques en Europe. Ford fait ainsi marche arrière. Fini le tout-SUV : la marque annonce de « projets passionnants » pour les voitures particulières sur le Vieux Continent. BMW s’apprête à lancer sa i3 électrique, une berline. Et le simple fait qu’un designer de Stellantis ose à nouveau utiliser le mot « berline » comme alternative au SUV dans une interview constitue déjà un signal en soi.
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